LETTRE CII
AU ROI
( Tours, janvier — 1 538. )
Monseigneur, le désir que j’ay de ne faillir à nul de vos coumandemens, me fait prendre la hardiesse de vous ramentevoir que le matin que vous partistes de Fontainebleau voyant que vous estiez en peine de
' Voyez, sur cette maladie de Jeanne d’Albret, la lettre 146 à Montmorency, t. I, p. 563.
’ « Mon nepveu , je vous veux bien ramentevoir que quand le Roy
l’estât où vous laissiez la Roiue, je vous demanday s’il vous plesoit que je demeurasse pour luy ferc service durant sa maladie ; à quoy il vous pleust me respondre queouy; ce quej’ay faitjusques h la voir du tout guérie. Et combien que jamais despuis que feu Madame est trespassée, ne demeuray en la compaignye sans vous, mais en vous en partant m’avez tousjours donné congié d’aller fere mes afferes , sy n’ay je voulu partir sans entendre voslre bon plaisir. Mais, Monseigneur, apnt receu vostre coumandement, m’en allay voir ma fille à Blais ', que je trouvay guerye. Par quoy la menay jusques en cete ville de Tours, où de là m’en allay quérir ma pouvre seur ’ en toute la diligence que je peus, car la nécessité d’elle et de ses enfans ne pouvoit plus attendre, mais estoit si estreme, que la pitié du sang et la honte de voir ung si proche lignage 3 tant abaissé, m’a fait convertir la demeure que j’eusse fait avecques ma fille, pour secourir à ceux quy en ont plus de besoing, en un fascheux voyage; duquel en trois semaines suis retournée, amenant ma pouvre seur grosse avecques ma fille pour la nourrir; attendant
partit de Fontainebleau, je luy demanday, voyant l’estât où estoit la Royne, etc. » (Lettre à Montmorency, t. I, lettre 147 , p- 565.)
■ A Blois.
* Madame de Rohan, qui était ruinée. Voyez la lettre 147 à M. de Montmorency (t. I, p. 364), qui donne un plus ample détail des faits touchés dans celle-ci.
1 Madame de Rohan (Isabeau d’Albret) était sœur du roi de Navarre, et d'ailleurs il y avait parenté entre la maison de Rohan et la maison d'Angoulême, comme la reine de Navarre le dit quelques lignes plus loin.
que leur maison soit acquittée. Et pour ce. Monseigneur, que j’ay trouvé la faulte ne venir point d’eux, j’ay plus voulentiers mis peine de leur secourir, espérant, Monseigneur, que avecques voslre bonne ayde, vous tirerez encore du service de la maison qui a l’honneur que d’ung costé vous en estes venu.
Monseigneur, je ramene ma fille à Blais pour là attendre ce qu’il vous plera me coumander; car, tout ainsin que avecques vostrecongié je suis partie, il vous plaira que avecques vostre coumandement je y retourne, si vous voiez que je puisse servira la maindre personne qui y soit. Combien, Monseigneur, que je me sens telle que , contre mon désir, ne vous puis là ny ailleurs fere service, si n’est l’affecsion maindre pour l’impuissance; laquelle il vous plera recevoir et coumander, car en l’obéissance la plus voulontaire qui oncques fust jusques à la mort, n’en trouverez jamais qui passe
Yostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite ‘.
[Ms. n° 43.]
* Cette lettre fut envoyée avec celle à Montmorency, qui roule sur le même sujet (t I, lettre i4y), et la reine de Navarre met en Postscriptum : « Je vous prie voir ce que j’escrips au Roy, et, s’il vous semble bon, la lny bailler, ou faire bailler, ou la brusler. Je remets tout à vous. » Marguerite ne pouvait accorder une plus grande preuve de confiance au connétable, qui certes ne la méritait guère.