A MADAME LA BARONNE DE CHANTAL , A MONTHELON
Réponse snr trois désirs que lui avoit manifestés la baronne de Chantai. Sentiniens du Saint sur diverses plaintes que lui avoit laites le père Valtodier.
Anneci , "20 sept. 1008.
Jésus es entrailles duquel mon âme chérit uniquement la votre, soit à jamais notre consolation, ma Mlle. J'ai plusieurs choses sur le cœur pour vous dire, je ne sais si je les pourrois mettre sur le papier, car j'ai grandement pensé en vous tout le long de mon retour, je dis grandement. Vos trois désirs pour la vie mortelle ne me déplaisent point, car ils sont justes, pourvu qu'ils ne soient pas plus grand que leurs objets méritent. C'est bien fait'sans doute de désirer la vie à celui que Dieu vous a donné pour conduire la votre.
Mais , ma fille , ma bien-aimée, Dieu a cent moyens, je veux dire infinis moyens pour vous guider sans cela. C'est lui qui vous conduit comme une brebis. Ah ! je vous prie tenez bien votre cœur en haut , attachez-le indissolublement à la souveraine volonté de ce très bon cœur paternel de notre Dieu. Qu'à jamais il soit obéi et souverainement obéi par nos âmes! J'aurai pourtant
(1) Celle Mire, qui se trouve Incomplète tome 2 des lettrés litc ici dans tout.- -ou étendue
soin de moi selon que je vous l'ai promis et plus pour cela sans doute que pour inclination que j'ai à cette sorte d'attention, car je crois bien que Dieu veut que je veuille quelque chose pour l'amour de vous. Or, Dieu fasse de moi selon son gré.
Ma fille, tandis que Dieu voudra que vous soyez au monde, pour l'amour de lui-même, demeurez-y volontiers et gaîment. Plusieurs sortent du monde qui ne sortent, pour cela, pas d'eux-mêmes, cherchant par cette sortie leurs goûts, leurs repos, leurs contentemens, et ceux-ci s'empressent merveilleusement après cette sortie, car l'amour-propre qui les pousse, est un amour turbulent, violent et déréglé. Ma tille, je dis, ma vraie fille , ne soyons point de ceux-là , sortons du monde pour servir Dieu, pour suivre Dieu. Et en cette sorte, tandis que Dieu voudra que nous le servions, suivions et aimions au monde, nous y demeurerons de bon cœur ; car puisque ce n'est que ce saint service que nous désirons, où que nous le fassions, nous nous contenterons.
Demeurez en paix , ma fille , faites bien ce pourquoi vous restez au monde , faites-le de bon cœur , et croyez que Dieu vous en saura meilleur gré que de cent sorties faites par votre propre volonté et amour.
Mais faut-il pas que je vous dise ceci, puisque j'en ai été consolé. Je rencontrai à GhâlonsM. André Valladier, c'est ce grand prédicateur qui prêcha après moi étant jésuite. Or il me lit mille sortes d'honneurs et de caresses , et me dit mille choses diverses. Entre autres choses il me dit que sainte Françoise nouvellement canonisée avoit été une des plus grandes saintes qu'il soit possible d'imaginer , et qu'il avoit lui-même écrit sa vie en latin par le commandement du Pape, et qu'il alloit à
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Paris pour la faire imprimer; et m'enquérant des particularités de cette \ ie , il me dil qu'elle avoit été quarante ans mariée, et qu'en sa viduité elle avoit érigé une congrégation de veuves qui demeurent ensemble en une maison , dans laquelle elles observent une vie religieuse, et personne n'entre en icelle que pour grande eause; elles néanmoins sortent pour servir les pauvres et les malades , en quoi gît leur plus particulier exercice, et que cette maison rend un fruit et un exemple bien grand à Rome. Vous ouïtes ce que M. Blondcau dit de Paris. "Vive Dieu! ma fille, et qu'à jamais il règne dans nos cœurs. Je n'avois rien su de tout cela quand je vous parlais à Dijon et à nos bonnes veuves. C'est le Saint- Espril sans doute qui donne ses mouveinens conformes eu divers endroits desonEglise. PrionsDieu , humilionsnous , attendons en patience et nous serons consolés. Ce bon personnage me dit bien d'autres choses qui ne me furent pas si agréables, car il parloit avec grande véhémence de sa sortie, et, comme vous savez, j'ai grande aversion des esprits troubles. Il me dit que les impertinentes procédures de ce religieux, duquel nous parlâmes en carosse, et duquel vous aviez parlé à M. de la Curne, étoient venues aux oreilles du cardinal de Givry et de l'inquisition de Rome; je fus marri de quoi il m'en parla comme d'une chose que je savois, quoique je n'en fisse nul semblant. Je crains d'un coté que cela ne s'évente, car ce seroit un grand scandale et appréteroit beaucoup à dire aux mondains. D'autre part, je voudrois i que ce mal fut réprimé, de peur qu'il ne se glisse en d autres. Il me dit que le père duquel vous me mon- 1 1 il s la votre à Beaune , faisoit presque aussi mal ; cela ><»<" déplu! infiniment. Si je vais où il est, je m'essayerai de lui en parler.
Tout cela, ma chère fille, me fait désirer que mes sœurs, mes filles ne s'abandonnent guères à nulle sorte de grande confiance qu'en la seule confession. Car , mon Dieu, voilà pas des grands dangers! Ah! je veux croire qu'il n'y a pas tant de mal , mais il y en a encore moins d'être bien discret. Je dirai volontiers à ceux qui se mêlent des âmes, comme saint Bernard à ses novices : Je ne veux pour cela que des âmes , et que les corps ne s'en mêlent point. Or j'ai dit tout cela parce qu'il m'est ainsi venu, et avec une âme que je connois, et en laquelle j'ai raison d'avoir confiance absolue. Servez-vous des avis de tous quand il en sera besoin , mais ayez peu de confiance es hommes quoi qu'ils semblent des anges; je veux dire par des confiances grandes et entières. Or ceci soit dit entre nous deux.
Revenons à votre troisième désir :
Il est bon aussi; mais, mon Dieu, ma fille, il ne mérite pas qu'on s'y affectionne, recommandons-le à Dieu, faisons tout bellement ce qui se peut pour le faire réussir, ainsi que je ferai de mon côté; mais au bout de là si l'œil de Dieu qui pénètre l'avenir, voyant que cela ne reviendroit pas peut-être ni à sa gloire , ni à nos intentions , Sa Divine Majesté ordonne autrement , il ne faut pas, ma fille, pour cela en perdre le sommeil d'une seule heure. Le monde parlera, que dira-ton? Tout cela n'est rien pour ceux qui ne voient le monde que pour le mépriser, et qui ne regardent le temps que pour viser à l'éternité. Je m'essayerai de tenir l'affaire liée, en sorte que nous la puissions voir achevée , car vous ne la désirez pas plus que moi. Mais s'il ne plaît pas à Dieu , il ne me plaît pas. non plus , ni à vous , car je parle de vous comme de moi.
J'ai trouvé ma pauvre bonne mère si très malade , à
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mon gtv, que jouai été étonné, non pas qu'elle soit alitée, niais il semble tfùê te soit une latitude et acheminement à une défaillance de nature. Eh bien! nous y ferons ce qui se pourra, et Dieu fasse selon son bon plaisir dé nous et de tout ce qui est à nous.
Notre livre de dévotion n'est pas encore imprimé; quand il le sera j'en enverrai à tous ceux à qui j'en ai promis.
Notre bon père est venu joyeusement, et a une âme inclinée à la dévotion , mais l'embarras des affaires apporte sans doute quelque sorte d'empêchement à une entière préparation qui lui seroit nécessaire en ce déclin de sa vie. Mais elle se doit procurer tout bellement. Je lui ai proposé la lecture de certains livres propres à cela, et il l'a reçue de fort bon cœur. Je lui suis tout dédié, non seulement pour les obligations extérieures, mais par inclination intérieure.
J'ai pensé à votre cher fils , et connoissant son humeur, je pense qu'il faut avoir grand soin de son esprit, afin que maintenant il se forme à la vertu , ou qu'au moins il ne penche pas au vice, et pour ce il le faut bien recommander au bon M. Robert , et lui faire souvent goûter le bien de la vraie sagesse par des remontrances et des recommandations de ceux qui sont vertueux.
Je suis toujours bien aise d'avoir vu tous les enfans de ma chère fille , car vraiment je les aime comme miens en Nostre-Seigneur. Demeurez en paix avec un singulier amour de la volonté et Providence Divine. Demeurez avec Nôtre-Sauveur crucifié , planté au milieu de votre cœur. Je vis, il y a quelque temps, une fille qui portoit un seau d'eau sur sa tète, au milieu duquel elle avoit mis un morceau de bois; je voulois savoir pourquoi, et elle me dit que c'étoit pour arrêter le mouvement de
l'eau, de peur qu'elle ne s'épanchât. Et donc dorénavant, ce dis-je, il faut mettre la croix au milieu de nos cœurs pour arrêter les mouvemens de nos affections en ce bois et par ce bois, afin qu'elles ne s'épanchent ailleurs aux inquiétudes et troublement d'esprit. Il faut tousjours que je vous dise mes petites cogitations.
Adieu, ma chère fille, à laquelle je suis tout donné en celui qui s'est tout donné à nous, afin qu'étant mort pour nous, nous ne vivions plus qu'à lui. J'écris au bon Monsieur le Prévôt, à l'âme duquel j'ai un grand amour parce qu'elle me semble bonne , ronde et franche. J'écris aussi à notre Monsieur de la Curne , et lui envoie les écrits ci-joints que je vous prie lui faire tenir.
Vive Jésus et Marie , amen.
Je suis celui que ce même Jésus a rendu votre.
Je vous écrirai le plus souvent que je pourrai.
P. S. J'ai ouvert les lettres de mon frère de Groysi par curiosité de savoir ce qu'il vous disoit , et à notre aimée ; mais celle de mademoiselle de Bréchard , ça été par mégarde la prenant pour la vôtre. M. de Charmoisi vous salue et ne sais pas que j'écrive.
ii 3e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François recommande à S. A. le capitaine La Rose, converti à la foi catholique.
Ancci, 9 mai 1009.
Monseigneur,
Le capitaine La Rose recourt à la bonté de V. A. pour obtenir d'elle quelqu'ayde à l'entretcnemcnt de sa pauvre famille. Et parce qu'il est l'un des plus appareils convertis qui soit sortis de Genève, je supplie très humblement V. A. de lui estre secourable comnï elle l'est à tous ceux qui ont leur refuge en sa débonhaireté, tandis que je continueray tousjours à lui souliaiter le comble des grâces célestes, demeurant,
Son très humble, très obéissant et très fidelle orateur et serviteur ,
François, Evèque de Genève.
LETTRES INEDITES
ii 4e LETTRE.
L'original appartient à madame la comtesse Pullini , née Mareschal de Chaumont, à Turin.