CCCLVIII
27 février 1853.
Mon cher ami,
Je vous remercie de la communication de la lettre (THambro; elle a confirmé l'opinion que j'ai depuis longtemps conçue, de la loyauté et de la délicatesse de son caractère, seulement, je regrette qu'il ait moins de courage. Tous voyez qu'il hésite sur le prix de 68. Or, je suis à peu près certain que Rothschild me donnera mieux. Il y a d'ailleurs, une circonstance qui me porte à préférer un trois pour cent continental, à un 3 p. °/0 anglais. Si nous devons convertir notre 5, ce ne peut être qu'en fonds payables à Turin et à Paris. Rothschild (le jeune) est arrivé. Je l'ai vu, mais nous n'avons pas encore entamé de négociation. J'attends une réponse de Fould. En attendant, nous avons à peu près convenu avec Lafitte, la concession du chemin de la Savoie. Vous voyez que les affaires ne manquent pas.
L'horizon politique s'était, ces jours-ci, un peu obscurci. J'espère qu'il se réclaircira. Les puissances étrangères sont fort aimables à notre égard. Même l'Autriche ! Cela durera-t-il ?
Veuillez me dire votre opinion sur P..., son beau frère me le recommande beaucoup, pour que je le fasse directeur d'une nouvelle Banque, que j'ai l'intention de fonder en Sardaigne.
Laissez le sucre, et riez au nez de tous ceux qui vous diront que je prends la moindre part à une affaire quelconque (1).
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
Avez-vous reçu les dessins du chemin de fer?
2 mars 1853.
Mon cher ami,
Malgré le séquestre (2), Rothschild a tenu bon, et l'emprunt est fait à 70, 2 p. % de commission. Je ne pense pas qu'il fût possible de faire mieux. Si vous faites Téqua-
(1) « On vient de mf offrir de m'intéresser dans nne raffinerie de sucre, en me disant que tous y prendriez aussi un intérêt, mais qu'on ne pouvait pas me le garantir. J'ai répondu qu'on ferait mieux de garantir tout le contraire ». (Lettre de Mr de la Me au comte de Cavour, 18 février 1853).
(2) L'Autriche avait mis sous séquestre les biens des émigrés Lombards réfugiés en Piémont et y naturalisés (13 février 1853), violant ainsi les promesses qu'elle avait faites lors de la négociation du traité de paix de Milan, qui assurait l'amnistie des émigrés de 1849, et le traité de commerce de 1851, qui garantissait aux sujets sardes la libre possession de leurs biens situés sur le territoire Lombard-Vénitien. 1 la suite de ce séquestre, le Gouvernement sarde protesta énergiquement en face de l'Europe entière, contre la conduite de l'Autriche et rappela de Vienne son ministre Mr de Revel.
tion du 3 et du 5, vous reconnaîtrez que la rivalité de Fould
nous a valu quelques millions.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Càvour.
6 mars 1853.
Mon cher am%
La conclusion de l'emprunt a produit un excellent effet. La hausse s'est prononcée avec une grande vigueur, et, ce qui vaut mieux, c'est qu'elle paraît produite, moins par la spéculation, que par l'argent sorti tout-à-coup des caisses. L'Hambro fait une beaucoup moins mauvaise figure.
Je ne pense pas que vous deviez être inquiet au sujet de X..., seulement, vous devez comme par le passé, le considérer fcomme fort honnête, médiocrement riche et d'une habileté moyenne. Mestrezat vaut, sous tous les rapports, beaucoup mieux.
La direction de Savigliano est absurde. Guidée par des intrigants et des avocats, elle a voulu faire capituler les entrepreneurs, à force de procès et de chicanes. Elle n'y a pas réussi. Enfin, elle s'est résignée, et hier une transaction finale a été signée avec les Pickering (1). La route sera ouverte dans le courant de la semaine, ou dimanche prochain, au plus tard.
Si vous vendez vos Savigliano, achetez des acjtions de Suse. Vous pouvez être certain que si la ligne de Savoie est concédée, ces actions monteront rapidement.
Ce chemin s'exécute rapidement ; il sera ouvert avant la lin de l'année.
Adieu, mille amitiés. Camille de Càvour.
(1) Entrepreneurs Anglais, qui construisirent les lignes de Savigliano et de Pignerol.
16 avril 1853.
Mon cher ami,
Mon ami Farini (1) est venu m'annoncer que la personne sur laquelle il avait tiré une traite de 10,000 livres toscanes, et que je vous ai remise, a été expulsée d'Italie, pour cause politique, et que, par conséquent, cette traite ne sera pas payée à son échéance, qui aura lieu à la fin du mois. Je vous prie, en conséquence, de la retirer de la circulation, si vous êtes encore à temps pour le faire, et, en cas contraire, de la faire payer, sans protêt et avec le moins de frais possible.
Dès qu'elle sera entre vos mains, vous me la renverrez avec le compte de vos frais.
Pardon de l'ennui. Croyez à ma sincère amitié.
Camille de Càvour.
(1) Le médecin Louis Charles Farini, né à Russi (Ravenue) en 1812, dut prendre le chemin de l'exil à cause de ses opinions libérales. Après avoir été Mazzinien et Carbonaro, il revint à des idées pins modérées et pnt rentrer dans sa patrie. An commencement du règne de Pie IX. il fat chargé de la direction de la santé publique à Rome, pendant le ministère de Pellegrino Rossi. Après la faite de Pie IX et les événements qui la suivirent, il dut se réfugier à Turin, où il écrivit son Histoire des États Romains de 1814 à 1850, et son Histoire d'Italie. Naturalisé piémontais , il fat député au Parlement par le collège de Varazze, puis par ceux de Cigliano et de Chieti. Il fut ministre de l'instruction publique en 1852 (1er cabinet d'Azeglio), commissaire royal en 1859, à Modêne, à Bologne et à Florence, où il présida les plébiscites qui unirent ces provinces au Piémont. En 1860, Cavonr l'appela au ministère des affaires étrangères et, après l'annexion des provinces napolitaines, il y fut envoyé en qualité de lieutenant du Roi. En novembre 1862, il fut chargé de former un nouveau cabinet, qu'il présida jusqu'en mars 1863, époque où sa santé le força à se retirer des affaires. Il mourut à Quarto, près de Gênes, le 1" août 1866. Le Parlement lni avait voté en 1865, une pension de 25,000 francs , en témoignage de reconnaissance pour les services qu'il avait rendus à la patrie.
CCCLXH.
24 avril 1853.
Mon cher ami,
Je vous remercie de l'obligeance que vous avez mise, à arranger l'affaire Farini.
Devant faire de nombreuses remises à Hambro, je vous prie de me dire si votre maison peut et veut se charger de livrer au trésor, de 40 à 60 mille livres sterlings, d'ici au 15 mai, et à quelles conditions. Ayant déjà pourvu au payement du dividende, je préférerais du papier long.
Je soumettrai, dans la semaine, au Parlement, un projet de loi pour confier à la Banque le service de la trésorerie générale, et un autre pour établir une Banque en Sardaigne.
Bombrini deviendra Direttore Capo, ce sera un grand personnage. A Gênes, on criera un peu, à cause de la concentration à Turin, de la direction supérieure ; mais, c'est là une conséquence nécessaire des nouvelles fonctions de la Banque.
Camille de Cavouk.
CCCLXHL
27 avril 1853.
Mon cher ami,
Rothschild m'envoie du Londres, de Paris, à 24,87 1{2, 1[4 de commission, ce qui le fait revenir à peu près à 24,95, net de frais. C'est le prix que je vous offre et que je ne saurais dépasser.
Je vous ai écrit par le télégraphe.
Tout à vous Camille de Cavour.
Mon cher ami,
21 mai 1853.
Voyant que notre 5 p. % demeure stationnaire aux environs du pair, je serais tenté de faire un effort pour l'aider à franchir les colonnes d'Hercule. D'après des renseignements précis , puisés à des sources certaines , j'ai lieu de croire que les titres sont assez rares et que c'est la spéculation, plutôt que le besoin d'argent, qui tient la rente basse. On m'assure qu'en faisant acheter simultanément, à Gênes , Turin et Paris , une centaine de mille livres , on enlèverait la rente.
Avant de me décider à tenter, sous ma responsabilité, une opération aussi délicate, j'ai voulu vous consulter, et vous demander, en même temps, à quelles conditions votre maison se chargerait d'acheter des rentes pour le compte du trésor. Il ne s'agirait que d'opérations au comptant.
Répondez-moi, poste courante, afin que, cas échéant, je puisse vous donner des ordres par le télégraphe de lundi.
Les actions de Savigliano font fureur. Les recettes dépassent les prévisions des plus sanguine. Pour peu que donnent les marchandises, on arrivera, probablement, dans le mois de juin, à 3000 francs par jour.
On a organisé une Société des courses. La souscription est de 100 francs. Vous devriez bien en être. On fera courir à Turin, Alexandrie et Mortare ; vous voyez que les courses seront à la porte de Gênes. Le Roi y prend un vif intérêt. La politique va bien. L'Autriche se radoucit. Je ne doute pas que, d'une manière ou de l'autre, l'affaire du séquestre ne finisse par s'arranger.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
25 mai 1853.
Mon cher arni,
Je vous remercie des renseignements que votre lettre du 22 renferme. Quoique vous évaluiez à un chiffre plus élevé que je ne l'aurais calculé , la rente qu'il faudrait acheter pour la pousser à la hausse, j'aurais commencé à opérer, si les nouyelles d'Orient ne m'eussent pas eflrayé.
Je ne crois pas, qu'en définitive, elles annoncent des com^ plications sérieuses ; mais elles sont assez graves pour effrayer les spéculateurs et agir sur les fonds.
La spéculation est à la baisse, dans ce sens qu'elle vend des rentes, pour acheter des actions. Savigliano continue à monter. Le mouvement continuera, ou s'arrêtera, suivant que le service des marchandises rendra plus ou moins.
Suse monte, de son côté. Dans quelques jours, ce sera le tour de Novare. Le comptoir d'escompte , prêtant sur dépôt de titres, aide le mouvement.
Vous ne m'avez plus parlé de mes actions du gaz. Croyezvous qu'il faille attendre après le dividende? La Société du gaz hydrogène est autorisée.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
19 juin 1853.
Je n'attends plus rien de Londres, si ce n'est des dessins du chemin de fer. Comme je ne suis pas pressé de les avoir, interpelez Hambro, avant de m'envoyer la caisse que vous avez reçue.
Àllez-y sûrement, avec le crédit mobilier. Les affaires d'Orient sont venues bien mal à propos. Si ailes s'arrangent, la hausse sera énorme. La session va finir. Il en est temps, je n'en peux plus. Adien.
Camille de Cavoue.
CCCLXVII.
24 juin 1853.
Mon cher ami,
Mon frère n'est d'aucune Compagnie de fonciers. Je crois celle de Bombrini la meilleure de toutes, mais je vous préviens que je donnerai la préférence à celle qui fera les conditions les plus favorables aux emprunteurs (1).
Si l'Orient se pacifie, nous irons loin, car le mouvement est donné; il ne s'agit plus que de le régler.
Que vous écrit-on de la récolte de Naples, de la Bomagne et de l'Orient? Si le temps ne change pas, nous sommes bien menacés. Adieu.
Camille de Cavour.
(1) Mr Bombrini avait offert à Mr de la Rue d'entrer dans la fondation d'une Banque Foncière, de la création de laquelle il s'occupait alors. Avant d'accepter, Mr de la Rue désirait savoir s'il était vrai, comme le bruit en courait, que le frère du comte de Cavour s'occupait de la fondation d'une institution de ce genre, à Turin (Lettre de Mr De la BUe au comte de Cavour, 22 juin 1853).
CCCLXVIII.
3 septembre 1853.
Mon cher ami,
Je reçois de Gênes, les notions les plus contradictoires sur le commerce des blés. Les uns m'annoncent une hausse effrayante, tandis que d'autres m'assurent que la baisse est certaine à l'arrivée de la flotte des navires chargés de blé, qui est partie de la mer Noire. Je crois qu'il y a exagération des deux côtés. Les besoins étant réels, il est impossible que le blé tombe à bas prix. D'un autre côté, les besoins ayant été prévus en temps opportun, je pense que le commerce pourra y satisfaire , sans qu'il y ait disette nulle part.
Les marchands de blé, de Gênes, poussent à la suppression des droits. En mon particulier, je suis convaincu que cette mesure n'aurait d'autre effet que d'augmenter les bénéfices de ces messieurs, qui sont déjà énormes.
Je vous prie de me donner votre opinion sur les deux points que je viens d'indiquer: l'avenir du commerce des blés et les effets probables de la suppression des droits d'entrée (1).
Randell m'envoie les projets du Doc^:, qu'il nous avait promis pour le mois d'août. Je crains qu'en travaillant pour le gouvernement, il ne pense aussi à lui, en prépa-
(1) « En résumant les pour et les contre une suppression du droit d'entrée, j'opinerais, financièrement, pour non, et, politiquement, pour oui, car, d'un côté, l'État y perdrait environ un million (en 6 mois), mais, 4'un autre côté, il enlèverait tout prétexte d'agitation et aurait fait, administrativement, tout ce qu'il pouvait pour les prévenir ». {Lettre de Mr de la Rue au comte de Cavour, 5 septembre 1853).
rant une Société pour soumissionner l'entreprise dont il s'occupe. Ce n'est pas que j'eusse du regret de voir Randell à la tête de la Compagnie qui exécutera les Docks de Gênes , mais je voudrais seulement que cette Compagnie cherchât à obtenir la concession, en posant cartes sur table, Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
25 octobre 1853.
Je vous remercie de votre bonne lettre. Je n'ai jamais douté de votre amitié, mais je suis toujours heureux d'en recevoir de nouvelles preuves.
L'attaque a été habilement dirigée (1). On espérait agir sur mes nerfe et sur l'opinion du Roi. On a échoué dans l'une et l'autre tentative. Toutefois , comme on a débité une foule de bruits calomnieux dans les masses, mes amis politiques et personnels ont presque exigé que j'intentasse un procès en diffamation, à La Maga (2), qui, dans le nu-
(1) Les ennemis du oomte de Cavour (parmi lesquels quelques journaux)! faisaient, depuis longtemps, courir le bruit qu'il profitait de sa position pour accaparer et monopoliser, à son profit individuel, le commerce des blés. Le 18 octobre, une foule d'émeutiers, irrités de la chèreté du pain, chercha à envahir son palais, à Turin, et à y commettre des dégâts, que la gendarmerie parvint à prévenir (M. A. Castblli, Ricordi, p. 32, 33 et 34).
(2) La Maga, journal politique, avec caricatures, un des organes de l'opposition à Gênes. Le N° du 21 octobre 1853 , après s'être longuement étendu sur les désordres survenus & Turin , le 18, à cause du prix élevé du pain, et avoir accusé le ministère de sucer le sang d* peuple et de vouloir le faire mourir de faim, ajoutait, comme Ultime
méro ci-joint, m'accuse d'avoir acheté tout le blé que produit le Piémont. Comme, ici, je n'agis pas comme ministre, mais seulement comme homme privé , je vous envoie ma requête, en vous priant de la faire présenter au Procureur du Roi par un procureur, que je vous laisse libre de choisir.
Je vous prie de donner au procureur, pour instruction, de ne pas réclamer qu'on procède par citation directe, afin de donner à La Maga le temps de réunir les preuves des faits calomnieux qu'elle m'impute.
J'ai chargé de la poursuite, les avocats Cassinis (1) et Tecchio (2). Ces messieurs voudraient que je leur adjoignisse un avocat génois, pour la forme. Ils me conseillent un certain Orsini (3). Donnez-moi un conseil à ce sujet.
Un de mes collègues de la Chambre, le député Cadorna (4), va partir pour le Hanovre, pour y chercher un ingénieur des mines, capable de transformer en or, les rochers du Mont-Rose. Il désirerait une lettre de recom-
Notizie di Torino : « L'irritazione dei Torinesi era al eolmo per rumori corsi nei giorni precedenti, di speculazioni e raggiri poco onorevoli pel Présidente del Consiglio ... Si attribuisce all'ostinazione del ministro e al 8uo spirito speculatore, l'attnale rincarimento del pane, e l'irritazione del popolo si rivolge tutta contro di lui. — Poco tempo innanzi, lo stesso ministro Cavonr, in un villaggio, nelle vicinanze di Asti, dove si era recato a diporto, aveva corso rischio di essere accoppato da nna mano di contadini avvedutisi che un di lui agent© incettava tutte le granaglie del mercato. A stento gli rinsci di fuggire in vettura ».
(1) L'avocat G. B. Cassinis. — Voir Lettre CC.
(2) L'avocat Sébastien Tecchio de Vicence, illustre jurisconsulte et ardent patriote, député an Parlement en 1848, ministre des travaux publics en 1849, président de la Chambre à la 8e législature, puis président de la Cour d'appel de Venise , sénateur en 1866 , ministre de grâce et justice en 1867 (cabinet Rattazzi), président du Sénat en 1880.
(8) L'avocat Tito Orsini, actuellement sénateur du royaume et une des sommités du barreau de Gênes. La Maga choisit pour la défendre, les députés avocats Angelo Brofferio et Cesare Cabella de Gênes.
(4) Carlo Cadorna, député de PaUanza.
mandation pour ce pays. Voyez si vous m'en pouvez procurer une, par le successeur de Mr Pauli (1).
Le cahier des charges du Dock est fini, ou à peu près. Si vous avez un moment de loisir, venez à Turin; je vous le communiquerai, ainsi que les dessins de Randell.
Adieu, mon cher ami, croyez à ma sincère amitié.
Camille de Càvour.
30 octobre 1853.
Mon cher ami}
Je reçois, avec plaisir, l'avis que le Prieur des procureurs (2) a eu le courage de présenter ma requête contre la Maga.
Veuillez prier, de ma part, Mr Orsini, de se joindre à Tecchio et Cassinis, pour défendre ma cause.
Je vous prie de vous arranger de manière à dîner avec moi, mardi, jour de la Toussaint.
J'attends Prère-Orban (3), mon ancien collègue de Bel-
(1) Ancien consul de Hanovre, à Gênes. Son successeur était monsieur Georges De la Eue, cousin de Mr. Emile.
(2) Le procureur (avoué) Barthélémy Miroli , prieur du collège des procureurs de Gênes. « Mon substitut-procureur se serait chargé très volontiers, de présenter votre requête, si son principal n'avait en peur de La Maga ». (Lettre de Mr É. de la Rue au comte de Cavour, 25 octobre 1853).
(3) L'ex-ministre belge, Frêre-Orban, était tenu en haute estime par le comte de Cavour, dont il appréciait aussi vivement le sens politique et l'énergie. Ces deux hommes combattaient, en effet, chacun dans sa patrie, pour la même cause et devaient naturellement, s'entendre cordialement. (Il Conte di Cavour par Massari, pag. 96).
gique. Je vous ferai, à cette occasion, connaître Battazzi, qui est, à mon avis, l'homme le plus capable de la Chambre. À la hâte, mille amitiés.
Camille de Cavour*
Mon cher ami,
Je vous prie de dire à notre honnête procureur, qu'il m'adresse directement les communications qu'il recevra.
Les affaires d'Orient se compliquent (1); si jamais la guerre générale éclate, nous aurons une fameuse besogne sur les bras. J'espère encore, toutefois, que le moment de dégainer ne viendra pas de sitôt.
Je pense que votre beau-frère, en revenant de Londres, passera par Turin et viendra me voir.
(1) La guerre entre la Russie et la Turquie menaçait déjà de devenir, comme elle le devint en effet, une guerre entre la Russie et les deux principales puissances de l'Occident, et, dès cette époque, le comte de Cavour commença à s'occuper des moyens de rendre cet état de choses favorable à ses projets pour le Piémont. Le capitaine d'état major, Joseph Govone, fut envoyé sur le Danube pour y suivre les opérations militaires , il assista au siège de Silistrie et plus tard, à la fameuse charge de la cavalerie anglaise à Balaclava. Les rapports qu'il envoyait à son gouvernement étaient si bien conçus et rédigés, que l'empereur Napoléon III, voulut en prendre connaissance. Depuis 1848, les relations étaient rompues entre la Russie et le Piémont, en sorte que' celui-ci pouvait se considérer comme tout à fait libre vis-à-vis d'elle, aussi, dès les premiers mois de 1854, Cavour avait déjà conçu l'idée d'associer un corps de troupes piémontaises à celles que la France et l'Angleterre envoyèrent en Orient , et de conquérir ainsi, en Europe, une position qui donnât le droit au Piémont de faire prévaloir sa poli' tique. (Massabt, H Conte Cavour ', p. 101).
Rothschild voudrait me juiver avec son Londres ; ditesmoi à quelles conditions vous vous engageriez à me fournir 80,000 livres sterlings, dans le courant de la semaine prochaine.
Camille de Càvour.
CCCLXXII.
2 décembre 1853.
Mon cher ami,
J'aurais besoin de 12,000 livres sterlings, le plus-tôt possible ; veuillez me dire à quel prix vous pourriez les fournir au trésor.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
PS. Gênes doit être flère du résultat de ses élections. Je lui en fais mon compliment (1).
(1) Les seuls faits fâcheux, ce sont les élections de Gênes. Non que les représentants nommés par les ronges de cette ville, soient des adversaires bien redoutables , mais, parceque leur nomination est nn indice dn mauvais esprit qui régne dans cette ville. Cet esprit mauvais n'est ni révolutionnaire, ni républicain. C'est, tout simplement, un esprit de municipalisme, étroit, mesquin et jaloux. Les Génois ont élu Cabella, Asproni, etc., non pas à cause de leurs opinions avancées , mais pour faire une niche aux Piémontais (N. Biinchi, Politique du comte de Cavour, p. 22. Lettre du comte de Cavour au marquis E. d'Azeglio). — Les 7 députés élus à Gênes, étaient : Ricci, Casareto, Asproni, Cabella, Polleri, Sauli et L. Pareto.
cccLxxm.
Turin, 11 janvier 1854.
J'ai été charmé de voir votre beau-frère, et d'apprendre que vous persistiez dans votre projet d'exécuter le Dock. Malgré les difficultés financières, je suis persuadé que cette entreprise trouvera faveur à Gênes, auprès des capitalistes grands et petits. Son caractère éminemment municipal la fera goûter des Génois. D'ailleurs, l'entreprise n'a presque rien d'aléatoire; elle offre un placement aussi certain qu'un prêt hypothécaire.
La place est en grand désarroi. Les joueurs tombent les uns après les autres, comme des capucins de cartes. Je crois, toutefois, que le mal ne s'étendra pas bien loin, et qu'aucune maison de commerce n'est sérieusement compromise. Les bruits qu'on a fait courir sur M. sont sans fondements.
Je vous prie de me dire si je puis disposer de votre maison pour payer le guano, qu'à la barbe de la Maga, je viens d'acheter de Balduino; il s'agit de 80,000 francs à peu près, que je vous rembouserai avant Pâques.
L'horizon politique est bien trouble, toutefois je suis loin encore de croire la guerre certaine.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
80 — Bbbt. Lettres de C. Cavour,
cccLxxrv.
Il férrier 1854.
Mon cher ami.
Je suis charmé que la Maga ait appelé du jugement par défaut, qui Ta frappée (1). Ce débat, qui aura lieu à la fin du mois, sera une dernière fête que nous procurerons aux Génois.
Je crois, comme vous, que les blés ont atteint le point culminant et qu'ils vont descendre. C'est pour moi un grand soulagement ; j'espère que les Génois ne répéteront pas les folies de 47, et que nous n'aurons pas des imitateurs de Custo (2) de triste mémoire.
J'aurais besoin de 10 h 12 mille livres sterlings, dans le mois. Pouvez-vous me faire une offre avantageuse?
La position est critique, toutefois, je ne crois pas la guerre générale. La position que l'Autriche et la Prusse ont prise, est de nature à l'éviter. C'est un bien pour l'Europe, quoique cela ne soit pas sans danger pour nous.
Eien ne presse pour le Dock ; nous en causerons à notre aise, pendant mon séjour à Gênes, avec vos associés.
Croyez à ma sincère amitié.
Camille de Cavour.
(1) Le 2 janvier 1854, le gérant de La Maga, Carpi, avait été condamné, en contumace, par la section correctionnelle dn tribunal de 1" instance de Gênes, à 6 mois de prison et L. 1000 d'amende, en vertu de l'art. '27 de la loi sur la presse.
(2) Àlessandro Onsto, négociant en grains.
18 février 1854.
Mon cher ami,
Votre Londres est trop cher. J'ai écrit à Rothschild de m'en envoyer de Paris. J'ai écrit à Randell, et je lui enverrai les dessins qu'il me demande.
Les députés de Gênes mettent en avant le Dock du Mandraccio. Us sont absurdes.
J'arriverai (1) demain au soir, avec mon neveu Aynard ; je vais loger au palais, mais je ne sais où loger mon compagnon; soyez assez bon pour lui procurer une chambre dans un hôtel quelconque.
Si vous voyez Orso Serra, ou Cusani, veuillez leur dire que je les prie d'inviter Aynard à leur bal.
Ces maudites fêtes m'ont donné autant de mal et plus encore, que la question d'Orient. Pasqua (2) , d'un côté , Ellena (3), de l'autre, paraissent jouer à qui fera le plus de sottises.
Au revoir, demain au soir, au débotté. Mille amitiés.