A MADAME LA COMTESSE DE TORNON
Saint François lui parle de M. Nicolas Nacot qui ne veut pas se soumettre à son autorité, cl lui parle de son amitié pour le comte de Tornon.
Annecy, 9 septembre 1620.
Madame ,
Dieu sait que le désir duquel je suis pressé de faire chastier Mrc Nicolas Nacot, n'a point d'autr' origine qu'en mon devoir, qui m'oblige de réduire à l'obéissance ceux qui la doivent et la refusent à l'autorité que je tiens. Que si ledit Nacot eût comparu , estant appelé, il y a long-temps que son innocence, s'il en a, auroit esté honorablement appreuvée ; mais de ne vouloir pas seulement comparoistre, et me vouloir dire ses raysons teste à teste, sans autre reconnoissance de son devoir qu'en paroles ; c'est chose que je ne puis estimer raisonnable : au demeurant, Madame, je ne puis non plus penser pourquoy vous tenés pour rigoureuse la poursuite faite contre cet homme là, puisqu'il y a plusieurs moys qu'il va mesprisan/ toutes citations impunément.
Et encor, suis-je plus estonné de quoy vous me tenés pour ombragé contre monsieur vostre mari ; et me dites que beaucoup d'indices ne luy en ont donné que trop de connoissance ; car en vray vérité, je me suis tousjours tenu pour fort honoré de la bienveillance que de ii. 18
sa grâce il m'a portée ; et si mon impuissance et insuffisance ne m'a pas permis de la cultiver par mes services, ma connoissance pourtant ne m'a jamais permit de demeurer sans une très forte affection de correspondre à cette laveur, par tous les tesmoignages qu'il me seroit possible : aussi, madame, vous ne me marqués que cette languissante, mais que néanmoins il vous plaît d'appeler rigoureuse procédure, et moi pourveu que vous me permettiés de me défendre un peu librement contre vous, diray que si le nœud du devoir que j'ay à monsieur votre mari et à vous se pouvoit desfaire, vous m'auriés tous deux grandement désobligé en deux occasions, l'un' est quand seremment vous fistes prendre la license de faire le mariage de Monsieur et Madame de Monthouy, vos enfans ; laquelle pour un si grand empeschement, nous ne pouvions donner qu'abusivement ; mais comme pouvoit-on ne faire pas ce qui estoit désiré d'un si bon lieu ? Or, Madame , je serois extrêmement desplaysant si , sur la bienveuillance de laquelle vous me gratifiés, j'avois pensé seulement à tirer de vous chose que vous deu donner le moindre repentir du monde, et jugerois de vous avoir grandement offensé si je l'avois fait esciemment; l'autre fois, madame, ça esté quand vous avés entrepris de soustenir la désobéissance de cet homme d'église pour lequel vous m'escrivés ; car de maintenir sa cause au fond de l'affaire, vostre charité seule, sans autre considération, vous en pouvoil^ donner une juste \olonté ; mais ne vouloir seulement pas qu'il responde et se représente, quand il est appelle, et vouloir éncor que je sois condamné de rigueur et d'infidélité, si je ne treuve bon cela, il me semble que c'est la rigueur mesme ; et que tacitement on préfère son injuste repos
à rauthorité en la quelle je suis. Et que sans violer mon devoir, je puis vouloir enfin le ramener à la bergerie , et sous la houlette. Cependant, madame, je veux bien attendre encor quelque temps avant que de faire aucunes poursuites; pour apprendre de vous-mesme, puisque vous me faites espérer le bien de vous voir si tost ; les raysons de ce vénérable personnage, que si elles sont telles que je me doive humilier, je le feray de bon cœur; mais si aussi il se treuve raisonnable qu'il s'humilie sous la justice que je fay exercer, je vous supplieray de ne point employer l'authorité de vostre bienveillance pour l'en exempter contre la nécessité de ma charge.
Je me resjouys que Sa Sainteté ayt octroyé le remède requis au mal de l'action que lit messire Nacot , et seray encor plus ayse quand je sauray qu'il aura esté légitimement appliqué ; car honnorant très chèrement M. vostre mari, et vous, madame, comme je fay et feray toute ma vie, je désire que tout ce qui vous est précieux vive entre les bénédictions célestes, et que rien ne demeure jamais en vostre maison qui , en puisse
divertir. r
Madame, j'ai de l'affection et de l'honneur pour monsieur vostre mari , pour vous et pour les vostres , autant que vous sçauriez souhaiter d'homme qui vive ; mais le plus grand désir que je fasse, c'est que jamais Dieu ne soit abandonné, non pas mesme pour un moment. Je le supplie donq qu'il vous conserve tous, qu'il vous prospère et bénisse de ses plus grandes faveurs. Et vous je vous conjure, '
Madame, fermement,
Faites-moi le bien de me croire, Vostre plus, humble serviteur et parent, François, Evêque de Genève.
260e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Sur l'union du prieuré de Chindrieu à la cure de Rumilly pour y établir les pères de l'Oratoire,
Anneci, 7 octobre 1620.
Monseigneur,
En attendant que V. A. fasse réuscir le projet du restablissement de la vraie piété en tous les monastères et es autres églises de cet Estât de deçà les montz, voici une digne occasion qui se présente pour Rumilly : le sieur de Saunatz, prieur de Chindrieu en Chautaigne, désire sans fin de consacrer sa personne et son prieuré au service de Dieu et des âmes , sous l'institut des PP. de l'Oratoire ; et parce que son prieuré est proche de Rumilly, il a jette ses yeux sur ce lieu là, du quel la cure estant assez bonne, icelle jointe au prieuré avec quelques autres petitz bénéfices pourroit suffire à l'entretenement de dix ou douze bons ecclésiastiques du dit oratoire qui auroyent un grand employ en cette ville-là et en tout le voysinage. Mays pour avoir l'événement propice, il seroit requis, Monseigneur, que V. -A. nous tesmoignast son consentement et contentement, et que par après elle favorisast les poursuites qu'il sera requis de faire à Rome : et de tout cela je J'en, supplie très humblement comm' aussi,
de commander que Les pauvres cures d'Armoy et de DraiHeos soyent attestées de l'argent que tant de foys V. A. leur a ordonne', n'estant pas en nostre pouvoir ni par prières, ni par soumissions, ni par hnportunité d'en rien avoir, des cinq ou six ans en ça, sinon 50 escus, sans plus. V. A. seait combien cette supplication est juste; qu'il soit donq son bon playsir de la faire réuscir. Tandis que nous prions Nostre Seigneur qu'il la conserve et fasse de plus en plus prospérer. Je suis,
Monseigneur*,
Très humble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur de V. A. Sérmc,
261e LETTRE.
I/origiual appartient à M. Pierre Rigluni, professeur de dessin à l'Académie militaire à Turin.