‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 64 sur 154 · LETTRE LXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXVI

AU BOI

( Avant septembre 1631.)

Monseigneur, l’eslongnement de vous me fait esperimenter le contraire de ceux qui sans amour cuident parler par raison ; car en lieu de diminuer ou appaiser l’affeission, elle croist par désir de savoir de vos nouvelles. Et après avoir seu que vostre santé continue selon que tous les vostres le demandent , ce m’est une chose si plaisante, que le redire souvent me donne force contre toute la peine que je porte d’estre sans vous. Par quoy, Monseigneur, pour sactifa ire à ma voulonté, qui sans cesser veult ouïr parler de vous, ay bien voulu fere à ce porteur le bien, qu’il estime à grant honneur, de l’envoyer devers vous pour vous advertir du coumancement de mon voyage et de l’espoir que j’ay, puis qu’il vous plest le me coumander, d’estre bientoust devers Madame ; aussy , Monseigneur, afin qu’il vous plese par luy me faire entendre coume vous vous trouvez et l’estât où sont vos affaires. Car vous savez bien, Monseigneur, que hors le bien que j’en puis recevoir, le demeurant de ce monde ne me peult estre

que peine ; et connoys bien despuis que je suis partie de vous, qu’il n’est nulle pire prison que d’ung corps en liberté eslongnant les lieux où son cueur est aresté. Mais espérant vous fere service, prends peine de rompre ma pensée, en quoy m’ayde bien le bon estât où je voy vos affaires et les serviteurs affecsionnés que vous avez.

Ce porteur vous dira ce que M. d’Albanye 1 escript à son houme, qui est d’affecsion. Je mettray peine que tous ceux qui vous aiment connoistront que vous n’estes ingrat , car en toutes choses ne pensera que à vous servir

Vostre très humble et très obéissante suhjecte et seur Marguerite.

[Ms. n“ 105. ]

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