AU SUPÉRIEUR DES PP. BARNABITES
Saint François s'informe des moyens d'établir sur des bases solides l'institution des PP. Barnabiles dans les collèges d'Annecy et de Thonon.
Rév. in Ghristo Pacîre offm0.
Ringrazio humilmente V. P. R. dell' amorevolezza colla quale ha rimandato in questi luoghi il P. D. Redempto, il quale io spero chè farà frutti degni délia sua vocazione è grati a V. P.
Ecco fra tanto, la santa , è desiderata pace, e è normai tempo , di vedere corne potremo far riuscire i pii disegni del Ser. Prencipe di Piemonte , per la solida fondazione de questi duoi collegii di Annessii eïonone;
pe quale trattando io con S. A. Ella , si contentô
chè si pigliasse tutta 1' entrata del monastero di Contamina , suprimendo li monaci , per più ragioni e transferendo le lore prébende parte in questo collegio e parte in quello di Tonone ; con patto pero chè si mettano in luogho loro altri tanti PP. Rarnabiti, in questi collegii chè possano celebrar le messe aile quali detti monaci erano obligati, e con cert' altre conditioni le quale dal P, de Giusto saranno spiegate a V. P. poiche
io le ho poste in scritto alla distesa. Ma lio giudicato bene,si corne ancho il P, D. Gio-Battista superiore di questo Collegio uomo giudicioso e chè da a questi popoli gran soddisfazione chè questo ncgozio si debba trattar da] P. D. Giusto, non solamente in qncsta nostra Coite, appresso il Ser. Prencipe (il chè s' io non m'inganno) sarà cosa facile, ma ancora in Roma, dove detto padre faccia instanza ivi appresso il signore Ambasciatore di S. A. la quale con espresso commandaniento tara fare la sollicitazione. Ma sollicitazione chè non si fara niai bene, se detto padre infonnatissimo délie cose de quai e de tutti li motivi e circostanze chè ponno indurre S. Sta a for la grazia. Onde mi pare neuio chè detto padre vada subito di una Corte nell' altra: et havendo io, un par daltri negozii buoni, e laudabili nella Corte di Roma, cioè per un seminario in questa diocesi; e per rendere conto di questa mia chiesa alla S. Sede; dovendo in ogni modo mandar costi persona aposta e ben qualiticata , sarei multo ubligato a V. P. e alla Cong., s' jo potessi adoprare detto P. D. Giusto e io farei la spesa delviagio; in maniera chè la Cong. non ne sentirebbe danno nessuno et per Vistessa via detto padre farebbe duoi altri negozi una, sarebbe procurar l'unione di certi benefici non conventuali per il stabilimento del noviziato in Rumigli, e l'altro, far venire, l'aprovazione di queste sorelle délia ^ isi t . ail' espedizione délia quale si attende, ma molto h-ï il ameute, corne il R. P. procuratore scrive; per esser le îogole in lingua francese, e il P. D. Giusto spedirebbe il negozio in un tratto. Supplico adunque nel nnnic.lrl signore V. P. R. di volece concedere detto
JEt già chg ho parlatu di ([uesto âorellç délia \
zione dirô anco quatro parole, sopra l'ultime* articolo délia lettera mandatami da V. P. péril P. D. lleclemto. E supplico V. P. di credere saldamente , cliè io non havrei giammai pensato di domandare, quella pezza di terra, nella quale è la peschiera senza pesci, del collegio, s'iohavessi veduto chè il darla fosse stato di pregiudizio alli padri, massime per la loro recreazione, essendomi la sanita e giucundità de padri cara qaanto la mia propria 5 e io so con quale proporzione si debbano riguardare le case de religiosi , e quella délie sorelle ; onde non vorrei dar incommodità a quella , per accommodar questa.
Ma por dirlo alla libéra e sinceramente, il prezzo di quella piazza délia peschiera essendo adoprato corne si conviene sara molto più utile al collegio chè la piazza. E mi son stupito délia preocupazione de questi nostri padri, alli quali io non ho voluto parlarne, per chè vedendo chè il solo imaginar questo negozio, li dava, un gran freddo verso di me, non volevo passar innanzi. Ma pero quantunque il P. Superiore moderno , fosse preocupato, daU'opinione d'altro al principio; tuttavia, considerando chè a lui toccava il negozio, corne capo del collegio, il volsi parlarne con lui, non per persuader li la mia opinione, ma solamente per farglie intendere chè il mio sentimento non era tanto extravagante corne altri dicevano. E adesso ha toccato , colla mano, chè io ho ragione; perché fra le piazze del collegio non ci é la più infruttuosa, ne lamanco utile alla recreazione, havendo due fenestre de padri dominicani, le quali sonno di ista immediata sopra quella pezza di terra , e il P priore nell' istesso muro chè è immediatamente sopra quel luogho, prétende di fabricare il noviziato suo, con le finestre délia istessa banda; nella quale non sô
cornes! possa negare chè hahbiano //« Iwninis et Jcnestrarum, poiçbè de fatto nenànno gîa la possessionc in quelle due Fenestre. Hora veda V. P- R. se sara gran pregiudizio al collegio di dardetto luogho; anzi se non si alzahole mura di essô Juoghô } chè si estendonp verso il restante del collegio. quasi tutto il collegio è scoperto alla vista de pàdri dominicain.
Onde corne affezionato al collegio e al bene délia Cong. quantoaltro pare mio possa esser,io giudicarei esser espediente cliè questa vendita si facesse. E non dubitû eliè V. P. R. vedendo la pianta o piano di questo collegio non sjudîcara cliè io ho ragione sicome in fine il P. Superiore c il P. D. simpliciano lian confessato.
Flora ritorno a supplicare V. P. R. di concedere il viagio al P. I). Giusto; eliè mi sara di manco speza , è di inagior utilità alla Gong, e non avendo più tempo di scrivere più diffusa mente , anzi avendo occasione di pregarla cliè mi sensi se cosi mi son disteso augurando a V. P. R. ogni santa félicita nel grembo ciel signore resto di essa.
Humiliss0. e affmo. fratello e serv.,
FiiANciiSco, Vescovo di Ciinevra.
Révércndissime Père en J. C,
Je remerde humblement V. P. R. de l'affection avec
laquelle elle a renvoyé en ces lieux le père Redempto.
J'espère qu'il recueillera des fruits clignes de sa vocation , et agréables à V. P.
Voilà enfin la sainte paix désirée ! Il est bien temps de voir comment nous pourrons faire réussir les pieux desseins du sérénissime Prince du Piémont , pour la solide fondation de ces deux collèges d'Annecy et de Thonon. A ce sujet, traitant avec Son Altesse, elle a permis que l'on prît tous les revenus du monastère de Contamine, en supprimant les religieux pour plusieurs raisons, et transférant leurs prébendes partie à ce collège et partie à celui de Thonon , avec la convention cependant qu'on mette à leur place autant de Pères Barnabites dans ces collèges, qu'il en faudra pour célébrer les messes auxquelles ces dits religieux étoient obligés. Il y a d'autres conditions que le père Juste expliquera à V. P. Je les lui ai données par écrit en détail. J'ai jugé à propos, et c'est aussi le sentiment du père D. Jean-Baptiste, supérieur de ce collège, homme judicieux, et qui donne grande satisfaction à ces peuples , que cette affaire se traite par le père Dom Juste , non seulement auprès de notre Cour, près le sérénissime Prince ( ce qui , si je ne me trompe , sera chose facile ) , mais encore à Rome où ledit père fera instance sur les lieux, près de l'ambassadeur de Son Altesse, qui fera faire les sollicitations par son exprès commandement ; sollicitations qui ne se feront jamais bien que par le dit père , très informé des circonstances locales et de tous les motifs qui peuvent déterminer Sa Sainteté à accorder la grâce. Il me paroît donc nécessaire que ce religieux aille vite d'une Cour à l'autre ; moi j'ai aussi une couple d'affaires bonnes et louables auprès de la Cour cle Home , c'est-à-dire , pour un séminaire en ce diocèse , ■ ! pour le compte que j'ai i\ recevoir de mou église au
Saint-Siège. Je dois toujours envoyer là exprès une personne bien qualifiée; je serois donc bien oblige' à V. P. et à la congrégation si je pouvois employer ledit Père Don Juste. Je ferois les dépenses du voyage, de manière que la congrégation n'en éprouveroit aucun dommage. Ledit père termineroit encore à la fois deux affaires : ce seroit d'obtenir l'union de certains bénéfices non conventuels par l'établissement du noviciat à Rumily, et Vautre de faire venir l'approbation de ces sœurs de la Visitation. On poursuit l'expédition de cette affaire, mais lentement, comme le révérend procureur le mande. C'est parce que les règles sont rédigées en françois. Le père Juste expédieroit l'affaire tout d'un coup; je supplie donc au nom du Seigneur, V. P. R. de vouloir bien consentir à ce voyage.
Actuellement que j'ai parlé de ces sœurs de la Visitation , je dirai encore quatre paroles sur le dernier article de la lettre qui m'a été envoyée par V. P. pour le père Dom Redempto.
Je supplie V. P. de croire absolument que je n'aurois jamais pensé à demander cette pièce de terre du collège, dans laquelle est la pècberie sans poissons, si j'avois vu que cet abandon fût préjudiciable aux religieux, surtout pour leur récréation. La santé et l'agrément des pères me sont aussi chers que les miens propres, et je sais dans quelle proportion on doit établir les maisons des religieux et celles des sœurs. Je ne voudrois pas incommoder celles-ci pour accommoder celles-là.
Pour vous parler avec liberté et sincérité, le prix
de celte place de la pêcherie seroit convenu d'une
manière plus ntile au collège que la place elle-même. Je
uis étonné de la préoccupation de nos pères, à qui
parlé, pw?çe que croyant que la seule
LUTTIIKS INEDITES
pensée leur donnoitun air de froideur avec moi, je ne voulois pas passer outre. Quoique le nouveau père supérieur fût préoccupé de l'opinion de l'autre dans le commencement, cependant considérant que c'étoit lui que regardoit l'affaire, comme chef du collège, je désirai en parler avec lui, non pour lui imposer mon sentiment, mais pour lui faire comprendre que cette opinion n'était pas aussi extravagante que d'autres le disoient.
Ce supérieur, à présent, a reconnu que j'avois raison , car dans les places du collège il n'y en a pas de plus désavantageuses et de moins utiles à la récréation. Là , les pères Dominicains ont des fenêtres avec la vue immédiate sur cette pièce de terre. Le père prieur de ces derniers, dans le mur même qui donne sur ce lieu, prétend faire fabriquer son noviciat, avec les fenêtres du même côté. Je ne sais comment on pourroit lui refuser \e jus luminis et fenestrarum ( le droit de lumière et de fenêtres), puisque par ces deux premières fenêtres les Dominicains en ont déjà la possession. Actuellement V. P. 11. peut voir si c'est un grand préjudice au collège d'abandonner ce lieu ; de plus , si on n'élève pas les murs de cet endroit, qui s'étendent vers le restant du collège , presque tout le collège est exposé à la vue des pères Dominicains.
Ainsi, comme affectionné au collège et au bien de la congrégation autant que mon pareil puisse l'être, je jugerois qu'il est convenable que cette vente ait lieu, et je ne doute pas quo V. P. R. , voyant le plan de ce collège, ne reconnoisse que j'ai raison, comme l'ont confessé finalement le père supérieur et le père Simplicien.
Maintenant je prie de nouveau V. P. R. de permettre le voyage du père Dom Juste, qui me coûtera moins, et qui sera d'une plus grande utilité à la congrégation. Je
DE S. 111 ANt'OlS DE SALES.
n'ai ptfl La temps d'en écrire davantage. Je vhus prie même de m'excuser si je me suis tant étendu.
En souhaitanl à V. P. R. toute sainte félicite clan:, le sein t! n Seigneur j je suis
Son très humble et affectionné comme frère et serviteur,
François, Evêque de Genève.
L'original et.1 conserve aux archives de la cour de Turin.
Saint François remercie S. A. de l'avoir choisi pour accompagner le Prince Cardinal en France.
Monseigneur,
Comme V. A. S. pouvoit choisir mille et mille personnes plus capables de servir clignement Monseigneur le prince cardinal au voyage de France , aussi ne pouvoit-elle donner le commandement de ce faire à homme qui vive, qui, avec plus de fidélité et de cœur, receut 1 vt honneur, ni qui, avec plus d'affection, se veuille essayer de correspondre par son très humble service à. la faveur et gloire que je sens d'y estre appelé. Et atten-
dant un nouveau commandement pour le jour auquel je me rendrai à ce devoir, je demeure ,
Monseigneur,
Votre très humble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François , Ev, de Genève.
228e LETTRE
L'original esl conservé aux archives de la cour de Turin.
Sur l'établissement des PP. Chartreux à Ripaille. Anneci, 11 février 1618.
Monseigneur,
Entre les saintz projetz que Dieu inspira à V. A. tandis qu'elle fut icy pour restablir le lustre du service divin en ce païs de deçà, l'un estoit de mettre les pères Chartreux à Ripaille, qui de tous temps ont une très particulière obligation et fidèle affection à la couronne de Savoye, et desquelz la vie et les offices sont d'une merveilleuse édification. C'est pourquoi, monseigneur, le père don Laurens de Saint-Sixt , estant par delà,l'ay creu que ce seroit à propos d'en ramentevoir V. A,, à ce qu'elle oye avec confiance ce qu'il luy m représentera^
DB s. nunçois DF. SALES. 221
puisque non seulement il i pour ce sujet la créance de sou général, mais aussi une spéciale fidélité au service et à l'obéissance de S.A., de laquelle il est né sujet et vassal; et cependant je prierai Dieu qu'il comble de ses grâces Y. A., à laquelle faisant très humblement la révérence, je suis,
Monseigneur,
Très humble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François, Év. de Genève.
2oDc LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la conr de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
.Saint François recommande à S. A. . les affaires de la sainte maison de Thonon.
A Notre-Damc-dc-Myans, le 28 février 1G18.
La sainte mayson de Thonon ne peut subsister que par la bonté et libéralité de S. A. qui en est la fondatrice, et laquelle partant est suppliée maintenant sur divers articles desquelz la résolution et exécution est nécessaire pour maintenir la ditte mayson, ainsy que le
sieur Gilettc présent porteur représentera. Playse à V. A. S. d'estre favorable à ce bon œuvre, comme elle l'est ordinairement à toutes, c'est la supplication seule que pour le présent je lui fay, et qu'elle me fasse la grâce de m'advouer tousjours,
Monseigneur,
Son très bumble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,
François, Evéque de Genève.
23o< LETTRE.
L'autographe est conservé aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1 er, DUC DE SAVOIE.
Saint François intercède auprès de S. A. , pour la liberté du père Angelo Calcagnio, gardien des Observanlins de Plaisance , détenu à Chambéry.
A Grenoble, S mars 1G18,
Monseigneur,
Le père frère Angelo Calcagnio, gardien des Observantins de Playsance, est prisonnier dès il y a trois moys à Chambéry, et parce que je l'ay souvent veu à Annessi , où il a quelquefois demeuré les moys entiers avec son frère, et n'ay jamais rien reconneu en luy contraire à la piété et religion , je l'ay visité en sa prison où je l'ay
treuvé comme un homme que les tesmoignages de sa conscience tient asseuré, et parce qu'il m'a demande; pour l'amour de Dieu mon intercession auprès de V. A. je ne la luy ay peu refuser; c'est pourquoy croyant fermement que rien nese trouvera contre son innocence, je l;iy très humble supplication à V. A. de luy vouloir départir sa faveur pour sa briefve sortie, et son renvoyé en son cloistre : Dieu fasse de plus en plus abonder ses grâces sur la personne de V. A. à laquelle je suis,
Monseigneur ,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François, Evesque de Genève.
a3 1' LETTRE.
L original se conserve an monastère de la Visitation d'Annecy. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François demande à S. A. le payement d'une pension de cent écus assignée aux curés d'Armoy et de Draillans.
Il y a dix-sept ans, qu'à la poursuite de l'évèque de Génère, lut obtenu un arrêt du sénat par lequel les cures d'Armoy et de Draillans, furent adjugées à leurs curés
LETTRES INEDITES
et légitimes titulaires. Mais soudain après, par commandement exprès et absolu de S. A. Sér. , pour certaines justes et extraordinaires considérations , lesdites cures furent remises à la ville de Genève, les curés en demeurant privés; et parce que S. A., selon sa piété, voulut que néanmoins l'exercice catholique fût continué es dites deux paroisses et à ces fins ordonna que cent écus d'or seroient délivrés annuellement aux deux prêtres qui feroient ledit exercice, assignation donnée sur la gabelle à sel; de laquelle somme néanmoins on n'a jamais pu être payé que pour trois ans ; de sorte que les ecclésiastiques desservant es dits bénéfices ont été contraints de s'entretenir d'emprunts faits tant par eux, que par ledit évêque, et parce que la piété, équité et la justice requièrent qu'à l'avenir ledit exercice catholique soit continué, et par conséquent les prêtres entretenus.
Son Altesse est suppliée en toute humilité de faire poser ce payement au bilan pour cette année, et les suivantes, et comme encore pour les arrérages.
Tirée des volumes de la seconde canonisation de Saint François de Sales, conservé dans le monastère de la Visitation d'Annecy, vol. 5 page 19S.
A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François recommande à S. A. la cure de S. -Julien, et diverses affaires du Chablais.
Monseigneur,
Cependant que j'attends plusieurs grâces de la bonté de Votre Altesse, desquelles je l'ai supplie'© ci-devant, les occasions de lui en demander de nouvelles me naissent tous les jours.
On avait établi un curé à Saint-Julien, qui jusqu'à présent a rendu fort bon devoir en sa charge, ainsi comme j'ai appris de plusieurs personnes dignes de foi. Le peuple d'alentour en avoit reçu un grand profit; maintenant il est contraint d'abandonner la cure qui est en commande à Messieurs de St.-Lazare, et est de bon revenu.
Ceux de Bernex , qui sont à une lieue de Genève au bailliage de Ternier, m'ont adressé une requête pour avoir l'exercice catholique, comme si j'en avois le pouvoir ou l'autorité.
Je représente toutes ces nécessités à Votre Altesse n. 15
de la quelle dépend tout le remède. Je ne dois p£p aussi oublier la nécessité du lieu où je suis. I^e père Esprit, capucin prédicateur, étant venu ici où il apporte très grande consolation à tous les gens de bien, et a luimême été consolé d'y en voir plus qu'il ne pensoit, voyant que ceux de la ville s'opiniâtroient si fort à ne point ouïr les prédications catholiques, voulut vendredi dernier remontrer publiquement, mais gracieusement, au ministre la fausseté de la doctrine; sur quoi, les bourgeois empoignent le ministre par le bras , et le tirant par force hors du lieu , dirent que Votre Altesse ne vouloit pas qu'ils traitassent avec nous de la religion : je répliquai que nous n'étions toutefois ici pour autre, que pour traiter des choses de leurs consciences. Ils ne m'en croyoient pas , et me dirent que Votre Altesse ne leur en avoit encore point donné d'avis ; que quand elle l'auroit fait, ce seroit autre chose. Là or, Monseigneur, je me sens obligé en mon âme de supplier très humblement Votre Altesse de faire meshui savoir à gens qu'elle aura agréable qu'ils ouïent les raisons catholiques , sans plus trouver ces excuses tant impertinentes comme est celleci : mettre en doute le bon désir de V. A. touchant leur salut. Le traité avec les Bernois n'en peut être altéré, puisqu'on ne force personne au changement de religion ; ainsi seulement on les invite à bien considérer l'état de leur conscience.
Je ne laisserai pas de représenter encore à Votre Altesse la nécessité du ministre qui le récatholicise , qui ne peut être secouru que par la bonté de Votre Altesse , et de ces sept ou huit vieilles personnes catholiques qui sont en extrême pauvreté , pour lesquelles j'ai déjà souvent supplié Votre Altesse, afin que trois ou quatre mois des aumônes de l'abbaye de Ripaille et Filly, qui
ne touchent point en aucune façon les seigneurs chevaliers (le Saint-Lazare, leur fussent appliqués en pension leur vie durant, qui ne peut meshuis être guère longues. Ce seroit une de plus lleuries aumônes qui puissent partir des mains de Votre Altesse, pour la prospérité de laquelle et eux et moi prieront Dieu toute notre vie, comme je fais dès ores, suppliant N. S» J.-C. qu'il accroisse de plus en plus ses bénédictions sur Votre Altesse, comme étant et devant être à jamais.
233e LETTRE.
L original existe aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François remercie S. A. pour avoir ordonné que les curés d'Arnioy et de Draillcns , fussent payés.
Annecy , le 2C avril iC18,
Monseigneur,
Je fais en toute humilité action de grâces à V. A. de la lettre qu'ell' a escritte à M. le marquis de Lans, aflin qu'il mit ordre à faire payer les curés d'Armoy , de Draillens , qui de si long-temps estoyent en extrême disette, et prestz à quitter leurs charges si je ne les eusse soûl.
J'espère Monseigneur, que ledit seigneur marquis
effectuera l'intention de V. A. , ainsi qu'il m'a asseuré à mon retour de Grenoble ; et ne me reste qu'à la supplier très humblement de vouloir tousjours ainsy protéger les affaires du service de Dieu , qui ensuite multipliera ses grâces sur la vie et la personne de V. A. Ser. à la quelle je fais très hnmblement la révérence, et de la quelle,
Monseigneur,
Je suis très humble , très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,
François, Evêque de Genève.
234e LETTRE.
L'original se conserve dans le monastère de la Visitation d'Annecy. A MADAME DE GRANIEU, A GRENOELE.
Saint François lui parle de la confession.
Annecy, 19 juillet 1G18.
Je vous écris, ma très chère fille, à mesure que je vais monter sur le bateau pour aller visiter un monastère de religieux réformés des quels pour le présent j'ai charge. Mais ce gentilhomme, qui est et mon parent et mon grand ami, allant vers Monsieur le Mareschal, il faut, à quelque prix que ce soit, qu'il vous porte de mes nouvelles, puisque même il reviendra et m'en pourra rapporter des vostres.
DU s. FRANÇOIS de sales. 229
Or je réponds à vos deux derniers billets , lesquels, comme tout ce qui vient de vous , m'ont donné une consolation non pareille. Vrai Dieu , ma très chère fille, que sera-ce quand nous verrons éternellement la face du Père Eternel en elle-même, puisque le portrait mort et muel d'un chétif homme réjouit le cœur d'une fille qui l'aime. Mais ce, me dites-vous, ce portrait n'est pas muet, car il parle à votre esprit et lui dit de bonnes paroles ; or bien c'est à vos seules aureilles qui écoutent si délicatement, que sans dire mot il parle, vous remettant en imagination ce que je disois lorsqu'en chaire je vous représentois la volonté de Dieu, qui est votre sanctification. Mais laissons cela : communiez tousjours comme vous faites: confessez-vous hardiment à M. d'Aouste; en ce parquet là il n'y a point récusation à craindre. Vrayment il faut que je die à ma très chère fille, que ma mère avant que mourir fit sa confession générale à moi , et me rendoit depuis tous les ans compte de sa vie, avec une grande humilité, et ma pauvre belle-sœur de la sainte mort de la quelle ma sœur Geromne-Marie vous témoignera , en fit de même. Il n'y a donc point de danger en ce que vous faites devant un tel cousin. Vous pourrez néanmoins rendre compte à votre ancien confesseur de temps en temps, pour lui témoigner que vous les respectez tousjours.
Ne vous mettez nullement en peine de n'avoir pas la mémoire si tenante en sa recherche de vos fautes, car < e D'est pas le manquement de mémoire qui déplaît à Dieu, c'est le manquement de volonté, et grâces à sa honte céleste, vous ne manquez pas en ceci.
Il est vrai , je suis débiteur à M. d'Aouste et à M. de La Gran , de je ne sais quoi, que j'ai leur promis, mais je ne tarderai pas de m'en acquitter à mon premier loisir.
LETTRES INEDITES
Vivez toujours toute en Dieu, ma très chère fille, et je vous assure que puisqu'il lui plaît, et je sens bien qu'il lui plaît et lui plaira toujours, je suis parfaitement votre et de tout mon cœur. Je salue la chère mère de delà qui est bien ma fille, raccommandez tousjours mon cœur à la miséricorde de Notre Seigneur, que je supplie vous combler de sa bénédiction avec monsieur votre cher mari , et toute votre famille.
235e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François supplie de nouveau S. A. d'ordonner le payement des curés d'Armoy et de Draillens,
Anneci,le25 août 1618.
Monseigneur,
Quoyque V. A. Ser. ayt souvent commandé, comme la justice et piété requéroit, que les curés d'Armoy et de Draillens fussent payés de leurs pensions, néanmoins ils n'ont jamais peu retirer un seul liard depuis quatre ans en cà, quelle sollicitation qu'eux et moi en ayons sceu faire ; et quelle remonstrance que nous ayons proposée de l'extrême nécessité que ces paroisses ont d'estre assistées. C'est pourquoy , Monseigneur, je suis forcé de recourir de rechef à l'équité et bonté de V. A. , affin qu'il lui plaise d'user de sa providence en cett' occasion
el d'ordonner ces paiement, en sorte que meshuy ces pauvres ecclésiastiques puissent en paix faire le serviee de Dieu en leurs églises ; et cette Divine Majesté en bénira de plus en plus Vostre Altesse,
Monseigneur,
Tirs humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François ^ Evesquc de Genève.
Saint François recommande à S. A. les pauvres gens de la vallée d'Aux.
Auuccy, 30 août 1G18.
Monseigneur,
Ces pauvres gens de la val d'Aux,commeesperdus d'une ruine présente qui les accable, n'ont sceu où se jetter à refuge qu'aux pieds de V. A. , et certes je ne voy nullement qu'une main moins forte et une providence moins paternelle que la vostre, Monseigneur, les puisse garantir. Car je pense qu'ils n'ont à se plaindre principalement que de leur malheur, contre lequel rien ne peut leur donner allégement que le bonheur d'estre regardés en
pitié de V. A., à laquelle Dieu qui voit leur extrême misère inspirera, comme ilz espèrent, quelque moyen favorable pour les retirer de ce gouffre. C'est ce en quoi j'implore avec eux la grâce de V. A., à la quelle faisant très humblement la révérence et souhaitant le comble de toute sainte prospérité, je demeure,
Monseigneur ,
Très humble, très obéisssant et très fidèle orateur et serviteur ,
Farnçois, Evesque de Genève.
237e LETTRE.
L'original est conservé dans la bibliothèque Ambrosiana de Milan.
A SA GRANDEUR MONSEIGNEUR LE CARDINAL FRÉDÉRIC BORROMÉO, ARCHEVEQUE DE MILAN.
Saint François envoie à S. G. un discours sur le cardinal du Perron.
Annecy, 16ottobre 161S.