‹ Nouvelles lettres inâeditesChapitre 18 sur 57 · A S. EXG. M. LE MARQUIS DE LANS, GOUVERNEUR DE LA SAVOIE · texte numérisé non relu

A S. EXG. M. LE MARQUIS DE LANS, GOUVERNEUR DE LA SAVOIE

Saint François informa £>. Exe. qu'il a été remis en possession des Églises de Gex.

Annecy, 2 aoust 1G12.

Monsieur,

Ayant esté remis en la possession de toutes les églises de Gex, quiestoyent occupées par les ministres, hormis de celles, que ceux de Genève détiennes, pour le regard desquelles j'ay esté renvoyé au conseil du Roy de France, je suis revenu à mon ordinaire résidence, en laquelle je vous salue très humblement, et vous supplie me conserver l'honneur de vostre bienveillance ; le commissayre député pour me mettre en la dite possession est un simple conseiller de la cour du parlement de Digeon , qui vint luy troysiesme et néanmoins , s'est fort bien sceu fair' obéir nonobstant toutes les alléeations et répugnances des hérétiques. Ceux de Genève ont esté estonnés et marri qu'on ayt mis en compromis, la restitution des biens qu'ils tiennent dans la souveraineté de France, et n'ont pas manqué d'avancer que S. A. les traittoit mieux pour ce regard. Rien autre ne s'est passé qui soit digne de vous estre représenté,

C*est pourquoy priant N. S. qu'il vous fasse de plus en plus abonder en sa grâce, je me nonnnerois en toute \ élite ,

Monsieur,

Très humble et très affectionné serviteur de V.E,

François, Evescjue de Genève.

i48c LETTRE

Communiquée par Mc V. Pigeau , avocat.

A M. SANGUIN, SEIGNEUR DE ROCQUENCOURT, CONSEILLER DU ROI AU PARLEMENT DE PARIS.

11 lui maude qu'il vient d'écrire à la supérieure de l'Institut de Sainte-Marie de la Visitation , à l'effet de la prier de ne point exclure de son monastère la fille de ce seigneur, sous le prétexte qu elle u étoit point propre à l'exercice de la méditation.

Annecy, 22 aoust 1G12.

Monsieur ,

J'estois malade en Piémont quand je reçu votre lettre du 27 may; maintenant de retour au lieu de ma résidence, je vous remercie très-humblement, de la sou- \ ( mince que vous avés de moy qui réciproquement ay gravé en mou àme le respect que je doy à votre vertu et piété tesmoignée de vray, par l'assistence que vous fistes à madame de Gouffier pour la réception

des filles de Sainte-Marie de la Visitation , en suite de quoy je voudrois bien, je vous asseure Monsieur, vous rendre quelque utile service en toutes occasions mays en particulier pour la consolation de mademoyselle votre fille, et mesme ayant receu une si grande recommandation et si puissante, comme est celle de monseigneur le duc de Nemours , qui m'escrit ardemment pour votre intention. Néanmoins, Monsieur, scientibus legem loquor, je doys limiter mon vouloir par mon pouvoir qui ne s'estend pas hors de mon diocèse, sinon par manière d'intrusion. Et partant, j escrits à la supérieure de laquelle vous vous plaignes qu'autant qu'il se pourra bonnement faire selon Dieu , elle contente votre désir en considération de celuy que j'ay très ardent de vous rendre service ; que si après cela, il se treuve quelque difficulté ce sera à l'autorité de monseigneur le Gardinal-Evesque de Paris ou à ceux qui ont charge de luy de la résoudre. Au reste, Monsieur, il n'y a aucun article secret, es constitutions de l'institut de Sainte Marie, sinon qu'il ayt esté adressé si secrètement que je n'en aye jamays eu connoissance. Car, quant à moy, je puis dire quant à cela, à l'imitation de Nostre-Seigneur et maïstre, in occulto locutus sum nihil. Il n'y a rien de cabalistique en tout ce que j'ay jamais dit ny escrit. Que si quelqu'un vous a dit le contraire il a eu tort de moy qui sçai dès le temps mesme que vous me marqués et duquel la mémoire m'est si douce , quand j'avois le bonheur d'estre avec vous au collège, que ventos non queror angulos, et qu'il n'y a nulle finesse au vrai service de la piété. Et de plus, Monsieur, bien que l'exercice de la méditation soit grandement désirable es monastères, si en ce que quand toutes les autres qualités se treuves en un esprit , toujours j'ai jugé que celle de n'estre

DM propre à former les méditations n'estoit pas suffisantes pour forclorre une âme du cloistre, peut-estre donq j aura-t-il en mademoiselle vostre fille, quelqu'au-

tre manquement, non es roses essentielles de la pieté simplement inays à l'aventure en ce qui est requis au genre de vie des sœurs de la Visitation qui provoque la supérieure à la désirer ailleurs. Car je ne puis m'imaginer que sans raison de gayeté de cœur, ni mesme de lierté de courage elle voulut fascher un personnage de votre condition et refuser le séjour au monastère à une fille si bien née comme est la vôtre, Monsieur; et quant aux fraits que vous avés faits pour l'essay, qui n'auront pas été employés pour la personne propre de celle qui l'û fait, je crois que vous n'en aurés pas de refus. En somme, puisque vous m'avés fait l'honneur de m'aymer dès il y a si long-temps, je vous supplie très humblement de continuer tousjours,

Monsieur ,

Et de croire que de tout mon cœur je serai toute ma vie,

Votre plus humble et affectionné serviteur,

François, Evesque de Genève.

i49c LETTRE.

L'autographe se conserve dans les archives de la Visilalion d'Annecy.

A MONSIEUR LE BARON DE VILLETTE , CONSEILLER D'ÉTAT ET MAITRE d'hOTEL DE S. A. R.

Saint Fançois lui témoigne le désir de le voir jouir des effets de l'affection du prince. Il lui parle de la vocation de sa fille.

Annecy, 21 septembre i6l2.

Monsieur mon oncle,

Je vous remercie très humblement, quoique plus tard que je ne devois, de la faveur de votre lettre que M. de Gie, mon cousin, m'apporta, entre cette infinie multitude d'occupations que nos grands pardons me donnèrent, je ne doutois point que S. A. ne vous regardât comme les grands princes ont accoutumé de voir leurs grands fidèles serviteurs; Dieu veuille que ses mains vous soient aussi libérales que ses yeux. Il seroit bien raisonnable que comme les princes s'estiment les soleils de ce bas monde, ils rendissent les rayons de leurs regards effectifs, ainsi que ceux du soleil le sont sur la terre.

Nous avons eu la bonne madame de Beaume, que mon cousin salua et lui fit une petite harangue sur le sujet de sa maîtresse qu'elle agréa extrêmement, et me dit que si elle lui pouvoit rendre quelque sorte de bon office en ses amours , elle le i eroit de tout son cœur, m'assurant que cette demoiselle , dont il est ques-

DE 5. rilAxNCOIS DE SALES. «S 7

don, rtoit une perle en bon naturel, en bonne humeur et en vertu, qui me fait il autant plus louer le choix que vous en avez Tait, pour la consolation de votre vieillesse future, et voudrois bien pouvoir contribuer quelque service à ce dessein, comme aussi à tous les autres qui regarderont votre contentement.

Et à ce propos, hier ma chère petite cousine me vint voir qui m'expliqua son intention pour le regard de la vocation religieuse, et me dit son petit cas si honnêtement et gentillemcnt que j'en demeurai fort édifié et consolé. Ce fut quelle désireroit bien d'avoir la volonté d'être religieuse à la Visitation, mais qu'elle ne pouvoit s'y résoudre , parce qu'elle ne pouvoit se ranger à une si grande perfection, et ne lui étoit pas avis qu'elle la puisse entreprendre. Mais parce qu'elle me dit qu'elle vous en avoit écrit fort amplement, je ne vous dirai point le reste de nos discours, desquels la conclusion fut qu'elle me prioit de vous faire agréer de la supporter en son imperfection. Je crois bien que la pauvre petite ne pense nullement au mariage, et qu'elle s'aecommoderoit à une autre sorte de vie, pourvu qu'on n'observât pas une règle si absolue comme on fait à la Visitation. Certes, je la trouve si bonne fille, que je ne puis m'empècher d'espérer que de quel coté qu'elle se trouve, elle ne vous donne de la satisfaction.

Pour moi, priant N. S. qu'il vous conserve à longues années pour les vôtres et pour moi qui suis le plus humble , je demeure,

Monsieur mon oncle,

Votre très affectionné, fidèle serviteur et neveu,

François, Kveque de Genève.

88 IETTRÉS INÉDITES

i5o* LETTRE

Tirée du 5e volume du 2e procès de la canonisa liou de Saint François de Sales, page 211; conservé au monastère delà Visitation d'Annecy.

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