A MADAME LA PRÉSIDENTE DE MIONS
Règle de vie ; el sur l'adoration du Seigneur,
Annecy, 2G avril 1G17.
Je répons à vostre lettre du 1 4, ma très chère fille : 1° Dites à cette chère B, Marie qui m'aymetant, et que j'aime encore plus (qu'elle parle librement de Dieu partout où elle pensera qne cela soit utile, renonçant de bon cœur à tout ce que ceux qui l'escoutent peuvent penser ou dire d'elle; en un mot, je luy ay dis jadis qu'il ne faut rien faire ni rien dire, pour en estre loué), et ce n'est pas estre hypocrite, de ne faire pas si bien que l'on parle, car Seigneur Dieu à quoy en serions-nous? Il fau" droit donq que je me teusse de peur d'estre hypocrite, puisque si je parlois de la perfection, il s'ensuivroit que je penserois estre parfait. Non certes, ma très chère tille, je ne pense pas estre parfait, parlant de la perfection; non plus que je ne pense pas estre Italien,*parlant italien. Mays je pense] sçavoir le langage de la perfection, l'ayant appris de ceux avec qui j'ay conversé, qui le parloyent. 2° Dites-luy qu'elle poudre ses cheveux, puisque son intention est droite, car les cogitations qui vien-
Dli S. VHAMOIS Mî sAi.ES.
nent sur cela ne sont nullement considérables ( il ne faut pas entortiller vostre esprit'parmy ces toiles d'araignées), les cheveilX de L'esprit de cette fille sont encore plus desliés que ceux de sa teste, et c'est pourquoy elle s'en embarrasse ( il ne faut pas estre si pointilleuse, ni s'amuser à tant de réplique, auxquelles nostre Seigneur n'a point d'égards, dites-luy donq qu'elle marche à la bonne foy , par le milieu des belles vertus de la simplicité et humilité : et non parles extrémités de tant de subtilités de discours et de considérations). Qu'elle poudre hardiment sa teste, car les faysans gentils poudrent bien leurs pennages, de peur que les poux ne s'y engendrent. 3° Qu'elle ne perde pas le sermon , ou quelque bonne œuvre, faute de dire Mais qu'elle le dise doucement et
tranquillement. Si elle est à table, et le Saint-Sacrement passe, qu'elle l'accompagne en esprit s'il y a d'autres gens à table avec elle. S'il n'y a personne, qu'elle l'accompagne si sans s'empresser elle peut y estre assez tost, et puis qu'elle retourne doucement prendre sa réfection; car N. S. ne voulait pas mesme que Marthe le servit avec empressement. 4° (Je luy ay dit qu'elle pouvoit parlés fortement et résolument es occasions où il est requis pour retenir en devoir la personne qu'elle sait. Mays que la force estoit plus forte quand eh" estoit tranquille, et qu'on la faysoit naistre de la rayson sans meslange de passion). 5° La société des Douze ne sçauroit estre mauvaise, car l'exercice duquel elle se sert est bon, mays il faut que cette B. M., qui ne veut point de. peut-estre, souffre celuy-ci; que peut-estre cette société est véritable, car n'estant nullement tesmoignée par aucun preslat, ni aucune personne digne de foy, nous nesçaurions estre asseurés qu'elle ayt été instituée, le livret qui le dit n'alléguant ni autheur ni tesmoins
qui en asseure : ce qui ne peut nuire et peut profiter, est néanmoins bon. 6° Quelle marche en orayson ou par points, comme nous avions dit, ou selon son accoustumée, il importe peu. Ainsy nous nous souvenons bien que nous luy dismes que seulement elle presparast les points et s'essayât, au commencement de l'orayson, de les savourer, et si elle les savoure, c'est signe que Dieu veut qu'elle suive cette méthode au moins alhors, que si néanmoins la douce présence accoustumée l'occupoit, par après elle s'y laissast aller ( et aux colloques aussy qu'elle fait par Dieu mesme qui sont bons en la sorte qu'elle me les représente en vostre lettre ; mays pourtant il faut aussy quelque fois parler à ce grand tout , comme voulant que nostre rien fasse quelque chose). Or, puisque vous lisez nos livres (je n'adjouteray rien, sinon que vous ailliez simplement, rondement, franchement et avec la naifveté des enfans, tantost entre les bras du Père Céleste , tantost tenu par sa main ). Quant à Madame de *** s'il y a apparence qu'on puisse ériger une mayson par delà, il la faut faire venir icy, car il y aura plus de facilité de la renvoyer. Si moins je persévère, qu'elle suive sa première visée ; mais au premier cas je vous laisseray mesnager l'affaire pour Lyon, non pas envers ma sœur Faure qui sera tousjours contente de ce que nous ferons, estant si grandement nostre fille, et sœur comme elle est. Mays ailleurs à Lyon où vous sçavez. Or de cecy faites en la response à M. de Bogneron s'il vous plaist en cas que je ne puisse pas lui escrire, car je suis très pressé certes, et par conséquent je ne seaurois escrire à M. de Saint- André pour ce coup. Si vous luy faites voir la copie de ce que j'escriroy à M» de Viel* lieu, cela suftiroit pour un temps. Je suis bien ayse que mes livres ont trouvé de l'accès en vostre esprit, qui es-
toit si brave que de croire qu'il se suflisoit à soymesme. Mays ce sont les livres du Père et du cœur du quel vous estes la chère fille, puisqu1 ainsy il a pleut à Dieu, auquel soit à jamais honneur et gloire.
N. B. Ce qui suit se trouve rayé dans V autographe :
Je n'escris donq à personne qu'à vous, mays je désire bien pourtant que par vostre entremise je puisse saluer madame de Saint-André et madame de Virieu que vous chérissez si ardemment. Et puis madame Odeyer qui ma bien escrit une lettre fort dévote, dont je suis bien consolé, car je lui souhaite beaucoup de bonheur spirituel. Et madame de Bogneron, et puis enfin la bonne mère ; et nostre bon M. d'Orne , que mon asme honore et avme parfaitement. J'envoyeroy les règles de la Visitation au premier jour, je les avoy fait desjà transcrire , mays il les faut renvoyer à Thurin où l'on pense à l'érection d'une mayson puissamment. Le Président qui a tué sa femme estoit un bon homme, mays colère. L'abbé qui a esté blessé n'estoit pas prestre, ni ordonné es ordres sacrés, mays possédoit le bénéfice de son abbaye, pour estre de grande mayson : on dispute qui avoit le tort. Hélas je les regrette tous, car je pense qu'ils l'avoient tous. Oh ! que les enfans du monde sont sages, ce dit-on, Oh! qu'ils sont fols, ce dit Dieu; bienheureux sont les enfans de Dieu , car ils s'ayment, et sont aymés de luy.
LETTRES INEDITES
217e LETTRE.
Tirée du registre des lellres de Sainl François de Sales conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François est prié de prêcher Vadvcnt et !e carême à Paris cl à Grenoble. Il prie S. A. de lui faire savoir quelle est celle des deux villes à laquelle il doit donner la préférence.
Année i, 30avriH617.
Monseigneur,
J'ai reçeu maintenant le commandement que V. A. me fait de me préparer pour aller prêcher l'Advent et Carême suivant à Paris. Et néanmoins par lettres de M. le baron de Macieu j'ay sçu que V. A. m'avoit accordé pour le même Advent et Carême à la cour du Parlement de Grenoble, qui me fait supplier très humblement V. A. de me faire sçavoir auquel des deux lieux je m'attendrai d'aller, m'étant pour moi chose assés indifférente , pourvu que où que je sois, ce soit selon le bon plaisir de V. A. à laquelle je §uis et à laquelle je souhaite toute sainte prospérité comme doit,
Monseigneur,
Votre très humble, très fidèle et très obéissant orateur et serviteur ,
François, Evêque de Genève.
ai 8e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de ïuriu.
A S. A. VICTOR AMÉDEE PRINCE DU PIÉMONT
Suiul Fruuçois recommande à S. A. la ville d'Annecy pour la confirmation de ses privilèges.
Annecy, 20 mai 1G17.
Monseigneur,
Cette petite ville d'Annessi recourant à S. A. pour la confirmation de ses privilèges , a toute son espérance en vostre bonté. C'est pourquoy elle l'implore de toutes ses forces • et moy , Monseigneur , j'accompaigne d'autant plus hardiment sa supplication que V. A. me tesmoigna lorsqu'elle estoit de deçà, qu'elle nous favoriseroit tous en cett' occasion ; et je le croy , Monseigneur, puisque vostre débonajreté se plaît aux bienfaits, et particulièrement envers les peuples fidèles, obéissans et affectionnés à la couronne de S. A. , tel que je puis attester estre celuy-ci , qui outre cela a grand besoin d'estre en quelque sorte allégé. Ainsy nous prions tous Dieu, qu'il bénisse, conserve et prospère V. A. , de la quelle je vivray à jamais,
Monseigneur ,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,
François , Ev. de Genève.
219e LETTRE.
L'original csl conservé aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Nouvelle recommandation pour la confirmation des privilèges de la ville d'Annecy.
Annecy, 26 mai 1617.
Monseigneur,
Cette ville d'Annessi recourt à la débonairetéde V. A. pour avoir la confirmation des privilèges que Messeigneurs, ses prédécesseurs, luy ont donné. Jejointz ma très humble supplication à la sienne ; protestant que jamais V. A. ne gratifiera aucuns peuples de sa sujettion qui ayt plus de cœur , d'honneur, de fidélité et d'obéissance à vostre couronne, Monseigneur, que celuy-ci , qui au reste a un extrême besoin d'estre ravigoré (1) par telz bienfaitz, tandis qu'incessamment avec moy , il lève les mains et les yeux au ciel pour la prospérité de V. A. de la quelle je seray à jamais ,
Monseigneur ,
Très humble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,
(I) Ravigoré ; Redonner des forces, de la vigueur , ranimer. ( Note de l'Editeur, )
■22o<= LETTRE.
L'original se conserve au monastère de la Visitation d'Annecy.
A MADAME DE LA FLECHERE
Saint François s'excuse de ne pouvoir donner un bénéfice à un homme protégé par une dame qui le lui avoit fortement recommandé.
Annecy, 28 août 1G17.
Ma très chère fille,
Je le crois que cette bonne Dame sera un peu brune sur moi , parce qu'elle affectionne fort les serviteurs desa maison , et l'und'iceuxs'ëtant présenté au concours dernièrement sous sa recommandation, ne fut pas pourvu , quoiqu'il soit certes fort capable. Mais à la première commodité, je lui ferai savoir qu'il m'est impossible de de le gratifier, tandis qu'il ne sera pas prêtre, ni lié aux ordres sacrés. Car quelle apparence de donner les charges ecclésiastiques de telle conséquence à un qui n'est encore point ecclésiastique , au préjudice de plusieurs honnêtes ecclésiastiques qui ont déjà fait longuement l'exercice, et qui ont bien servi l'Eglise ! Je laisse à part qu'il n'est pas du diocèse, car en cela je me puis dispenser. Voilà, ma très chère fille, tout le sujet qu'elle peut avoir. C'est grand cas comme l'esprit humain est ami de sa volonté , et comme chacun suit l'amour propre , sans regarder ce qui est plus au service de Dieiu
Sur cela, je lui écris l'avis requis pour l'affaire de M. le Prieur, je ne sais si cela accommodera son cœur, mais il me tardoit que je le fisse.
Au reste, Mademoiselle de Chantai ne peut ne vous honorer et chérir cordialement , puisqu'elle est la fille de sa mère et la mienne, certes , car je l'aime hien , et je suis parfaitement votre, mais je dis très absolument; et Jésus soit à jamais notre vie. Amen.
221e LETTRE.
L'original appartient à la maison Mantegazza do Monza, près de Milan.
A SA PATERNITE LE PERE GENERAL DE LA CONGREGATION DES PRÊTRES DE SAINT-PAUL, A MILAN.
Sur le Père D. Redcnto.
Annecy, 2i septembre 1617.
Rev. in Christo padre oss. ,
Il P. D. Redento ritorna dove la santa obedienza lo chiama. Egli è persona di bonissime qualità , e la quale ci ha dati a tutti grand edificazione. So chè ha fatto errore nell'impressione de libri suoi senza la débita licenza. Ma di questo errore so chè la maggior parte è venuta da una certa simplicita e inadvertenza. E mediante la paterna e benigna correzzione chè V. P. Rev. glie fara egli senza dubbio stara horamai saldo, Oncle se
V. P. non giudica altiinionti clic fosse inconveniente per qualehe ragione a nie sécréta ardisco cH tlirli chè saria bene di rimandarlo gia chè havendo imparata la lingua e essendo molto grato in atteste bande parmi chè sarebbe di molta utîlità. Pero in tnito io mi rimetto alla molta prudentia di V. P. chè Iddio faccia beata îu'lia gratia c gloria céleste e alla quale io voglio sempre restarc.
Servitorc et fratcllo humilissimo et divotissimo ,
Francesco, Vescovo di Ginevra.
Le Père D. Redento retourne là où la sainte obédience lappelle. C'est une personne remplie de très bonnes qualités , et il nous a été à tous de grande édification. Je sais qu'il a commis une faute en faisant imprimer ses livres sans la permission requise. Mais une grande partie de cette erreur est venue d'une certaine simplicité et inadvertance ; après la paternelle et bénigne correction que lui fera V. P. , sans doute , il sera désormais quitte. Si V. P. par quelque raison qui soit secrète pour moi , n'y voit pas d'inconvénient , j'ose lui dire qu'il seroit bien de le renvoyer ici. 11 a appris la langue, et étant fort agréable dans ces contrées , il y seroit d'une grande utilité ; en tout cependant je m'en remets à la prudence de V. P. que Dieu rende heureuse dans la grâce et dans la gloire céleste; je suis toujours de V. P.,
Le serviteur et frère très humble et très dévoué , François , Evcq. de Genève,
208 IKTTIIES INÉDITES
Cette lettre se trouve dans le 5e volume du 2e procès de la canonisation de saint François, page 130, conservé au monastère de la Visitation d'Annecy.
SON A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE, A SAINT FRANÇOIS DE SALES.
S, A. permet à saint François de prêcher le carême à Grenoble.
Turin , 14 octobre 1G17.
Très Rév., très cher, bien ame etfëal conseiller et dévot orateur.
M. le maréchal Desdiguières nous a fait instance de vous permettre d'aller prêcher le Carême prochain à Grenoble. Nous la lui avons volontiers accordée par le fruit que nous espérons que ce lieu-là en tirera ; vous vous y disposerez donc de bonne heure sans attendre plus expresse licence de notre part, et Dieu vous ait en sa sainte garde.
323e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. VICTOR-AMEDÉE, PRINCE DU PIEMONT.
S.ûul François recommande à S. A. le capitaine Henri de La Rose.
Anneci , 24 octobre 1017.
Monseigneur,
Il pleut à S. A. il y a plusieurs années d'ordonner quelques commodités au capitaine Henry de La Rose, homme lequel meshuy n'est pas seulement vieil, ainsi décrépite; et bien que la libéralité de saditte Altesse fut excitée par diverses considérations, si est que celle de la conversion de cette âme en fut le fondement , et est celle qui me fait en toute humilité, supplier V. A. de l'avoir en recommandation ; si toutefois il peut assez vivre pour avoir besoin de ce qu'il recherche, car il part , ce me semble , à moytié mort , tant il a désir d'avoir moyen de vivre.
Dieu , par sa bonté , veuille conserver et prospérer la personne de V. A.,
Monseigneur, De qui je suis ,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
il 14
L'authentique est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Recommandation en faveur du capitaine Henri de La Rose.
Annecy, 30 octobre 1G17.
Monseigneur,
Le pauvre capitaine La Rose, sur le bord de sa fosse, recourt à la bonté de V. A. pour en obtenir le moyen de passer avec quelque soulagement cette extrémité de sa vie; à quoy je joins très humblement ma recommandation avec mille et mille souhaitz que je fay devant Dieu qu'il comble V. A. de félicité, demeurant,
Monseigneur,
Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François, Ev. de Genève.
DE S. FRANÇOIS DE SALES. 21 l
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Pour la confirmation des privilèges accordés aux personne.-» qui s'occupent du soin de prépaver la soie.
Anncssi, 29 novembre 1017.
V. A. a dès le commencement favorisé l'establissement de l'art et traffiq de la soye en ces quartiers de deçà comme une œuvre-de grande utilité au pays et de grande importance pour la gloire de Dieu , affin de divertir les artisans et ouvriers d'aller perdre leurs âmes dans Genève. Playse donq à V. A. de confirmer les privilèges desjà accordés aux maistres et apprentifs et autres personnes qui font profession de cet exercice ; je l'en supplie très humblement , et ne cesse jamais de souhaiter toute sainte prospérité , comme je suis obligé de taire, puisque j'ai l'honneur d'estre,
Monseigneur,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur de V. A.,
François, Ev. de Genève.
àrf* LETTRE.
L'original appartient à M. Roustet, curé de S'-Maurice d'Annecy.