LETTRE L1I
Aü ROI.
(Avant le 24 d’avril , pendant le dernier procès de Louis Bcrquin.)
Monseigneur, l’honneur et le bien que ce m’est de vous escripre est si grant que la crainte de vous ennuyer ne m’en sauroit garder, vous suppliant avoir mémoire que vous l’avez coumandé, ce que n’ay mains de la seureté de vostre bonne grâce, selon votre proumesse. Mais si sans cesser y estoient présentées mes très humbles recoumandacions , si ne diroit point mon afFecsion que ce fust trop. Vous le savez et.... ’ tais, attendant es tre digne que vous me.... * chosequi me rende envers vous telle.... ' que je suis en voulenté. Le coumander est vostre, et de l’obéissance n’y aura faulte, tant que Dieu laissera en moy ce qu’il luy a pieu y mettre. Vous suppliant, Monseigneur, que les deux qu’il vous a plu mettre ensemble s pour vostre service soient advertis de vos bonnes nouvelles, et considérer que plus le chemin est long , et plus est bref le désir de savoir comme vous vous portez ; car nous avons seu que , après la goutte de Madame , vous avez eu ung reume , selon la coustume de vous 5 sem-
' Le papier est déchiré.
■ Le roi et la reine de Navarre.
1 Fous , vos. Cette substitution de ou à o est continuelle dans Mar-
blables complecsions, dont vous estes guery à ce que l’on m’escript. A quoy fault que j’ajouste foy, non sans doubte du contraire, en quoy ne puis que pour celuy que, je suis seure, vous garde, pour plus grant chose, parfaire en vous son parfait coumancement, et me faire digne de vous faire service, vous faisant. Monsieur, pour la fin une très humble requeste ; c’est qu’il vous plese avoir pitié du pouvre Berquin , lequel je connois ne souffrir que pour aimer la parole de Dieu et obéir à la vostre. Par quoy ceux qui en vostre tribulacion ont fait le contraire 1 , l’ont pris en haine, en sorte que leur malice par hypocrisie a trouvé advocats davant vous pour vous fere oblier sa droite foy à Dieu et amour à vous; en sorte que s’il ne vous plest entendre par luy mesmes comme il en va , il est au desespoir. Il vous plera, Monseigneur, faire en sorte que l’on ne die point que l’eslongnement vous ait fait oblier
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Ms. n“ 31.]
guerite. On l’a soigneusement conservée, comme indication de la prononciation en usage à la cour de François I rr
' Ceux qui pendant la captivité du Roi ont fait le contraire de ce qu’ordonne la parole de Dieu, en persécutant les gens accusés d’hérésie.