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CCLXXXIX

20 avril 1850.

Mon cher ami,

Une nouvelle indisposition, qui m'a valu deux saignées, est cause que je n'ai pas pu répondre de suite à votre dernière lettre.

L'affaire du vin de Marsala est arrangée à ma pleine satisfaction.

Je vous remercie de l'intérêt que vous avez pris à mon affaire avec Avigdor (2). Je ne suis pas un batailleur, mais

(1) Au sujet de l'approbation du bilan, que le Parlement • discutait alors.

(2) Le député de Nice, Jules Avigdor, avait fondé à Turin, le journal La Voix de l'Italie. Dans un article sur la question des impôts, il y avait attaqué le journal Le Bisorgimento en termes qui mettaient *a doute l'honneur et la délicatesse de ses rédacteurs et particulièrement du comte de Cavour. Un duel s'ensuivit entre celui-ci et le député Avigdor (M. Castelli, Le comte di Cavour, p. 25-32).

il y a de telles provocations, qui, même lorsqu'elles partent de très bas, ne peuvent pas rester impunies. Vous avez lu les discussions de la Chambre et les articles du Risorgimento, et je ne pense pas que vous y ayez trouvé rien qui justifie l'injustifiable article de La voix de TItalk. Au reste, je crois qu'à l'heure qu'il est, le public apprécie Avigdor à sa juste valeur, que vous et moi connaissons depuis longtemps.

Je serai charmé de voir Madame de la Bue et de lui offrir mes services. Si elle le désire, je tâcherai de lui donner le spectacle d'une joute parlementaire avec Brofferio.

Comment voulez-vous que la discussion du budget chemine, avec des ministres aussi peu habiles que ceux que nous avons? Nigra, à la lettre, n'entend rien à l'administration financière. B est matériellement impossible qu'il se tire du pétrain, où il est tombé.

Je suis parfaitement de votre avis à l'égard de Y incarne tax (1). Le seul moyen d'éviter les folies du socialisme c'est de se montrer juste et généreux envers les classes inférieures, ainsi que le font les anglais. L'égoïsme et l'ignorance des classes riches, en France, sont les causes principales de l'état déplorable de ce malheureux pays.

J'ai peu de foi dans nos fonds. Dans quelques jours Nigra demandera l'autorisation d'émettre la dernière portion de l'emprunt qu'il a annoncé l'hiver dernier. Cela produira, je crains, un très mauvais effet. Ce n'est pas que l'argent manque, il est au contraire très abondant, ainsi que le prouve l'ardeur avec laquelle on se porte vers les entreprises particulières. Vous aurez su que le bail des moulins de la ville a échappé à la compagnie Custo, qui croyait

(1) u Je m' attends à ce qu'on en viendra k Yincome tax. With the free Trade principles, you must corne to that, sooner or la ter. Better perhaps, do it at ones » (Lettre de Mr de la Rue au comte Cavour, 18 avril 1850).

tenir l'affaire dans son sac. Cette compagnie, maintenant, songe à établir une concurrence, à peu de distance de Turin.

Savigliano va bien. Il est probable que la concession aura lieu dans le courant de la session.

Je ne saurais vous faire faire une offre pour votre intérêt dans l'affaire Rossi et Schiaparelli pour un tiers, car il faudrait les mettre au fait de toutes choses, ce qui n'est guère convenable.

D est probable que cette année, l'inventaire présente de 20 à 26 mille francs de bénéfices. Mais, par le temps qui court, les entreprises industrielles sont difficiles à réaliser.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

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