LETTRE XCIX
AU ROI ■
(De la Basse-Bretagne, — octobre ou novembre — 1637 .)
Monseigneur, pour ne vous ennuyer d’ung si fascheux propous, j’escrips à Sourdis la nécessité qui m’a contrainte devenir en ce païs de Bretaigne, qui a esté si
1 Cette lettre fut écrite peu après la mort de madame de Châteaubriant. L’épitaphe en vers de Françoise de Foix par Marot, gravée sur le tombeau de la comtesse , et rapportée par Dreux du Radier ( Anectl,
pressée, que, si j’eusse failly d’huit jours, le seigneur et la dame de Blain ' estoient ruinés, non par leur faulte, mais de ceux qui en ont eu la charge soubs l’autorité qu’il vous avoit pieu m’en donner; ce que, jusques à venir sur le lieu, n’ay jamais entendu. J’espère que encore, s’ils me veulent croire, ils vous feront du service.
Aussy, Monseigneur, j’ay veu M. de Chasteaubriant, qui a esté si près de la mort que à peine le pouvoit on reconnoistre % et si a eu bien grant regret de sa femme 3 . Mais le bon traitement qu’il vous plest luy faire et la joye qu’il a eu de me voir l’a fort amendé. Et, à ce que j’ay peu entendre de vos bons serviteurs, vous eussiez fait une grande perte, car il n’a regart ny à son proufist ny à complaire à nulluy pour vostre service 4 ; dont ceux de la Basse Bretaigne le tiennent
IV, q8i, in-iu), se termine par cette ligne de prose : décéda le 16 d’octobre , l’an i53y.
Or, Marguerite écrit très-peu de temps après cet événement. Les détails sur la maladie de M. de Châteaubriant, sur l’affaire de Brest, se retrouvent dans une lettre à Montmorency ( 1. 1, lettre i35, p. 54a}, et Marguerite ajoute : « A la prière de M. de Châteaubriant, j’en escrips au Roy. » Évidemment c’est ici la lettre dont elle parle. J’ai donc eu tort de dater la lettre à Montmorency du mois d’avril ; il faut la reculer jusqu’à la fin de l’automne suivant.
‘ M. et madame de Rohan , beau-frère et belle-sœur de Marguerite. ( Madame de Rohan était de son nom Isabeau d’Albret. ) Ils étaient ruinés, et avaient plus de 60,000 francs de dettes. (Voyez t. I, lettre 147, p. 365.) Blain est dans la Loire-Inférieure.
’ T. I, lettre i55.
1 Françoise de Foix, que Varillas et d’autres romanciers font mourir en i5a6, assassinée par son mari.
4 Dreux du Radier, combattant l’opinion alors accréditée du crime
pour mauvais Breton , mais pour trop bon Françoys. Il m’a parlé de deux propous que je ne crains prendre la hardiesse de vous escripre, pour le désir que j’ay que vous soyez partout servy coume vous le méritez : c’est que le bruist est par dessà fort grant que il se fait ung procès contre Monseigneur l’admirai * qui luy touchede près ; en sorte que ceux de Brest l’ont entendu , et ne se voyant point payés, tant lieutenant que mortespayes, l’on craint fort , veu qu’il ne sont pas bien confirmés bons François, qu’ils fassent quelque meschanceté. Vous savez de quelle importance le lieu est; il vous plera y penser, car M. de Chasteaubriant en a souvent la fievre de peur ’, veu qu’il est en dangereuse main et gardé par gens non payés et mal contens.
Aussy, Monseigneur, il vous avoit escript pour une abbaye qu’il vous a pieu donner à l’abbé de Saint Guydens. S’il vous plest que, à sa requeste, le don sorte effet, vous le favoriserez fort, et si n’avez houme au païs de millieur service que ledist abbé.
Monseigneur, il m’a priée de vous escripre ces deux points, ce que je ne crains à fere, saichant que vous escuserez ma faulte , puisqu’elle vient du désir que vos
de M. de Châteaubriant, dit avec beaucoup de raison : « Je vois toujours ce seigneur très bien à la cour, particulièrement auprès de Marguerite de Valois. » ( Anecd t. IV, p. 286 , in- 12 .)
• De Brion, recherché pour crime de péculat, et condamné après un long procès qui rappelle celui du surintendant Fouquet. Le chancelier Poyet, dans cette affaire, servit d’instrument à la haine du connétable de Montmorency contre son rival. (Voyez t. I, p. 554, en note.)
* Voyez ces détails dans la lettre i55 du tome 1.
affaires aillent selon vostre intencion. Je m’en pars de ce lieu pour aler à Blays *, et de là où il vous plera me coumander; car où que ce soit, mais que je soye si heureuse de vous pouvoir fere service, le reputera à grant contentement
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[Ms. n° 92. ]