C. Cavour
Turin, 27 juillet 1855.
Mon cher ami,
Je vous remercie des deux lettres très intéressantes que vous m'avez écrites le 17 et le 20 de ce mois, ainsi que
(1) Le gouvernement sarde acheta alors, en Angleterre, trois vapeurs de la marine marchande, qu'il appela Dora, Tanaro et Varo, et il en loua deux de la compagnie Rubattino, le Lombardo et la Sardegna <Randaocio, Le Marinerie militari italiane% pag. 163).
de ce que vous avez fait à l'égard du chemin de fer Victor Emmanuel (1).
Puisque vous voulez bien continuer cette négociation, je vous serai fort obligé de vous rendre à l'Assemblée générale qui aura lieu à Chambéry. Vis-à-vis des Savoyards, vous aurez soin de ne pas laisser soupçonner que le gouvernement veuille céder sur la question de Culoz. H faut que l'initiative de la concession vienne de la Société, et qu'elle soit appuyée par les Savoyards, et spécialement par ceux de Chambéry.
A Odier même, vous ne parlerez que comme si vous vous étiez formé une opinion d'après ce que vous m'avez entendu dire.
Quant au fond, je crois indispensable la fusion des deux compagnies, et, ensuite, la concession immédiate de la jonction à Culoz, avec l'assurance que le gouvernement français concédera Saint-Génis dans un temps donné, ou dans de certaines circonstances.
Il faut agir avec la plus grande prudence, car Paleocapa tient beaucoup plus que moi, à Saint-Genis, et ce ne sera pas sans peine que je pourrai l'amener à accepter une transaction.
Lafitte, à ce qu'on m'assure, est hostile au projet de fusion, par rivalité avec Bartholony; tenez-vous envers lui sur la plus grande réserve.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.