‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 87 sur 154 · LETTRE XC1V · texte numérisé non relu

LETTRE XC1V

AU ROI

Monseigneur, je n’eusse tant attendu à vous mercier de ce qu’il vous a pieu par vostre lectre me coumander advancer et me dire le lieu où je pourray recouvrer le bien et l’honneur de vous voir , sinon que j’ay eu ung rheume qui m’a cuidéarester; mais le désir de vous voir

a esté jusques icy le plus fort. Si est ce , Monseigneur, qu’il m’a empeschéè de faire les journées que j’eusse bien désirées et de vous escripre; et pour cete occasion j’ay retenu ce porteur, Belleville, beaufrère de M. de Burie , jusques à ce que j’aye peu fere cete lectre, par laquelle , Monseigneur, vous supplie entendre ce qui est advenu de nostre houme de Bayonne, dont la parole 11e s’accorde à l’escripture. Si suis je seure qu’il fait plus qu’il ne dist; mais il a eu assez de loisir pour estre gaigné de vos ennemis. Et si j’estoys digne d’estre crue sur ces affaires, je ne craindrois de vous dire qu’il est besoing, avant que l’année passe plus avant, que vous parlez à M. de Burie , lequel a beaucoup de chouses à vous dire qu’il ne pourvoit escripre. Et veu, Monseigneur, que vos affaires de delà sont assez bien et que son absence n’y peult nuire, je pense que vous ferez beaucoup pour vostre service de l’ouyr ’, et sur ses propous pourrez coumander ce qu’il vous plera estre fait, où vous seul pouvez prouvoir.

Monseigneur, le désir que j’ay de vous voir aussy bien servy que vous le méritez me ouste toute crainte de vous parler de vos afferes, car le temps est tel qu’il est besoingque ceux qui n’aiment que vous n’espargnent riens pour vostre service. Par quoy jamais ne vous celera riens pour le désir que a de vous voir satisfait

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n° 35. ]

' On voit, par la lettre suivante, qu’en effet il se rendit auprès du Roi.

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