AU DUC DE BELLEGARDE, GOUVERNEUR DE LA BOURGOGNE
Saint François lui parle de l'entière exécution de l'Édit de Nantes dans le pays de Gex.
10 novembre 1612.
Monsieur,
Je laisse à monsieur Milletot le contentement de vous représenter l'heureux succès de la commission que le roi lui avoit donnée pour l'exécution de l'Edit de Nantes, à Gex, et me réserve seulement de vous faire un très humble remercîment pour le soin continuel que votre zèle a du rétablissement de la gloire de Dieu en ce misérable bailliage , où l'hérésie qui a si long-temps foulé aux pieds la piété , nous menace encore maintenant aussi effrontément que jamais, de rendre vaine l'espérance que nous avons en votre protection , comme si le crédit des prétendues églises de France étoit plus puissant pour le renversement , nous empêchant de l'effectuelle jouissance de notre juste prétention, que la justice de la reine et votre intercession pour faire maintenir un arrêt si équitable et si saint, comme est celui en vertu duquel l'Édit a été exécuté. Mais, monsieur, comme c'est notre bonheur d'avoir une foi contraire à celle des hu-
guenots, aussi nous glorifions-nous d'avoir une espérance opposée à leur présomption, à raison de quoi tous les catholiques de Gex, et moi plus que tous, espérons et espérerons toujours de voir tous les jours quelques progrès de notre sainte religion en ce petit bout du royaume, qui est si heureux d'être sous votre gouvernement. A quoi ne serviroit pas peu si monsieur Milletot qui a si diligemment pratiqué sa commission , avoit quelque charge particulière d'ordonner et commettre de tout ce qui en dépendroit par manière de surintendance aux affaires de la justice; car iceux étant de contraire religion à la nôtre, ce nous seroit un grand bien d'avoir qui eût un soin particulier de nous comme auroit le dit sieur Milletot , qui certes témoigne une grande prudence et bonne affection en cette occurrence. Mais, monsieur, votre sagesse vous suggérera ce qui sera plus à propos sur ce point, et moi, cependant, je continuerai mes souhaits devant N.-S. pour votre prospérité, afin qu'il lui plaise vous en combler à jamais. Je suis.
i5i« LETTRE.
L'autographe appartient à madame la comtesse de Pampara , née Demaria , à Turin.
A UNE DAME
Sur l'ordre donné par saint François doter du chœur de l'église, les bancs de femmes.
Annecy, 22 novembre 1612.
Il est vray que nous fismes un décret il y a [environ trois (sic), ma très chère fille, quêtant qu'on pourroit, on osteroit les bancs à femmes des chœurs de toutes les églises. Parce que cela est juste, bien séant, et conforme aux anciennes coustumes des chréstiens. Mais il ne fut pas dit, ni ne le devoit estre, que les femmes n'entrassent pas au chœur : car , pour plusieurs occasions il est raysonnable qu'elles y entrent, pourveu que ce soit avec la modestie que la sainteté du lieu requiert. Prenez donq discrettement la place pour vos prières qui vous sera plus propre, pourveu que ce soit sans banc, car je ne voudray pas que votre banc fut auprès de l'autel à cause la messéance. Vous savez bien qu'en cette ville et en notre office le plus solennel, les femmes se mettent bien dans le chœur et aux treilles.
La bonne Mme. de Chantai se va remettant, mais fort foiblement, elle fut hier à la messe et à l'exhortation. EU' a un cœur admirable envers Dieu , et vous chérit parfaitement.
La petite congrégation va eroyssant, cerne semble, en vertu comra' eu nombre des filles. Nqus avons accoqomodës les différences du cher mari et du beau-père aux mieux que nous avons sceu. 11 est mieux d'avoir moins et de l'avoir en paix. Dieu vous bénisse, ma très dure lille, et je suis en luy ,
Votre plus humble et très affectionné serviteur ,
François, Ev. de Genève.
i5a« LETTRE.
L'authographc est conservé aux archives de la cour de Tarin.
A S.A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François demande les ordres de S. A. avant de punir l'abbé de La Tour, son ambassadeur, pour avoir battu M. Berlhclot.
Annecy, 4 mars 1 G i 5.
Monseigneur,
Sur les plaintes qui me furent faites de M. l'abbé de la Tour, à raison des bastonnades qu'il avoyt donnéesau sieur Berthelot; la grandeur du respect que je doysàV. A., me suggéra de ne point entreprendre de justice sur la personne dudit sieur abbé, puisqu'il estoit ambassadeur ordinaire de V. A., et n'estoit iey que par manière de passage, et de jour à jour en attente de retourner à 1 exercice de son ambassade (1). Maintenant, V. A. pourra
(I) L'abbé de La Tour a été ambassadeur de S. A. à Madrid, ensuite son eiivové a Milan.
voir les informations prises à charge et descharge du dit sieur abbé , que ce porteur a en main , et me donner sur cela ses commandemens, ausquels j'obéiray avec la fidélité qui me fait incessamment supplier Dieu pour la prospérité de V. A. , de la quelle je suis,
Très humble, très obéissant, très fidelle serviteur et orateur ,
François, Evcque de Genève.
i53e LETTRE.
L'autographe est conservé chez madame la marquise Camerana née de Tornon , à Turin.
A MONSIEUR LE COMTE DE TORNON
Sur l'accusation portée contre un de ses parens.
Annecy, 11 avril 1613.
Monsieur,
J'escris à part ce billet, pour laisser l'autre lettre en estât de pouvoir estre montrée à M. le marquis de Lans. Et si je ne l'avois escritte si précipitamment j'eusse voulu qu'il l'eut envoyée ou à M. le chancelier ou à quelqu'un qui eut entrepris de bien représenter à S. A. la malice et le venin des ennemis de nostre pauvre
parent qui est là musse comme un lièvre dans marila avec une fort Jexacte obéissance. Chacun est scandalisé du grand pouvoir que les accusations seules ont; s'il suffit d'accuser, qui sera innocent? Ceux qui connoissent M. de Servetti et je croy que S. E. le connoist, sçauront bien discerner de l'action d'hier. Certes Berthelot n'avoit que faire de s'opposer à luy en la conduite des dames; car comme vous sçavés c'est un gentilhomme de si bon lieu que comme ce soit encor le faut-il respecter, or il suffit si l'on peut faire l'office au pauvre parent des-jà banni du Genevois et serré dans une maison seule. Pour moy je voy tant de malice et de ruse en ses calomniateurs et la voy si clairement que je me sens obligé de parler. Et me semble que le silence seroit péché.
L'importance est que l'office se fasse car je m'as-
seure que ce matin Berthelot un homme comme
sachant bien que la plus grande force de sa ruse consiste en la diligence. Si la comtesse nous envoyé des bouteilles on les emplira tant qu'il y aura un piqu'ardent. Et si nous eussions eu des ampolons à suffisance nous n'eussions pas oublié de vous envoyer vostre part.
Je feray tenir seurement la lettre au cousin lundi ou mardi au plus tard. J'espère avoir le bien de vous saluer et redire que je suis,
Monsieur ,
Vostre plus humble , très affectionné serviteur,
François, Evêque de Genève.
i54e LETTRE.
L'autographe appartient à madame la Comtesse Camcrana , née de Tornon , à Turin.
A MONSIEUR LE COMTE DE TORNON
Saint François lui envoie des prémices du vin grec de Montpellier.
Aneci, 14 juin 1G13.
Monsieur,
Je vous remercie de la part qu'il vous plaît de me faire de vos nouvelles, que je mesnageray tousjours le plus discrettement que je pourray. Vous aurés les prémices du vin grec de Monpélier, lesquelles puisque j'avois destinées à M. le marquis de Lans nostre gouverneur général, se rencontreront à propos entre vos mains pour luy estre données, bien que je ne veuille pas pour cela exempter de luy envoyer les secondes traittes, des quelles aussi peut -estre réciproquement vous fera-t-il part. Mes frères sont tous vos serviteurs, et se rendront tousjours pour vous suivre partout , mays voilà Bernadet qui me dit qu'il n'est plus temps pour ce coup. Puisque S. E. part soudain après disné estant arrivée dès ce soir passé.
Je suis sans nouvelles de M. de Charmoysi nostre cousin, et.ce sont bonnes nouvelles, car s'il y en avoit d'autres je serois adverti; or j'attends tous les jours l'ordre de sa liberté que monseigneur de Nemours m'a pro-
DK S. Fil AN COIS DK SALES. 95
mis, c'est pourquoy je ne luy envoyé point jusques à ce que je l'aye.
A ce propos on m'a dit que le sieur Berthelot avoit fait faire des grandes plaintes contre mon frère le chevalier à S. E., mays il se treuvera que c'est à tort, et pour des frivoleries, comme de ne le saluer pas, non plus qu'il n'est pas salué de luy, et semblables choses indifférentes et dont les plaintes peuvent estre réciproques, quoy que non égales en l'inégalité des personnes. Nous sommes ici en occupation pour telles petites observations, et cela me tient lieu de mortifications, car en vérité j'aurois bien d'autres choses à faire, qui seroyent plus utiles.
Je prie Dieu qu'il vous comble de bénédiction , et suis sans fin,
Monsieur,
Votre très humble serviteur ,
LETTRES INEDITES
i55« LETTRE.
L'original est conservé chez S. Ex. madame la comtesse de Valda , née Salomone de Fedravalle , à Turin.
A MADAME DE LA FLECHERE
Saint François lui envoie des reliques et lui parle de plusieurs personnes dont l'amitié leur est commune.
8 juillet 1013.
Ma très chère fille ,
J'ay reçeu le livret ainsy que vous l'avés donné à cette bonne fille. Je vous le rendray fort fidèlement de la mesme sorte. Car nous en sommes fort résoulus et ny a rien de réservé en nous que nous ne voulions estre pour Sa Divine Majesté. La bonne madame de Chantai part dans huit ou dix jours pour terminer finalement toutes les affaires qu'elle peut jamais avoir en Bourgoigne. Je suis bien ayse qu'elle aille soit pour revenir soit aussi. Son fils est à la Thuille , may qui reviendra aujourd'hui. M. de Blonnay est icy qui y va voir sa maistresse, et je lui donnerai (sic) votre lettre pour la chère sœur. Je n'ay pas . eu loisir de voir nostre Visitation depuis vous parce que M. d'Abbondance ne fait que de partir tout maintenant lequel a logé céans. Je vous envoyé encore des dévotions de saint Charles. Les reliques sont de l'espoque que je vous dis.
Et moi je suis incomparablement tottt votre et votre plusliumble très affectueux compère et serviteur,
Je salue monsieur votre cber mari et la
voysine.
i56« LETTRE.
L'autographe appartient aux archives de la cour de Turin. A son excellence le marquis de lans, gouverneur de