‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 69 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

Mon cher ami.

10 décembre 1852.

Comme vous devez croire, je ne veux pas même recevoir officiellement, les propositions du municipio. Si ses députés viennent à Turin, je le leur déclarerai nettement.

(1) Le 2 décembre 1852, le comte de Cavour avait présenté à la Chambre un projet de loi pour l'aliénation de 2 millions de rente de la Dette publique, afin d'être à même de couvrir le déficit prévu pour l'exercice 1853, ainsi que le déficit déjà reconnu, pour l'exercice 1852,

(2) La taxe sur les boissons et sur leur débit au détail.

Je pense donc, que le moment est venu pour la Compagnie qui veut acheter la darse, de se présenter (1). Cela est d'autant plus urgent, que d'autres propositions m'ont déjà été faites.

Hâtez-vous donc, je vous en prie, car, vraiment, avec toutes nos hésitations , nous commençons à être ridicules , ainsi que je l'ai dit sous une autre forme, dans la lettre que votre brave syndic a fait publier sur Yltalia e Popolo.

J'ai eu la debonnaireté de consentir à souscrire une moitié d'action (L. 2500), dans la Société qui s'est formée à Gênes, pour soutenir l'institut des Peschiere. Sa directrice, madame Eebizzo (2) , m'écrit qu'il faut que je me fasse représenter pour souscrire l'acte social ; vous m'obligerez infiniment en vous chargeant de ce soin. Veuillez, après vous

(1) u La Compagnie en qnestion, s'occupe à se constituer. Ses membres actuels sont: la maison Serra (Dominique, Orso et Jean Charles) sous le nom d'un seul d'entre eux; le marquis Gigi Pallavicini (celui qui était à l'ambassade de Londres); les maisons François Oneto et A. Croce, et nous. — B. Parodi s'est réservé de nous dire demain, s'il accepte ou non, mais nous n'en doutons pas » (Lettre de M. É. de la Bile au comte de Cavour1 12 décembre 1852).

(2) Madame Bianca Rebizzo (née le 21 octobre 1800 à Milan, morte le 27 octobre 1869 à Gênes), femme des plus distinguées par ses sentiments, son instruction et son caractère, amie intime de R. Rubattino, de Iorenzo Pareto, de l'archevêque de Gênes, monseigneur Charvaz, de Domenico Buffa, Daniele Manin, Paleocapa, Aporti, etc. Après s'être beaucoup occupée des Asili infantili, qui venaient de s'ouvrir à Gênes, pour les enfants du peuple, elle avait fondé, dans le splendide palais Pallavicini. dit « délie Peschiere », a Gênes, une école, ou Collegio italiano p >ur l'éducation des jeunes filles de condition aisée, et avait fait appel au concours de ses amis, pour couvrir les frais de cet établissement, en le constituant sous forme de société civile. Ce collège avait pour but de former des donne italiane, instruites plus que les femmes ne l'étaient généralement alors en Italie, capables de bien élever leurs enfants et de diriger leur ménage (A. Crucco , liicordi e Pensitri di Bianca Kcbizzo, Genova, 1875).

être mis au fait de l'affaire , faire rédiger la procuration par brevet, que je devrai préalablement vous envoyer. Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.

Camille de^Cavoub.

26 décembre 1852.

Mon cher ami,

Mr Palmer (1) s'est adressé à moi, pour que j'intervienne dans son procès avec l'administration des chemins de fer. Quoique cette affaire soit étrangère à mes attributions, me rappelant l'intérêt que vous portez à monsieur Palmer, j'ai consenti à m'en occuper. J'ai interpelé, successivement, messieurs Paleocapa et Bon a, qui m'ont fourni des renseignements et des explications, qui m'ont convaincu que l'administration ne peut pas suspendre, ne fusse que d'une minute, l'exécution de la sentence, qui ordonne la remise de l'établissement de San Pier d'Arena.

Les conséquences d'un retard quelconque, pourraient être excessivement graves.

Cette remise, d'ailleurs, ne porte aucune atteinte aux droits de Mr Palmer.

Les raisons qui décident l'administration à persister dans le parti pris, sont exposées dans la note confidentielle, cijointe, de Mr Bona, que je vous transmets, en vous autorisant à en donner lecture à Mr Palmer.

•rajouterai que j'ai su que l'administration avait lieu de so plaindre de la conduite de Mr Taylor, dans ces der-

(\) Industriel anglais, qui avait, avec Mr Prandi, en la concession rit* l'usine métallurgique du gouvernement, à S. Pier d'Arena.

niers temps. Les dernières fournitures étaient détestables et ont dû être, en grande partie, refusées.

Je n'accuse pas Mr Palmer d'indélicatesse ; mais, après toutes les pertes , tous les sacrifices que ce malheureux établissement de S. Pier d'Arena a imposés au trésor, l'administration a le droit et le devoir de se montrer sévère vis-à-vis de Mr Taylor.

Après avoir fait de la lettre de Mr Bona l'usage que vous jugerez convenable, je vous prie de me la renvoyer*

J'ai vu avec plaisir, votre beau-frère partir pour l'Angleterre; j'espère qu'il ramènera Mr Randell (1), qui rendra un jugement sans appel.

J'écris à Hambro, pour avoir son avis définitif sur l'emprunt. J'espère que votre beau-frère me rapportera une réponse satisfaisante.

Croyez à ma sincère amitié.

Camille de Cavour.

(t) Célèbre ingénieur anglais, président de la Société des Ingénieurs d'Angleterre. Plusieurs projets avaient été présentés pour la création de docks à Gênes, et Mr Randell avait été invité à venir étudier sur place, lequel serait le meilleur à adopter. — « Pour sortir d'embarras et être certain de bien choisir, le Gouvernement a décidé de recourir i on ingénieur étranger, de premier ordre, qui fût en état de porter un jugement sûr et définitif sur tous ces projets et, au besoin, en con* seiUer un nouveau. Son choix ne pouvait être douteux ; comme il s'agit de constructions maritimes, il devait d'abord songer à Mr Randell, qui* sons ce rapport , tient le premier rang en Angleterre et sur le continent ». (Lettre du comte de Cavour à Mr W. Brockedon, 20 décembre 1852).

24 décembre 1852.

Mon cher ami,

Je vous remercie d'avoir tranquillisé Mr Palmer et de lui avoir fait prendre bravement son parti. Au fond, je crois qu'il avait tort.

Croyez à ma sincère amitié.

Camille de Cavour.

1er janvier 1853.

Mon cher ami,

J'ai reçu le bon de L. 12,000 sur la Banque. Je renverrai encaisser au retour de Tosco, qui est , depuis huit jours, à Alexandrie, pour faire accepter un remplaçant, que j'ai eu la bonhomie de promettre à mon agent favori, pour son fils.

Mes débiteurs ont été plus exacts que je ne l'aurais cru, de sorte que j'ai pu fournir les 20,000 francs qu'on m'avait demandés, sans le bon.

J'espère que Randell viendra bientôt, et que l'affaire du dock recevra, enfin, une solution.

Je vous souhaite une bonne année, pleine d'excellentes affaires et de gros bénéfices.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

Turin, 12 février 1853.

J'ai donné l'ordre pour qu'on vous expédiât les 16 dessins de notre chemin de fer, que le brave Hambro a fait lithographier à Londres. J'espère que vous en serez content.

Les connaisseurs déclarent que c'est un travail fort remarquable. Hambro ne m'ayant pas fait savoir ce qu'il a payé au lithographe, je n'en ai pas encore fixé le prix. Lorsque je le saurai, je vous débiterai de leur valeur.

À propos de chemin de fer, vous vous rejouirez, comme moi, de voir la route ouverte jusqu'à Busalla (1). La course de Gênes n'est plus rien, puisqu'on peut la faire entre le déjeûner et le dîner. Je pense avec plaisir, que si j'avais besoin de causer avec vous, le voyage de Turin ne vous incommoderait pas trop.

Vous avez raison de dire que les événements politiques contrarient singulièrement la négociation de l'emprunt. Lorsque j'ai demandé aux Chambres l'autorisation de le contracter, le 3 p. % français était à 86 et notre Hambro au pair. Maintenant, le 3 p. % est tombé de 7 francs à 79, et l'Anglo Sarde est au diable, et, aussi, Hambro, qui paraissait sûr de son fait à 70, parle maintenant, avec hésitation, de 65.

J'espère obtenir mieux de Rothschild, ou de Fould. Les derniers événements de Milan (2), loin de faire du tort à

(1) À 23 kilom. de Gênes, à l'embouchure du grand Tunnel des Giovi.

(2) Le 6 février 1853, avait eu lieu la fameuse tentative Mazzinienne de révolte contre l'Autriche, et le 13 février, le gouvernement autrichien lança un décret de séquestre sur les biens possédés en Lombardie et Venise, par les émigrés qui avaient été naturalisés citoyens Sardes.

8Q — Bbrt. Lettres de C. Cawmr.

notre crédit, me paraissent devoir lui être favorables, une fois qu'ils seront connus et appréciés. En effet, ils ont démontré, d'une manière évidente, que le parti révolutionnaire était impuissant, non pas à troubler le pays, mais à y produire le moindre trouble. Jamais Turin n'a été si calme que ces jours derniers, et je crois qu'il en a été de même à Gênes, vos réfugiés se sont tenus tranquilles et Buffa (1), qui avait pris toutes ses mesures, n'a pas eu à employer la moindre force pour les empêcher de faire des démonstrations.

Je vous prie d'insister sur ces faits, auprès de vos correspondants de Paris et surtout, auprès de Mrs Blanc et Mathieu, qui, soit dit en confidence, sont associés avec Fould.

Croyez à mes sentiments dévoués.

Camille de Càvour.

ccclvh.

16 février 1853.

Mon cher ami,

Je vous envoie, ci-joint, une lettre importante pour Monsieur F. d'A... de Naples. Je vous prie de l'envoyer à un de vos correspondants de cette ville, pour qu'il la fasse parvenir à son adresse. Je vous garantis qu'elle ne renferme rien de compromettant.

L'emprunt n'est pas conclu; si la loi avait été votée lorsque Rothschild était ici, peut-être l'affaire serait faite à des conditions avantageuses. Je ne sais dans quelles dispositions il sera à son retour. S'il ne me donne pas au delà et beaucoup, de 65, j'aurai recours à Hambro. Quoique, dans ce

(1) Alors intendant général à Gênes.

moment, ces pauvres Anglo-Sardes fassent assez triste fi-. cure, Hambro m'écrit toujours, qu'il pourrait les faire monter, mais qu'il s'en abstient, je ne comprends pas trop pourquoi.

La Banque ayant baissé le taux de l'intérêt sur les prêts sur dépôts de rente, cela produira peut-être, un bon effet sur nos cours.

Croyez-vous que des achats au comptant, pour un ou

deux millions, feraient un effet sensible ? Répondez-moi par

le retour du courrier.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

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