‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 93 sur 154 · PI52T · texte numérisé non relu

PI52T

Monseigneur, sytoust que j’eus receu la lectre qu’il vous pleust m’escripre à Tours, m’en partis sans aller devers la Royne pour ne allonger mon chemin ; car après vostre coumandement , je n’ay regard à nul aultre, et ne voulus mener personne (combien que assez eussent voulu fere le voyaige) , pource que vous me commandiez seulement m’en aller devers vous; ce que par avant le roy de Navarre m’avoit escript pour luy aller aider à solliciter son affaire ; ce que je n’eusse jamais fait sans vostre esprès coumandement, combien que ce soit l’affaire, après vostre service, qui plus luy touche le bien et l’honneur. Mais, Monseigneur, estant arrivée à Limoges le lendemain, Longueval me bailla

1 A Blois.

* Imprimée d’après une copie dans le tome I, p. 347-

une lectre de vous qui ne portoit aultre créance sinon que, en s’en allant chez luy , il me diroit des nouvelles de vostre bonne santé. Toutesfoys, Monseigneur, il me dist qu’il vous plesoit que j’attendisse madame d’Estampes, et que je ne allasse point sans elle devers vous, etd’aultre propos que je remetz à vous conter, qui ne sont point fascheux. Et me dist que le roy de Navarre avoit cherge de l’amener, et qu’il me diroit plus au long vostre voulonté, qui feust l’occasion que je demeuray le jeudy et le vendredy à Limoges, les attendant, ce que je n’eusse fait.

Le roy de Navarre vint au matin , et madame d’Estampes au soir, qui me dist que vous luy aviez escript qu’elle me viust trouver pour aller ensemble. Je demanday au roy de Navarre si vous luy en aviez l iens coumandé; il me dist qu’il n’en avoit jamais ouy parler. Croyez , Monseigneur, que je ne feus sans grant peine , car vous savez les propous qu’il vous pleust me dire au partir, tant d’elle que de celuy quy par vous le me coumandoit 1 ; et puis le roy de Navarre me dist n’en avoir nulle cherge, et, de moy, je n’en ay eu nulle lectre de vous ne de nul des vostres ; et je say que jamais vous ne voulustes que je menasse nulle compaignie, ny en Bretaigne, ny ailleurs, qu’il ne vous ait pieu le m’escripre. Craignant en vous cuidant obéir vous offenser, je dis à elle et à Longueval que vous m’aviez permis aller pour l’affaire du rt de Navarre, et que je n’avois nul coumande-

1 De Longueval.

ment de vous d’aller en aultre compaignie; el que d’entreprendre une telle chose de mon auctorité sur celles qui sont à la Royne j’aurois peur qu’elle le trouvast estrange, et que cela nuisist à l’affaire pour lequel j’allois ; mais que je vous en escriprois , et qu’après avoir receu vostre coumandement, je ne craindrois personne de ce monde. Ce qu’elle me dist estre bon , et nous en allons droit à Toulouze , où elle viendra après moy. Et si c’est vostre vouloir que je fasse ce que m’a dist Longueval, je l’attendray là où j’auray vos nouvelles. Vous suppliant, Monseigneur, de toutes chouses en quoy il vous plera que je vous serve, me faire l’honneur que je l’entende de vous ou de ceux que vous estimez car quoy que ce soit, sans regarder la qualité du coumandement, je vous obéiray; mais il ne vous desplaira point, si en toutes chouses et pour quy que ce soit je demande lectre de vous : car jamais je n’ay peur de faillir, mais que je soye seure de vostre voulonté; et si ay tant veu de mensonge , que je ne croiray que en vostre escripture , à laquelle obéira jusques à la mort

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n° 68.]

' Madame d’Étampes était dame d’honneur de la reine Eléonore.

’ H n’estimait donc pas le comte de Longueval. Voyez, sur ce personnage et sur madame d’Etampes , les notes de la lettre • " t. J , P- 547.

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