C. de Cavour
(1) L'avocat Jean Philippe Galvagno, ministre de l'intérieur, député du m collège de Tarin, avait fait partie du ministère De Sonnaz (mars à mai 1849), en qualité de ministre d'agriculture et commerce, puis du ministère D'Azeglio, avec le même portefeuille; fut ministre de l'intérieur depuis octobre 1849 à février 1852, et de grâce et justice jusqu'en mai 1852. Collègue et ami de D'Azeglio, il eut sa part dans le fameux programme de Moncalieri, qui pacifia le pays et y rendit possible l'application du gouvernement constitutionnel. — Nommé ensuite Syndic de Turin, il dut, à la suite de revers de fortune, reprendre sa profession d'avocat, où il se distingua par son honnêteté et sa droiture. Nommé sénateur en 1860, il mourut à Turin le 27 mars 1874.
CCLXXÏI.
28 novembre 1849.
Mon cher ami,
Il est entendu que je payerai le solde des actions de la Banque, pour votre compte. Si, par hasard, les rentrées sur lesquelles je calcule, me manquaient, je vous en préviendrais à temps, ou je ferais traite sur vous, à un mois.
J'ai déjà reçu près de 350,000 kilogr. de guano Balduino. Je pense que dans le courant de décembre, je recevrai les 100,000 kilogr. qui forment le complément de ce qu'il m'a vendu. De la sorte, je n'aurai pas a lui payer de loyer de magasin.
Si vous voulez expédier du guano à Hippolyte, faites-le dans le mois de décembre. Je le lui ferai payer 27,50 francs les 100 kilogr., ce qui me paraît bien raisonnable.
Le ministère fait tout ce qui dépend de lui, pour amener de bonnes élections.
Mais, il faut bien le dire, le parti modéré est d'une déplorable nonchalance.
Mamiani (1) se pose en modéré, presque en ministériel.
(1) Le comte Terenzio Mamiani délia Rovere, né à Pesaro en 1800. Philosophe et poète, prit part an mouvement de 1831 contre le gouvernement de Grégoire XVI, à la suite de quoi il dut se réfugier a Paris, où il publia plusieurs ouvrages de philosophie. Il rentra en 1848 à Rome, où il fat nommé ministre de l'intérieur (cabinet du cardinal Orioli). Au milieu des événements qui suivirent la fuite de Pie IX à Gaôte, il accepta le ministère des affaires étrangères, puis il fit partie de la Constituante de Rome. Le pouvoir temporel ayant été rétabli, Mamiani se réfngia à Gênes et, en 1856, il fut nommé député du Y collège de cette ville. Il soutint vivement la politique de Cavour, qui, en 1860, l'appela au ministère de l'instruction publique. En 1861 il fut nommé ministre plénipotentiaire d'Italie en Grèce; en 1864, sénateur du royaume; en 1865, Ministre d'Italie en Suisse.
Son inimitié personnelle avec Mazzini, est une semi-garantie de la sincérité de son opinion.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cayotjr.
CCLXXEI.
7 décembre 1849.
Mon cher ami,
Je suis accablé de besogne et, pour surcroît de guignon, je vais aller monter la garde.
Je répondrai dimanche aux lettres de votre maison, tandis que le sort de la nation se décidera dans Fume électorale.
Le ministère espère beaucoup, quant à moi, j'espère un peu, je tous tiendrai au courant des nouvelles politiques de Turin.
Ecrivez-moi, de votre côté, et croyez à ma sincère amitié.
Camille de Cavottr.
9 décembre 1849.
Mon cher ami,
Je n'ai pas vendu vos rentes à 83,50, parceque j'ai sn par Mr Landaur, agent de Rotschild, que celui-ci avait consenti à avancer au trésor 11 millions, en compte courant, pour éviter une nouvelle émission à la fin de l'année. Je crois avoir agi dans votre intérêt, toutefois, si vous regrettez ma désobéissance, je prendrai vos rentes, à 83,50; quitte à ne pas vous les payer tout de suite. H fait un temps atroce, il pleut à verse depuis deux jours, ce qui
empêchera un grand nombre d'électeurs de se rendre au scrutin. C'est un malheur, mais, d'un autre côté, cela peut fournir au ministère un excellent prétexte pour modifier la loi électorale.
Dites-moi ce que c'est que des Mrs Gamba, Sconio et Millo (1), qui veulent fonder une compagnie des Indes, ce qui me paraît une idée un peu bouffonne par le temps qui court.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
Turin, tl décembre 1849.
Mon cher ami,
J'ai fini, ce matin, l'affaire de vos rentes, je les ai toutes vendues à Mrs Soldati, à 84, payables lundi prochain.
Si vous n'avez pas besoin de fonds, je garderai une partie du produit, pour faire le second versement de nos actions.
Le trésor est en bonne position. Nigra a ici, 4 à 5 millions en caisse, mais il éprouve une répugnance incroyable à payer. Dites-moi si les traites de Thompson ont été payées *t si, en conséquence, notre affaire des rails peut être considérée comme liquidée.
Ce matin, on me parlait de 99 l/A pour les bons. Je verrai si je peux en obtenir à ce taux, pour le compte à demi.
Je pense que les bons seront payés, ou tout au moins Changés contre des rentes au cours.
(1) Grande maison de commerce a Gênes. Mr Milla est actuellement Président de la Chambre de commerce de Gênes.
Les élections de nos provinces sont assez bonnes. Si celles xle Gênes et des Rivières ne sont pas détestables, on pourra marcher, mais avec une modification ministérielle, non dans le sens de la gauche, mais de manière à donner au cabinet plus d'homogénéité.
Demargherita (1) s'est coulé dans l'opinion publique, par sa conduite privée.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Càvour.
16 décembre 1849.
Mon cher ami,
Les élections des provinces de terre ferme sont toutes connues, elles sont, en grande majorité, conservatrices. Les plus sanguine assurent que les 2/3, au moins, seront ministériels. Cela est probable, car il y a toujours dans les assemblées, une partie flottante, qui se rallie au parti le plus fort. Nous en avons fait, dans les dernières législatures, la triste expérience.
La sortie de Demargherita est chose certaine, j'aurais désiré qu'on eût également mis Mameli (2) à la porte, mais ses collègues n'ont pas eu le courage de le faire. On parle, pour le remplacer, de l'avocat Noellis, qui a eu l'honneur
(1) L'avocat baron Louis de Margherita, ministre de grâce et justice.
(2) Le chevalier avocat Cristoforo Mameli, ministre de l'instruction publique. Né en Sardaigne en 1795, député du III collège de Oagliari, siégeait à la dioite. Fatigné des luttes parlementaires, il donna sa dimission en 1850, et fut nommé conseiller d'État. Très versé dans le droit canonique et catholique fervent, il protesta toujours contre les lois hostiles au clergé. Mort à Rome le 18 octobre 1872.
d'une triple élection (1), et de Gîoia (2). J'ignore lequel des deux sera préféré (3).
La hausse des fonds ne m'inspire pas une grande confiance. L'état de la France ne me paraît pas encore bien rassurant. Je ne sais, mais je vois la marée du socialisme monter d'une manière irrésistible.
Je doute fort qu'en Angleterre, on baisse maintenant le prix de l'or. Notez d'abord, que cela ne peut avoir lieu qu'au moyen d'une loi, car c'est la loi qui a imposé à la Banque l'obligation d'acheter l'or au prix actuel.
Si, toutefois, l'affluence de l'or augmentait, il faudrait bien songer à baisser son prix relativement à l'argent. Alors, certainement, le change sur Londres baisserait, puisqu'en définitive, ce change s'établit (entre certaines limites), d'après le prix comparatif des deux métaux précieux.
Pour alimenter notre nouveau moulin à riz, qui marche fort bien, et pour profiter du bas prix de nos marchés, j'ai fait de grands achats de riz, ce qui m'a mis à sec. Si vous avez besoin de vos fonds, vous pourriez tirer sur moi, mais je pense que vous n'êtes pas pressé de rentrer dans les avances de la portion du guano que je vous dois encore.
Adieu, cher ami, croyez à mes sentiments dévoués.
Camille de Gàvour.
PS. Un courrier, expédié de Lyon à l'agent de Eothschild, porte les fonds, sur cette place, à 86, ce qui les fera monter à 88 ici, demain, lorsque ce fait sera connu.
(1) L'avocat Prospero Perpetuo Novelli, nommé député par le IV collège de Tarin, le II collège d'Alexandrie et celui de Felizzano, pour lequel il opta, mais il dut bientôt renoncer à son mandat, ayant, peu «près, été nommé Préfet du Collège des Provinces.
(2) Voir lettre CLXXXII.
(3) Ni l'un ni l'antre, car Gioia n'entra au Ministère que le 10 novembre 1850, et ce fut le comte Siccardi qui remplaça le baron De Uargherita.