‹ Nouvelles lettres inâeditesChapitre 47 sur 57 · A MADAME CECILE DE LA ROVERE · texte numérisé non relu

A MADAME CECILE DE LA ROVERE

Il lui demande des nouvelles d'une sœur malade.

Ma très chère mère, la glorieuse sainte Cécile m'appelle au chœur pour ouïr les louanges de son Seigneur, que les musiciens, par dévotion particulière, veulent chanter de sa part. Mais se faut-il pourtant scavoir des nouvelles de ma pauvre malade avant desner commandes. ( 1 ) Donq je vous prie que de la main de Madamoyselle de Chantai, ma fille bien aymée , ou de ma chère sœur de Chantai, me soit envoyé quelque petit billet qui m'en apporte, ou du moins quelque message d'honneur. Cependant , bon jour, ma très chère mère, Dieu soit nostre médecin et nostre guérison luy-mème.

(1) Aiusi sur la copie authentique que nous avons sons les yeux. h. 23

3 ioe LETTRE.

L'autographe appartient à S. Em. le cardinal Falzacappa , à Rome. A MESDAMES DE VILLENEUVE ET DE FRONCILLE.

Saint François donne conseil aux deux sœurs d'être constamment unies entre elles.

Non certes, mes très chères filles, il ne faut qu'une lettre pour deux sœurs qui n'ont qu'un cœur et qu'une prétention. Que cela vous est salutaire de vous tenir ainsy l'une à l'autre : cett' union des âmes est comme l'unguent prétieux qu'on répandit sur le grand Aaron, ainsi que dit le Roy psalmiste, auquel on mesloit tellement plusieurs liqueurs odorantes que toutes ne faysoient qu'une senteur et une soavité. Mais je ne veux pas m'arrêter sur ce sujet. Ce que Dieu a uni en sang et en sentiment est inséparable, tandis que ce même Dieu règne en nous et il y régnera éternellement. Or sus vivez donc ainsy, mes très chères filles, douces et ' aimables à tous, humbles et courageuses, pures et sincères en tout.

Quel meilleur souhait puis-je faire pour vous ? Soyez comme des avettes spirituelles qui ne portent que miel et cire dans leurs ruches. Que vos maisons soient toutes remplies de douceur, de paix, de concorde, d'humilité , de piété , par votre conversation , et croyez , je vous supplie, que la distance des lieux ni du temps, nç m'os<

feront jamais cette tendre et forte affection que Notre Seigneur m'a donné pour vos âmes, que la mienne chérit tirs parfaitement et invariablement, lu parce que la diversité de VOS Conditions peut requérir que quelquefois je vous écrive différemment, nonobstant l'unité de votre dessein , je le ferai une autre fois; mais pour le présent je me contenterai de vous dire et conjurer de le bien croire sans hésiter, mes très chères filles, que je suis

Votre très humble et très affectionné serviteur ,

François , Evêque de Genève.

■3n« LETTRE

Tirée du registre des lettres de saint François de Sales, appartenant ù S. E\c. le chev. César Saluées, gouverneur des princes royaux , à Turin.

A UNE DAME

Sui l'adoration de 1 "Enfant-Jésus.

Et croyez-moi bien aussi, ma chère fille, que ce m'est une fort particulière consolation de recevoir de vos lettres, et de vous envoyer des miennes. Vous estes bien auprès de cette crèche sacrée, en laquelle le Sauveur de nos âmes nous enseigne tant de vertu par son silence ; mais qu'est-ce qu'il ne nous dit pas en

M taisant ? Son petit cœur d'amour pour

nous debvroit bien cnllainnier les nostres. Mais voyez

combien amoureusement il a escript votre nom dans le fond de son divin cœur qui palpite là sur la paille, pour la passion affectueuse qu'il a de votre advencement , et ne jecte pas un seul soupir devant son père auquel vous n'ayez part, ny ung seul traict d'esprit que pour votre bonheur. L'aimand attire le fer, l'ambre attire la paille et le foing : ou que nous soyons fer par dureté, ou que nous soyons paille par imbécillité, nous nous debvons joindre à ce souvrain petit poupon, qui est un vrai tire-cœur. Oui, ma fille, ne retournons point en la région de la quelle nous sommes sortis. Laissons pour jamais l'Arabie et la Caldée, et demeurons au pied de ce Sauveur ; disons avec la céleste espouse : J'ai trouvé celluy que mon cœur ayme, je le tiens et ne l'abbandonneray. Hélas ! ma chère fille, aise de voyr l'envie que vous me portez, de quoy je prêche au monde les louanges de Dieu. O que c'est quelque fois ung grand contentement au cœur de publier la bonté de ce qu'on ayme. Mais sy vous désirez de prêcher avec moy, je vous en prie, faictes-le, ma fille, tousjours priant Dieu qu'il me donne des parolles selon son cœur et selon vos souhaits. Combien de fois arrive-t-il que nous disons des bonnes choses, parce que quelque bonne ame nous les impètre. Ne prêche-t-elle pas assez et avec cest advantage que n'en sacnant rien elle ne s'en enfle point. Nous ressemblons aux orgues où celuy qui mect les soufflest faict en vérité le tout, et n'en a point la louange. Aspirez doncq souvent pour moy, ma fille, et vous prêcherez avecq moy , et moy, croyez-moy, je joings mon ame à la votre tous les jours par le lien du très Sainct-Sacrement que je ne reçois point qu'avecq vous et pour vous. Faictes doncq, ma fille , faictes mille fois le jour ces sainctes aspirations à Dieu, protestant que vous estes toutte tota-

lemenl à jamais et éternellement sienne. Vive Jésus ! car c'est notre vie. Qu à jamais son sainct amour vive; et régne dans nos cœurs !

3ia« LETTRE

Tirée du registre des lettres de Saint François de Sales, appartenant à S. Ex. le cher. César Saluées, gouverneur des princes royaux j à Turin.

Lettre de consolation. i

11 fanlt bien vrayment, ma chère fille, qu'avec un peu de loisir vous taschiez de soulager ce cœur paternel comme une fille norrye en l'escholle de Jesus- Christ doiht faire. Je ne veux pas, ma chère fille, que vous désiriez nullement la mort, car vous n'estes plus votre : ainsi à celuy qui pour vous avoir faict sienne, set rendu tout votre, et pourtant il ne vous appartient pas de désirer ne de sortir de ce monde, ne d'y demeurer. Ains vous debvez laisser ce soing au Seigneur. Au reste, cette mère tesmoigna tant la présence de la grâce de Dieu en son trespas, que nous devons tenir qu'elle est présente, ou du moing asseurer d'estre bien tost présente à sa gloire éternelle, qui sy, selon la fragilité de cette vie, elle a besoin de suffrages, ma chère fille, elle n'en manquera pas, Dieu aydant. A mesure que Dieu tire nos plus chères à soy, il veult attirer

LETTUES INEDITES

notre cœur ; et comme disoit saint François : Ha ! qui n'a point de père en terre. Il est plus aisé de dire : Notre Père qui est aux Cieux et qui n'a point de

mère en terre, il est plus aise à la bonté divine

N. D. notre mère qui est au Ciel. En somme, ma chère iille, relevez le plus que vous pouvez votre cœur en Dieu, et il vous consolera. Je suis en luy tout parfaitement tout votre.

3i3* LETTRE

Tirée du registre des lettres de Saint François de Sales, appartenant à S. Exe. le chev. César Saluées, gouverneur des princes royaux à Turin.

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