AU RÉVÉREND PERE EN N. S. , LE PERE DOM , PRIEUR DE POIMERS
Saint François le prie d'user de son autorité pour que les sujets de sa maison paient les prémices au curé de Beaumont , leur curé.
27 août 1609.
Mon Rév. Père,
Les remostrances que me fait le sieur curé
de Beaumont, que plusieurs des sujets de votre maison refusent de lui payer les prémices, les quelles néanmoins ils lui doivent comme étant ses paroissiens ; avant que de prendre aucun autre expédient pour l'aider en sa juste intention selon mon devoir, j'ai voulu vous supplier d'user de l'autorité que vous avez sur ces refusans, pour les réduire à la raison : espérant que votre sage entremise aura tout le pouvoir requis pour l'effet de mon équitable désir. Comme la mienne aura le crédit envers votre bienveillance d'en obtenir le secours que je souhaite à cet honnête et bon curé, le quel je m'asseure- vous est déjà assez recommandable : comme aussi il m'a tesmoigné qu'il vous honore et révère de tout son cœur. Je n'employerai pas davantage de paroles pour vous exprimer mon affection en ce point, non plus pour vous offrir de rechef
mon humble service, que je vous supplie accepter et tenir tousjours pour tant asscuré. Notre Seigneur vous conserve.
Mon révérend père, et je suis
Votre humble serviteur et confrère en Notre-Seigneur,
François, Evêque de Genève.
ii 5e LETTRE.
L'original est conserve aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François offre à S. A. un de ses ouvrages ; il lui envoie 1 attestation de lélat de deux images de Amé le Glorieux; il lui annonce que , dans la ville de Seurrc (duché de Bourgogne) , il y a une chapelle à lui dédiée -, il supplie en faveur du (ils du président Fabrc.
Aimeci, lo 10 septembre 1009.
Monseigneur,
Je supplie V. A. de regarder de son œil de faveur ce petit livret que je lui offre en toute humilité. La dévotion est son sujet, la gloire de Dieu est sa fin, et son escrivain est par toute sorte de devoirs voué à l'obéissance de Y. À. Il fut des-jà publié l'année passée, mais si imparfait que je n'osai pas l'exposer à la veue d'un si grand prince; maintenant qu'il est un peu moins mal accommodé, j'en prends la hardiesse, porté par la seule considération de cette douce bonté qui a tous-
jours agréablement receu les foibles tesmoignages de mon invariable fidélité. L'infinie variété des occupations que ma charge me pousse incessamment sur le bras, adjouste beaucoup à mon insuffisance pour m'empescher de bien faire de telz ouvrages; mais s'il plaît à Dieu de se servir de moi en cet exercice d'escrire, il m'en donnera des commodités.
J'envoye à Y. A. l'attestation de Testât de deux images et de quelques autres particularités qui regardent l'estime que l'on a eu de la sainteté du sérénissime et glorieux Amé. Dans peu de jours, j'en envoyerai un autre de l'image que j'ai treuvée à Sessel, revenant de Gex où j'estois allé pour establir l'exercice catholique en quelques paroisses. J'ay aussi sceu qu'au duché de Bourgoigne en la ville de Seurre, il y a une église de Sainte Clere, où il se treuve une chapelle sous l'invocation de ce B. Prince avec son image et l'abbregé de toute sa vie escritte en un placard affigé. C'est pourquoy devant aller bientost en ce païs-là pour le mariage de l'un de mes frères avec la fille du baron de Chantai, selon la déclaration que V. A. a faite de l'avoir agréable, j'envoyerai exprès sur le lieu pour avoir de tout cela une attestation authentique, laquelle, s'il est vrai ce qu'on m'a dit, sera une des plus belles marques de la sainteté de ce glorieux Prince que l'on ait recouvert jusques à présent (1).
Oserai bien , Monseigneur , présenter encore ce mien
(1) Saint François pressoit de tout son pouvoir la canonisation d'Ame ix , duc de Savoie. Voyez ses lettres à S. A. Charles Emmanuel , tome ix de l'édition de 1833-34 , pages 419 , 457 , et la 3 2e des Lettres inédites , même édition , ainsi que sa supplication au Souverain Pontife Paul V , pages 25S et suivi du même volume.
DE S. FRANÇOIS DE SALES. "2ii
souhait à V. A., le sieur président Fabre a mis sur le front des beaux livres qu'il a composés et que les nations estrangères admirent, les marques de sa fidélité envers V. A. et de l'honneur qu'il a receu d'elle. Or, maintenant il désire laisser les mesmes marques à son iilz aysné, affih que lune et l'autre production tesmoigne à la postérité, le bonheur qu'il a eu d'avoir esté serviteur agréable d'un si grand prince. Il supplie donq V. A. de faire grâce à son dit filz de la survivance en lestât de sénateur, ce qu'obtenant il en aura une consolation non-pareille, prévoyant qu'en la personne de son fils il revivra après sa mort au mesme genre de vie qu'il a suivy en vivant. Pour cela , Monseigneur , sachant que les affections et services héréditaires sont les plus fermes, je souhaiterois qu'il pleut à V. A. s'incliner à ceste requeste de l'entérinement de la quelle se respandra une bonn' odeur qui fera connoistre à chacun que sa providence s'estend jusques à prendre soin des enfans de ceux qui l'ont fidèlement servie , pourveu qu imitateurs de leurs pères, ils s'en rendent dignes. Je joindray donq ma très humble supplication avec celle dudit sieur président, et faysant très humblement la révérence à V. A. , je prie Dieu qu'il la prospère en toutes bénédictions.
Monseigneur,
De V. A. , le très humble, très obéissant et très fidelle serviteur et orateur,
François, Evesque de Genève.
ri 6* LETTRE
Tirée de copie authentique conservée dans la maison Trivulzio , de Milan.