‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 22 sur 108 · SOURCES DE LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. U · texte numérisé non relu

SOURCES DE LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. U

liste y méconnaît doublement la portée de son esprit : il la méconnaît par excès d'humilité , en rendant hommage à l’esprit de mensonge et de vertige venu d'Angleterre ; il la méconnaît aussi par orgueil, en embrassant dans sa réforme les plus vastes objets: orgueil et insuffisance sont les deux mots qui peigneut le mieux cet état de son esprit; un orgueil juvénile et qui s’ignore lui-même ; « Moi qui ne m’effraye pas des paradoxes, et qui ne me laisse pas séduire aux charmes de la nouveauté, » écrit 41 à Hobbes ; et eu même temps une obséquiosité voisine de la flatterie : « J’avoue qa’il n’y a pas d’écrivain philosophe plus exact, plus clair et plus élégant que vous, sans eu excepter même Descartes, cet homme d’un géaie presque divin. » Par une singulière illusion, il allait jusqu’à saluer dans Hobbes un rénovateur égal à Descartes; tant le fatalisme où il était plongé obscurcissait la sagacité naturelle de son esprit.

En face d’une erreur aussi grave et que Leibniz luimème a reconnue plus tard, il semble que la première question à se poser est celle-ci : Qui l’eu a retiré? Est-ce Descartes? Leibniz connaissait sa philosophie, il le cite dans ses lettres à Hobbes et dans le De Liberiate ; mais il est bien évident par son propre témoignage tiré de ce morceau que Descartes n’avait pu redresser ses erreurs; Leibniz le regardait comme insuffisant pour les problèmes philosophiques purs. Il ne pouvait y trouver une réponse aux questions socialesct religieuses.qu’il n’avait point traitées.

Est-ce le protestantisme? Mais nous l’avons vin, son éducation luthérienne ne pouvait» au contraire, que le plonger de plus en plus dans l'insensibilité et l’aveu-

glement fatalistes, et rendre plus difficile son retour à la saine philosophie. Celui qui lisait avec plaisir le De servo arbitrio de Luther souscrivait par avance le Code même du fatalisme, et le remède ne pouvait naître d’un livre qui avait fait le mal.

Qui donc enfin l’a retiré de l’abtme? ab hoc prœcipitio me retraxil? c’est Platon d’abord, c’est aussi tout un ordre de considérations mathématiques sur la nature de l’infini, qui prendront place dans la seconde partie. Mais, éclairé par le résultat de mes recherches à Hanovre, par l’étude de ces dialogues qu’il a traduits et annotés, par son propre témoignage répété jusqu’à cinq fois dans ses différents écrits, je puis dire que cette victoire décisive a été obtenue et remportée par Platon, ou du moins avec son énergique concours. C’est lui, dans le Phédon, qui lui a le premier fait voir des marques de sagesse et de bonté, là où ses yeux obscurcis par l’erreur n’apercevaient que des traces d’une nécessité aveugle et sourde. C’est lui qui l’a relevé et fortifié jusqu’au mépris de ces systèmes matérialistes qui l’avaient d’abord séduit par une rigueur apparente. Ainsi il fut donné deux fois à la philosophie de Platon de rendre à la sagesse des esprits dignes d’elle. Sa première victoire fut saint Augustin; la seconde, moins connue, et bien digne de l’être, fut Leibniz. Platon ne les a convertis ni l’un ni l’autre, mais il les a relevés et tournés tous les deux à la raison et les a préparés ainsi à une lumière plus vive. Il a dans les deux cas brisé la ceinture de ténèbres que l’erreur et le mensonge avaient faite autour d’eux.

Ainsi Leibniz, entouré d’obstacles, les a tous surmontés, Un moment prêt à succomber à la tentation du fata-

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