CCLXXXIV
Turin, 21 janvier 1850.
Mon cher ami,
Vous lirez, ce matin, mon rapport sur rémission de 4 millions de rentes, dans le Bisorgimento, vous en saurez après, autant que moi (2).
(1) Projet de loi présenté par le ministre Nigra, pour donner faculté m gouvernement d'émettre un emprunt de francs 6,000,000 de rente pour couvrir l'énorme déficit causé par les guerres de 1848 et 1849. L'opposition se divisa en deux partis, l'un voulait repousser la loi, l'autre ne voulait accorder que 3 millions, mais le ministère obtint 6 millions.
(2) « Parceque .vous êtes rapporteur de la loi des 4 millions, je me trouve naturellement privé de rien savoir, parceque, en législateur honnête, vous redoublez de reserve » (Lettre de Mr de la Ktte au comte de Cavour, 19 janvier 1850).
04 — Bert. Lettres de C. Cavour.
Avigdor (1) est arrivé, je doute qu'il parvienne à rien faire avec le gouvernement; il est trop hâbleur, comme vous le dites, c'est un genre qui ne réussit pas chez nous.
Je n'ai pas besoin d'argent ; lorsque je serai à sec, je vous enverrai du Turin de nos marchands de riz.
Adieu, mille amitiés.
2$ janvier 1850.
Mon cher ami,
Nigra m'a donné l'assurance la plus formelle que les bons seraient payés à leur échéance ; seulement, il pensait que les premiers ne l'étaient que dès le 25. En conséquence, il veut faire commencer les payements le lr février.
Il m'a assuré ne pas pouvoir autoriser leur payement à Gênes, ce qui entraînerait des difficultés de comptabilité extraordinaire. Mais il m'a dit à l'oreille, qu'il prendrait les bons qui sont échus et ceux dont l'échéance serait prochaine, en payement de la première portion de l'emprunt, et. dans ce cas, on pourrait les verser à Gênes, comme à Turin.
G. et M. m'écrivent qu'ils ne sont pas encore d'accord
avec R , mais il me parait que ces messieurs .finiront
par s'entendre.
La souscription nationale dépassera, j'espère, 20 millions. Seulement elle restera ouverte peu de jours, ainsi je vous conseille de vous préparer dès à présent.
Adieu, à la hâte.
Camille de Cavour.
(1) Le comte Henry Avigdor, député dn collège de Gavi à la îv et v législature (1849-1857).
CCLXXXVL
29 janvier 1850.
Je prends la liberté de recommander à votre aimable obligeance, Monsieur et Madame.de Atzel, hongrois distingués, qui vont se rendre à Gênes. Je vous serai infiniment obligé de ce que vous pourrez faire pour leur rendre agréable le séjour de votre ville.
Cette lettre devant vous arriver moins rapidement que celles que je vous écris par la poste, je n'ajoute aucune nouvelle politique, et je me borne à vous renouveler l'expression de ma vieille amitié.
Camille de Cavour.
CCLXXXVIL
30 janvier 1850.
Mon cher ami,
Puisque vous n'avez pas voulu me croire, vous en serez (quitte) pour payer à la Banque quelques jours d'intérêts, ce qui, d'ailleurs, ne diminuera pas de beaucoup votre bénéfice sur les bons (1).
Nigra m'a encore répété, hier, que les bons échéants en février seront reçus, sans distinction, en payement de l'emprunt. Cela l'arrange pour ne pas être obligé de les rem-
(1) « Pour ne pas courir le risque, au dernier moment, que l'ordre de prendre en payement des Bons du Trésor, ne fût pas exactement parveau à notre trésorerie, je me suis entendu avec la Banque, qui prend mes bons comme du papier sur Turin à 3 */* % ^an "• (lettre de Mr de la Rue au comte Cavour, 28 janvier 1850).
bourser à la spicciolata avec des billets de 100 francs et des pièces de 3 francs.
Au reste, on n'exigera probablement que le tiers comptant; mais j'espère que l'on cherchera à faire payer les facilitations que le ministère accordera pour les payements.
A la demande de mon ami Bolmida, j'ai remis une lettre de recommandation à des hongrois très distingués; veuillez les accueillir avec votre obligeance accoutumée.
Nous allons remettre sur le tapis le chemin de Savigliano ; veuillez me dire votre intention à ce sujet. Je crois que, comme spéculation, ce n'est pas une mauvaise affaire, et que les actions se placeront sans difficulté.
A est un animal, un vrai faiseur d'embarras. Ne vous
mêlez avec lui que comme banquier; mais laissez-lui faire ses tripotages tout seul.
Mon père vous prie de lui procurer, si l'occasion se présente, un petit tonneau de Marsala du meilleur qu'il soit possible de trouver.
Si, par hasard, on trouvait à Gênes du rhum de première qualité, mon père en désirerait également une douzaine de bouteilles. '
A propos de liqueurs, n'avez-vous jamais entendu parler de deux caisses qui sont parties d'Amsterdam, il y a trois mois, à votre adresse, pour moi?
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.