C. de Cavour
Mon cher cvmi,
Tarin, 24 octobre 1857.
J'ai fort regretté de ne m'être pas trouvé à Turin, lorsque vous m'avez apporté le cahier des charges du Dock, que vous avez fait rédiger. Je l'ai examiné avec attention, je ne puis encore porter sur son mérite un jugement définitif, n'ayant pas encore reçu celui que la commission nommée par le ministère, prépare. Toutefois, je le trouve très bien fait, et je le considère comme pouvant servir de base à une négociation entre la compagnie et le ministère. J'ignore si Prost nous ferait de meilleures conditions ; pour mon compte, je préfère traiter avec vous qu'avec lui, mais
(1) Le duc De Ferrari de Galliera.
je ne pourrais pas l'évincer s'il ne demandait pas de garantie d'intérêt, ou s'il se contente d'une concession moins longue que celle que vous réclamez.
Je serais charmé de causer avec vous de cette affaire, qui est maintenant celle qui me tient le plus au cœur.
Les inondations ont fait bien du mal. Cependant elles ont été moins désastreuses que celles de 1839. Les cléricaux ne diront pas moins, que c'est un avertissement du Ciel, à l'époque des élections (1).
A propos d'élections, les libéraux modérés de Gênes avaient pensé à Lodovico Pallavicini; mais on prétend qu'il refusera toute candidature. En agissant de la sorte, Gênes continuera à être représentée par des rouges et des noirs, ne valant guère mieux les uns que les autres. Je le regrette infiniment, car, sans être génois, je déplore, autant que puisse le faire le municipal le plus encroûté, que cette ville perde toute autorité morale, dans le pays et à l'étranger.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.
Camille de Cavour.
(1) La Chambre des députés, élue en 1853, était arrivée an terme de son mandat. Le décret qni la dissolvait, parut le 25 octobre et les élections furent fixées au 15 novembre. — La lutte fut des pins vives, les candidats du ministère eurent beaucoup de peine à réussir et la droite triompha. Deux ministres furent en ballottage (Rattazzi et Lanza). Lamarmora échoua dans son ancien collège de Pancalieri, et n'aurait pu entrer au Parlement, s'il n'avait été élu à Biella. Cavonr, lui-même, n'obtint qu'une faible majorité dans le premier collège de Turin.
16 décembre 1857.
Mon cher amiy
La commission a achevé son travail, elle vient de me le remettre. Si vous venez à Turin, je vous le communiquerai, et nous le discuterons ensemble. Quelques clauses au cahier des charges, sont trop dures, je suis tout disposé à Tadoucir.
Ayant connu ici Giacomin Parodi (1), j'en ai été assez content. Il me paraît moins encroûté que je ne le pensais. Je crois que si vous vous l'associez, cela ferait bon effet. Quoique mon adversaire politique, si vous lui dites que je désire vivement que son nom figure parmi les promoteurs du Dock, il est probable que cela le flatte.
J'espère que vous aurez été content du discours de la Couronne. Vous l'aurez été certainement, de la manière dont le Roi l'a prononcé. Il a su faire comprendre que jamais il ne céderait à la réaction (2). Les codini ont la queue antre les jambes ; ils se sont mis à me faire la cour, d'une étrange façon. Je ne désespère pas de les apprivoiser.
Croyez, mon cher Emile, à ma sincère amitié.