A LA MÈRE DE CHANTAL
Saint François demande son avis pour recevoir un hermite au service du monastère.
Ma très chère sœur , ma fille ,
Ce bon hermite venu de la part du P. de Monchi , me dit hier au soir que si le P. de Monchi venoit, il reviendront aussi avec luy par ce qu'il s'estoit mis sous son obéissance , et il l'avoit pris pour supérieur. Cela , ma chère fille , me tient encore plus en opinion , de différer encor un peu à le faire venir, en lui parlant néan-
DE s. FRAHÇOÎ3 ni'. SALES. ">i7
moins en sorte que s'il vouloir venir, il n'en i'ut pas Je tout fasché : car pour parler entre nous deux, s'il vient sur ma parole, il nie sommera de le si bien acconiodcr que j'en auray bien de la peyne, ce qu'il ne feroit pas s'il venoit d'autre façon. Car le bon homme va selon son esprit, et je ne désire point de lui donner aucun sujet de plainte, mais dites-moy votre advis sur cela, ma très chère fille , à la quelle je souhaite incessamment un parfait engloutissement en l'amour très pur de Nostre Seigneur auquel soit honneur et gloire. Bon jour , ma très chère tille , ma sœur. Notre baron a peyne de penser au retour, mais il me semble tousjours qu'il l'y faut disposer.
3o6c LETTRE.
L'original est conservé chez l'abbé Pullini , à Turin. A MADAME DE CHANTAL.
Sur une affaire du monastère.
Que dites-vous , ma très chère mère , la messe du P. dom Simplician , vous sera-t-elle suffisante ? Si cela n'est je m'y en vay. Or, je suis sur le livre que j'ay tant laissé ces jours passés, et après diné nous avons un concours après le quel je verray d'acheminer l'échange des jardins. Hier nous ne fismes rien , la partie estant remise à jeudi. Bonjour, ma très chère mère, à laquelle je souhaite mille hénédictions.
3o7* LETTRE.
L'original appartient à Monseigneur l'évêquc d'Aosle.
A MADAME DE CHANTAL
Sur la profession d'une sœur.
La lettre est arrivée assez tost , car je n'envoyeray les mêmes que demain , n'ayant sçeu gaigner de les faire hier , ni ce matin. Mon sentiment à moy , est que si on retard el'oblation de ma sœur Humbert directement, on la mettra au hazard d'un grand murmurement , car ils croiront que c'est parce qu'ils donnent chichement la dote de cette fille ; mays on pourra indirectement différer, sur ce que sa dote et les autres choses requises ne sont pas encor prestif , et on pourra les retarder par divers moyens , et pendant ce retardement, on taschera de donner ayde à son esprit pour le mieux disposer , mais nous en parlerons au premier jour plus au long. Je me en vay confesser un homme estranger , dire la messe , déjeuner et monter le plustost que je pourray à Sainte-Catherine pour revenir de bonne heure. Bon jour, ma très chère mère, que je chéris toute comme moy-mesme es entrailles de N. S.
DE S. FRANÇOIS DB SAIES. 3i!)
fcee originaux tppartiennent à S. G. Monseigneur Hoy, évoque d'Annecy.
BILLETS DIVERS Sur différentes a flaires.
\ MADAME DE CHANTAL
Ma très chère mère , votre Baron ne me parla point de son cousin M. Desha butin , ni moy à luy ; mais je croy qu'il ne désire pas que vous lui parliez, comme en effet aussi bien sera-ce chose imltile, sinon en <rénérai, et dissimulant la particularité, j'iray si je puis cet après diné, voir M. de Colombier. Cependant je vous donne le bon jour de tout mon cœur.
Nous avons donc pris cette matinée pour vous faire avoir l'exhortation de Monseigneur de Belley , qui témoigna hyer de désirer de vous voir ; ce sera sur les neuf heures et demi, ma chère fille et très bonne mère, à qui je donne mille fois le bon jour.
Ma chère fille , je vous avertis que Mademoiselle Desorilles est de la même parçntée que M. de Corselies,
afin que vous ne lui disiez pas ce que nous dismes de la bisayeule. Mais Dieu la bénit la bonne Mademoiselle Desorilles, et je prie Sa Majesté qu'elle vous bénisse aussi infiniment.
Voilà votre contrat que je vous renvoyé, ma très chère tille , je croy qu'il va bien , ce que vous avez remarqué étant corrigé. M. de Blonay ne me vit point liyer au soir , s'il vient me parler , je m'essayerai de le tirer aux 3 mille livres. Voilà des lettres de Madame la présidente, et une médaille , et certains agnus Dei, et les heures qu'elle envoit à sa fille. Ce soir je vous irai voir, car j'ai déjà demandé mon congé pour deux heures. Madame de la Fléchère viendra ce soir ou ce matin, et ira descendre droit chez vous , venant toute seule , sans fille de chambre , selon que vous verrez par sa lettre ; je ne sais s'il sera mieux que l'action de demain se fasse avant voire office ou après. Je voudrois que ce fut devant pour accompagner mon cher hoste à l'office où il veut être.
Bon jour, ma très chère fille, Notre Seigneur soit à jamais le saint amour de notre cœur, amen. Je pense ce soir vous aller voir à trois heures.
Dieu bénisse le cœur de ma très chère mère.
Quel remède , ma très chère mère, à cette invincible sujettion, de recevoir des gens , lorsque plus j'ai désir de me revoir moimesme auprès de vous. Il n'y a eu moyen quelconque de m'en échapper. Ce sera demain, Dieu aidant , malgré bon gré , toutes aventures. Et ce-
pendant Dieu bénisse notre cher cœur et le rende de plus en plus tout sien éternellement, a -mcn. M. le Sénateur de Monthoua est ici , qui demain vous ira voir, ainsi qu'il m'a dit, et la cousine. Ma très chère mère, toute très aimée, bon soir mille et mille fois, amen.
Il est mieux, ma très chère file , que vous lui écriviez, puisque le reste s'est passé avec vous. Je voudrais bien que M. de Beaumont en fut, parce qu'il rangeroit plus puissamment l'esprit de la partie , toutefois si l'assemblée est de telle qualité qu'elle puisse suffire , il n'y aura pas grand hazard , puisque mesme ce n'est que pour prendre un compromis. Je vous donnerai Pierre si vous en avez besoin ; vous savez bien que je suis votre. Bon soir , ma très chère fille. J'ay bien été content de voir ces bonnes demoiselles ce matin, et particulièrement Madame de Gouffier que je vois toute telle que vous m'avez dit.
Dieu agrandisse de plus en plus son saint amour en nostre cœur.
Voilà les lettres-: mais j'ay oublié de vous dire, ma très chère mère , que quand M. le président vous parlera des maysons , et que vous viendrez à traiter de l'estimation des maysons , il seroit bon d'obtenir de lui , qu assemblant lès experts, il leur fasse prêter serment, et leur fasse prendre les résolutions, parties absentes. Bon soir , ma très chère mère : Dieu vous bénisse. Si je. puis , demain je vous irai dire une messe.
J'envoyray prier M. Des Hayes de prêter son carrosse, et de vous aller prendre ; s'il se trouve prêt, je m'assure qu'il le fera ; si moins, il faudra comme toujours, avoir patience. Je pense toute fois que si on prioit Madame de Moyssieux, peut-être vous enverroit-elle bien le sien, ou Madame la Comtesse de Joigny; et je m'advise que celui de Madame de Moyssieux n'est pas à elle , mais à son beau-frère. Notre Seigneur soit au milieu de votre cœur.
Ma très chère mère , voylà les lettres , et celle que j'écrivois, quand ma sœur A.Jacqueline est venue , étoit «à M. Delcaval ; regardez donc si vos désirs ont du pouvoir sur mon esprit, que ne les sachant pas je les seconde. Qu'à jamais les divines inspirations fassent de si puissantes influences en notre cœur , que sa volonté soit parfaitement faite en nous, amen» Vive Jésus !
3og« LETTRE.
L'original appartient à madame Maccdonia di Simoni , supérieure du Luogo pio deUe orfane di Santa Maria délia stctla di Milano.