LETTRE LIII
AD ROI
( Du château de Blois, fin d’octobre 1539. )
Monseigneur, je say bien que vostre bonté ne doit estre sollicitée de faire du bien à vos serviteurs, mais pour ce que le nombre de ceux qui se disent tels est si grant qu’il n’est possible à toussatifaire, je n’ay craint vous en ramentevoir ung que, j’en suis seure, n’a espei'gné ni ne fera jamais ce que vous luy donnerez pour le mettre en vostre sarvice, et si suis seure qu’il ne demande nulle recompense que vostre bonne grâce ’. Toutesfois, Monseigneur, il vous a pieu luy donner tant de connoissance que vous avez fiance en luy et que vous ne l’oublieriez, que je say bien qu’il ne vous sollicitera point de ce qu’il espere venir de vostre libéralité. Toutesfois, si aitisin est que M. d’Alby * soit trespassé, comme si souvent l’on dit, il vous plaira avoir souvenance de M. de Tarbes; et ce qui m’en fait prendre la hardiesse de vous en escripre, est que jamais je ne l’ai veu lassé de prendre peine à vous servir, et si ne luy ouïs oncques parler de vous demander riens. Qui me rendroit ingrate envers vous , si je
1 II s’agit, comme l’on verra plus bas, de l’évêque de Tarbes, Gabriel de Grammont.
* Aymar de Gouffier. Il avait été élu en i5a3, et mourut le g octobre (Sag ( obiisse dicitur die g* octobris). ( G ail. christ., t. I, p. 58.)
vous celois ce que j’en connois , veu que je say que par luy ny aultre n’en serez adverty; et vous voulez bien que l’on vous parle pour vos bons serviteurs. Vous suppliant très humblement l’avoir pour recommandé, et moy plus que 1res humblement, à vostre bonne grâce. Vous asseurant. Monseigneur, que tout vostre logis et celuy de Madame sera toust prest à la fin de cete semaine. Et ne vous pouvant fere aultre service , ne fauldra à solliciter vos ouvriers jusques à votre désiré retour
Vostre très humble et très obéissante subjecte et grosse seur Marguerite '.
[Ms. n" 24.)