LETTRE XCV
AD ROI
( M. de Burie , qui allait trouver le Roi , fut le porteur de cette lettre. }
Monseigneur, je ferois tort à M. de Burie et encores plus à vos affaires , si par ma lectre je donnois empeschement à sa parole ; car sa suffisance , sa léauté et sa prudence sont telles qu’il vous saura rendre compte de toutes choses pour le bien de vos affaires, repoz et contentement. Et je sais, Monseigneur, que vous l’avez en si bonne estime qu’il ne fault nulle prière pour servir à croire sa créance. Si est ce, Monseigneur, que si ma prière a telle puissance envers vous que ma foy le me asseure , je vous supplie ne le croire ny ne luy accorder une requeste qu’il estdesliberé de vous fere : c’est de vous supplier luy ouster la cherge qu’il vous a pieu luy donner de vostre lieutenant en Guyenne *. 11 est vray. Monseigneur ? qu’il luy est impossible de porter plus la despense , car vous savez sa portée , et s’il estoit aussy riche de biens qu’il l’est de vertu et bonne voulenté, je suis seure qu’il n’en parleroit pas; mais la nécessité le contraint de lesser la cherge, s’il
' M. de Burie eu faisait l’office en l’absence du roi de Navarre, à qui ce titre appartenait. 11 fut nommé titulaire de cette charge, mais plus tard, en i546. Ses lettres de provision sont du 17 décembre. ( Voyez D. Vaisskttk , Hist. de Languedoc , t. V. )
ne vous plest accompaigner l'honneur de vos Ire libéralité. Car en l’absence du roy de Navarre, tant aux visitacions qu’il luy convient faire que en sa maison, veu le nombre de gens qui ont affaire à luy, il fait une telle despense que tout son bien ne le sauroit garder d’estre bientost destruit. Il vous plera. Monseigneur, y avoir regard , non tant pour luy que pour vostre service ; car je vous puis assurer pour l’avoir encores ce voyaige plus entendu que jamais, que vous n’y sauriez mettre homme plus ayraé de vos subjectz ni plus craint de vos ennemys. Car quant il demeure en ce païs, vous pouvez dormir eu seureté, combien que l’on luy donne assez d’alarmes; mais son bon sens prouvoit à tout. Je vous supplie encores une fois. Monseigneur, luy donner moyen de vous servir pardessa, et le nous renvoyer bientoust. Et pour vostre service et l’acquist du roy de Navarre , je vous supplie le croire des propous que je luy ay tenus. Et en cete esperance que vous ferez ce bien à vos affaires et à nous vos servicteurs de le nous renvoyer, vais prier Nostre Seigneur vous donner. Monseigneur, aussy bonne et longue vie que desire vostre amour et bonne grâce
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[ Ms. n° 28. ]