LETTRE CIL
AC HOI
(Décembre 1537.)
Monseigneur, ce n’estoit pas raison que pour si peu de chose que la maladie de ma fille, je vous eusse deu ennuyer de lire ma lectre, car j’ay bien veu l’heure que je reservois à vous donner peine pour estre, après Dieu, ma seule consolacion , veu le coumencement de sa fievre, et de son flux, quy estoit, avecques sang et raclures, tant fort et furieux, que, sy Dieu au bout des vingt et quatre heures n’eust diminué la fievre, son petit corps en avoit plus que sa portée. Demain sera son cinquiesme jour de son flux. A ce matin elle a pris de la reubarbe, dont je la treuve amendée, et espere que celuy qui l’a mise en ce monde pour vous fere service luy donnera grâce de parfaire le désir du père , de la mère et d’elle, qui est de plustoust la voir morte que d’y voir une seule faulte contre vostre intencion.
Et sur cete afecsion , j’ay fondée l’esperance de sa guérison ; car j’ay cete ferme foy, que ceux qui vous aiment et que vous faites l’honneur d’aimer, ne sauroient périr. Et pour ce, Monseigneur, que jamais vous n’avez eu mal que ma fille n’en ait eu au mesme jour, pour le désir que j’ay de vostre bonne santé et la crainte du contraire, envoie ce seur messaigier pour m’en rapporter la vérité, etaussy pour vous supplier, Monseigneur, pour le vray moyen de donner santé à la fille et contentement à la mère, nous tenir toutes deux à vostre bonne grâce; en laquelle, croyant fermement n’en pouvoir jamais partir, s’y va plus que très humblement recoumander
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite *.
[Ms. n° 81. j