C. de Cavotjr
(1) Mr de la Riie avait été chargé par le comte de Cavour, de voir, à Paris les directeurs du Chemin de fer de la Savoie et de tâcher <te les amener à s'engager à construire la ligne Saint-Genix-Lyon, pour satisfaire le vœu de la Savoie, et à fusionner avec la Compagnie Bartholony.
24 août 1855.
Mon cher ami,
Je vais tâcher de faire recueillir les documents relatifs à nos chemins de fer, que Hambro vous a demandés (1).
Si F occasion se présente de faire un emprunt à l'étranger, je serai charmé de recevoir les offres d'Hambro, auquel je suis resté très attaché, malgré ses petites manies. Vous pouvez lui en donner l'assurance formelle.
Ce que vous me dites de la demande de crédit que le chemin de fer de Cuneo a faite à Hambro, m'étonne fort, car ce chemin étant administré par Bolmida, ne devrait pas être embarrassé pour se procurer des fonds, s'il en avait besoin. En effet, Bolmida a encaissé ces jours, 2,000,000 pour compte de Rothschild, avec ordre de lui envoyer du Turin long. Quoiqu'il en soit, Hambro peut faire crédit à Cuneo, non seulement de 10 mille, mais de 100 mille livres sterlings, car ce chemin donne de très beaux produits, qui augmenteront encore dans de très fortes proportions. Les actionnaires retireront, cette année, le 7 p. °/0 pour le moins, et je ne serais pas étonné que, dans deux ans, ils retirassent le 10 p. %.
Quant à M , c'est un honnête et gentil garçon, qui,
après avoir gagné beaucoup d'argent, s'est trop engoué de la ligne de Ooni, dont il était directeur, et s'est, en conséquence, forcé les poches d'actions de cette ligne, au delà de ce que ses moyens lui auraient dû conseiller de faire,
(1) Mr Hambro paraît disposé à vous proposer de faire un second emprunt sur hypothèque des chemins de fer (Lettre de Mr de la Rue au comte de Cavour, 21 août 1855).
Malgré la baisse des actions, il est encore sur le bon; si elles remontent, comme il le pense, il sera riche, si elles restent au cours actuel, il sera pelé. Mais, même dans cette hypothèse, il mériterait un certain crédit , vu qu'il travaille maintenant, avec beaucoup de prudence. Cette année d'ailleurs, comme tous les marchands de soie, il doit gagner de l'argent.
Adieu, écrivez-moi de Paris.
Votre dévoué C. de Càvour.
Vous trouverez Bolmida à Paris, il vous mettra à part de ses projets de crédit mobilier.
Turin, 16 octobre 1855.
Mon cher ami,
Dans la négociation de notre convention avec l'Angleterre, il avait été convenu que les payements de l'emprunt que cette puissance consentait à nous faire, commenceraient à l'époque de la déclaration de guerre. Un changement de rédaction, fait à Londres, sans mauvaise volonté, a été cause que cette époque a été fixée après l'approbation de la convention par le Parlement. J'ai consenti à ce changement, pareeque Hudson m'assurait que l'acte en question passerait sans difficultés. Malheureusement, une foule de petites contrariétés ont retardé l'échange des ratifications, et l'acte qui les sanctionnait, par suite de l'interruption des séances du parlement, à cause des vacances de Pâques, n'a passé que le premier mai. Il s'en suit qu'au lieu de recevoir 500,000 livres sterlings le premier février, je ne les recevrai que le premier mai.
Ce retard me contrariant beaucoup, j'ai réclamé auprès du gouvernement anglais, qui s'est empressé de me répondre
qu'il était prêt à présenter au Parlement une loi pouf faire changer, selon mes désirs, les époques de payement de notre emprunt, si je n'aimais mieux laisser les choses telles qu'elles étaient, en recevant en payement, dans le mois de janvier, des traites payables le premier mai. Cette seconde alternative me paraît infiniment plus convenable, mais, comme j'ai besoin d'argent en décembre, si je l'accepte, il me faudrait pouvoir compter sur le concours d'une maison de Londres pour une anticipation de fonds.
Je suis persuadé que les Rothschild de Londres, que j'ai trouvés toujours très coulants, seraient très disposés à prendre des arrangements à cet égard, mais j'ai pensé que cette opération pouvait être faite, plus avantageusement pour le trésor, par Hambro, avec votre concours.
Je vais vous faire connaître mon idée, afin que vous la communiquiez à Hambro, si vous le jugez convenable.
Hambro s'engagerait à accepter des traites que vous tireriez sur lui à l'ordre du trésor sarde, payables du 1er au 15 février, et le trésor s'engagerait à couvrir Hambro, avant leur échéance, au moyen des traites payables au premier mai* faites en sa faveur par le ministre des finances d'Angleterre.
Cette opération, qui ne présente pas le plus petit danger et n'exige pas le moindre débours, peut vous procurer un assez joli bénéfice.
Si vous croyez qu'Hambro accepte, moyennant une commission de banque, écrivez-lui sur le champ. Vous pouvez ajouter qu'Azeglio (1), au besoin, lui fournira tous les renseignements qu'il pourra désirer sur cette affaire.
Comme il est nécessaire que je prenne mes mesures pouf assurer le service du trésor, sans délai, vous m'obligerez en ne perdant pas une minute pour écrire à Hambro.
Croyez à ma sincère amitié.
C< de Càvouiu
(1) Ambassadeur du royaume de Sardaigne à Londres.
Mon cher ami,
Tarin, 25 octobre 1855.
J'ai reçu, hier au soir, très tard, la dépêche suivante, d' Azeglio :
« Arrangé l'affaire Hambro. Gouvernement anglais a effets date 1er novembre six mois ».
Je pense que cela veut dire qu'Hainbro, pour accepter des traites, aura demandé d'avoir entre les mains les pagherb du gouvernement anglais, et que celui-ci y aura consenti. Au reste, les lettres d'Hambro et d' Azeglio, qui ne peuvent se faire attendre, nous expliqueront ce que cette dépêche a d'obscur.
Bolmida a prolongé son séjour à Paris, pour voir fonctionner le métier électrique. Le télégraphe nous ayant appris, hier, qu'il fonctionnait avec succès, je pense qu'il va se mettre en route.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.
Camille de Cavotjr.
Tnrin, 29 octobre 1855.
Je viens de recevoir une longue lettre du brave Hambro, qui me rend compte des arrangements qu'il a pris avec Azeglio. D'après ce qu'il me dit, tout serait convenu, sur les bases suivantes:
1°) Azeglio remettrait à Hambro, après les avoir endossées, les traites au premier mai qu'il retirera du chancelier de l'échiquier ;
2°) Vous tirerez sur Hambro, à Tordre du trésor, des traites à trois mois, dont l'échéance sera réglée du 1er février au premier mars;
3°) Hambro sera autorisé à se couvrir de ses avances, en négociant au mieux, toutes les fois qu'il sera à découvert, les traites sur le trésor anglais.
Reste à fixer la commission. Ne devant faire aucune avance, et ayant entre les mains des contre-valeurs qui équivalent à du numéraire, elle doit nécessairement être modique. S'il en était autrement, mes ennemis, et j'en ai beaucoup, me critiqueraient amèrement.
Je vous prie, par conséquent, de vous contenter de */ê9 sacrifiez f/« sur l'autel de la patrie.
Ce n'est pas la somme qui est importante, c'est l'effet moral. Je suis persuadé qu'Hambro ne vous désavouera pas.
Dès que je saurai votre réponse, j'écrirai à votre maison et à Hambro, une lettre qui réglera l'affaire d'une manière définitive.
J'espère que la Banque n'aura pas fait de nouvelles sottises, et qu'elle continue à donner des pièces de 20 fr. à tous ceux qui en demandent. De votre côté, je vous supplie d'user de toute votre influence pour faciliter les opérations. Notre crédit est intimement lié à celui de la Banque. Le commerce de Turin, surtout, ne peut pas se passer de son appui. Si celui-ci venait à lui manquer, il s'en suivrait des conséquences déplorables.
Le départ du Roi (1) est fixé, d'une manière définitive, pour le 20 du mois prochain. Il s'embarquera à Gênes.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.