‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 22 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

CGIV.

1er avril 1849.

Mon cher ami,

Vos nouvelles de Gênes sont bien intéressantes (1). Les républicains ont cru un moment pouvoir tenter un grand coup, mais ils ne tarderont pas à s'apercevoir que le seul

(1) Le 25 mars, le lieutenant général du Roi, le Prince de Carignan, après le désastre de Novare et dans la crainte que l'armée autrichienne n'envahît Turin, avait prorogé le Parlement et annoncé que, si les circonstances l'exigeaient, il le réunirait dans une antre Tille que Turin. — La municipalité de Gênes s'empressa d'offrir au gouvernement de réunir la Chambre dans cette ville, qui, par sa position et ses fortifications, lui offrait un abri assuré et d'où il pourrait continuer la guerre à outrance et repousser les clauses de l'armistice, que la nation entière considérait comme ignominieuses et inacceptables. — Les députés de Gènes ne furent pas reçus par le Roi, mais ils eurent une audience du ministre Pinelli, auquel ils communiquèrent la douloureuse impression produite par l'armistice et par la prorogation, puis la dissolution du Parlement, dans les terribles circonstances où m trouvait le pays, ainsi que l'ardent désir des populations génoises de ne reculer devant aucun sacrifice, plutôt qne de se soumettre à I* Autriche. La dissolution du Parlement était, en effet, considérée par plusieurs comme un vrai coup d'État et comme Victor-Emanuel, à peine monté sur le trône, n'était pas encore connu comme le Et Oalantumo, incapable de manquer à sa parole, les bruits les plus contradictoires et les pronostics les plus noirs circulaient au sujet de l'avenir de la liberté et de l'indépendance du Piémont vaincu par l'Autriche. A Gênes, en particulier, l'opinion publique était fortement excitée, d'autant

résultat auquel leurs efforts puissent aboutir, serait des désordres matériels passagers. Le gouvernement est décidé à maintenir l'ordre à tout prix, et il peut pour cela compter d'une manière absolue sur l'armée.

pins que le bruit y avait couru que la ville devait être, comme Alexandrie, occupée par l'armée autrichienne, jusqu'à la conclnsion de la paix, et Gênes, qui avait si glorieusement chassé les Autrichiens de ses mors, en 1746, ne pouvait supporter l'idée de les y voir rentrer en maîtres, en 1849. La municipalité fit distribuer des armes au peuple et an clergé qui, lui même, s'arma aussi, pour la défense nationale et le salut de la patrie compromis par l'armistice de Novare. Ce tut un moment d'enthousiasme indescriptible. — Italia respira! Genova è un solo uomo, — Genova, la eittà di Maria Santissima, è pronta a seppellirsi sotto le sue rovine, piuttosto ehe patteggiare col croato — s'écriait la Gazzette de Gênes, et le syndic, Profumo, invoquait le concours de tous les citoyens, pour défendre les fortifications de la ville et s'y faire ensevelir, plutôt que de se rendre à l'ennemi. — Malheureusement les esprits ne tardèrent pas à se monter. — Gênes était la patrie de Mazzini, qui y comptait de nombreux adhérents, en particulier parmi les émigrés politiques, qui s'y étaient réfugiés de toutes les provinces d'Italie ; de plus il n'y avait jamais en une grande sympathie entre les génois et les piémontais, et bientôt, après quelques scènes de désordre dans les rues et sur les places publiques, éclata une véritable révolution. Le 1er avril les insurgés élevèrent des barricades; aidés par la Garde nationale, ils s'emparèrent de la darse et des 15 à 20 mille fusils qu'elle contenait, sommèrent le générai commandant la place, De Azarta, de leur consigner le vaste local de Spirito Santo, où il avait concentré la garnison, et, sur son refus, ils l'attaquèrent et le forcèrent, après quelques heures de combat, à signer une capitulation, par laquelle il s'engageait à quitter immédiatement Gênes, avec la gendarmerie et les 4000 soldats qu'il y avait sous ses ordres. Les fortifications de la ville furent occupées par le peuple, qui se déclarait prêt à mourir plutôt que d'y laisser pénétrer « le Croate » — Comme on le voit, si cette Révolution de Gênes fut profondément regrettable, comme tout ce qui aboutit & la guerre civile, eUe fut cependant patriotique à son début, pnisqu'au fond, elle ne fut que l'expression de l'indignation partagée par une grande partie du Parlement et des communes du Piémont, contre l'armistice de Novare. Ne pas reconnaître cet armistice, ni l'abdication de Charles Albert, qui n'avait point encore

Radetzky a déclaré ne pas pouvoir prendre sur lui, de changer les bases de l'armistice, mais il a conseillé a no» envoyés de se rendre à Vienne, auprès de l'Empereur, en leur faisant comprendre que cette démarche aurait un heureux résultat.

On considère que l'Autriche a renoncé' à l'occupation d'Alexandrie. Hâtez-vous de souscrire des obligations, car^ vous' les verrez, dans quelques mois, au pair. H y a dansr le pays plus d'argent qu'on ne le croit.

Je n'ai pas vu les ministres et ne puis, par conséquent^ vous donner aucune nouvelle particulière.

Ma grand'mère est toujours dans le même état.

Adieu, mille amitiés.

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