C. de Cavour
15 novembre 1855.
Mon cher ami,
Je vous remercie du sacrifice que vous avez fait, en vous abstenant de proposer des amendements à la Banque de Sardaigne. Les billets de 30 francs sont un non-sens, ceux de 20 francs sont limités à une somme insignifiante.
J'attends Bombrini, pour tacher de le persuader d'adhérer à la proposition du Conseil de Turin, de ne plus donner des mutte (1). J'espère le convaincre.
Le change a beaucoup diminué à Turin. Avant la fin de l'année, on rapportera à la Banque les 20 francs qu'on en a retirés.
Vos observations sur l'emprunt seraient sans réplique, si l'emprunt pouvait se faire du soir au lendemain. Mais, avec deux Chambres, il faut compter sur un délai de deux et même trois mois, pour faire passer la loi d'emprunt. La dernière fois, les lenteurs du Sénat nous ont coûté plusieurs millions.
Je pars mardi prochain (2); si vous avez quelque chose
(1) Anciennes pièces de 8 sous (40 centimes) en usage dans les États sardes
(2) Pour Paris et Londres, où il allait accompagner le Roi en qualité de ministre.
à me mander, écrivez-moi à Paris, sous le couvert de l'ambassadeur de Sardaigne.
Adieu, j'emporte les dessins, dont vous voulez faire présent à votre sœur. Envoyez-moi son adresse, je me rappelle la rue, mais j'ai oublié le numéro.
Votre dévoué Camille de Cavour.
ccccxm.
18 novembre 1855.
Mon cher arni,
Je viens vous dire encore adieu, avant de partir. Après mon départ, vous correspondrez avec Santa Eosa (1). Yous pouvez vous adresser à lui, confidentiellement, comme à moi.
Bombrini m'a paru convaincu de la nécessité de suivre mes conseils, soit par rapport au billon, soit pour ce qui regarde la monnaie. Aidez-le à travailler l'opinion à Gênes dans ce sens.
Ayant opéré une rentrée , sur laquelle je ne comptais pas du tout, je me trouve en fonds et n'aurai pas besoin de recourir à votre obligeance pendant mon absence. Ce sera pour une autre occasion.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
(1) Le comte Teodoro Derossi di Santa Eosa, alors directeur général du trésor.
ccccxrv.
Turin, 17 décembre 1855.
Mon cher ami,
Je n'ai pas encore eu le temps de vous remercier de la lettre que vous m'avez adressée, à mon retour de Paris. Les résultats du voyage que nous avons achevé, sont favorables, sous tous les rapports. Le moins essentiel, à mes jeux, n'est pas celui d'avoir convaincu le Eoi du cas qu'on faisait de sa personne, en France et en Angleterre, malgré les efforts de nos rétrogrades pour le déconsidérer. Ce voyage a raffermi le système constitutionnel ; il équivaut à dix ans de vie.
J'ai vu le bon Hambro, et nous nous sommes traités comme de vieux amis. Il m'a parlé fort convenablement de Rothschild, avec lequel j'ai eu le plaisir de faire deux fois le trajet de Paris à la mer.
J'ai beaucoup vu Perreire. C'est un homme étonnamment habile. Il a plus d'esprit que tons les banquiers de Paris réunis. Je pense que son action chez nous, peut être utile ; il s'agit seulement de savoir la dominer.
Je suis certain qu'il ferait notre Dock, qu'il canaliserait le Pô et coloniserait la Sardaigne. Bolmida hésite un peu, par suite des liens qui l'attachent à Rothschild. En attendant, j'ai fini avec Lafitte. Il fera le chemin jusqu'à Modane, d'un côté, Culoz et Annecy, de l'autre. La Savoie devrait être contente ; mais cela ne l'empêche pas de crier contre moi.
J'espère que ces messieurs de la Banque reconnaissent que j'avais raison de les forcer à adopter les payements en or. Ils seront maintenant disposés à se charger de la mon-
naie. Il faut toujours que je les force à faire de bonnes affaires.
Je crois pouvoir vous annoncer que vous aurez Jaillet à Gênes, au premier janvier.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
24 décembre 1855.
Mon cher ami,
Je viens réclamer de votre amitié un service en faveur d'un établissement, qui, malgré bien de fautes, a cependant rendu des services à la Sardaigne. Il s'agit de la Société Victor Emmanuel, qui a desséché l'étang de Santury en Sardaigne. Cette Société, après avoir absorbé de grands capitaux, a emprunté, en 1851, 500,000 au marquis Pallavicini, avec lequel, je crois, vous êtes très lié.
H paraît que, malgré cet emprunt et de nouveaux versements faits par les actionnaires , la Société est encore dans une position embarrassée, et ne peut satisfaire à ses engagements envers le marquis C. Pallavicini. Celui-ci, voulant user de son droit, a déclaré vouloir recourir aux tribunaux, ce qui serait la ruine de la Société.
Dans cet état de choses, un capitaliste, homme d'affaires en même temps, que j'ai connu avantageusement, Mr Perret de Lyon, s'est adressé à moi et m'a écrit la lettre ci-jointe, afin que je m'intéressasse à la Société et lui obtinse un sursis de Mr Pallavicini. Je n'ai aucun titre pour me mêler de ses affaires particulières, mais je pense qu'il ne trouvera pas mauvais que, par votre entremise, je le prie d'adopter le parti suivant, qui ne compromettrait pas ses intérêts et
sauverait, peut-être, la Compagnie: ce serait d'accorder à celle-ci un délai d'un mois, à condition que dans l'intervalle, Air Perret se rendra à Gênes pour traiter avec lui. D'après ce que j'ai appris sur le compte de ce dernier, jô crois que s'il se mêle de cette affaire, c'est qu'il a les moyens de la mener à bien.
Dans le cas où la Société, malgré les efforts de Mr Perret, serait forcée de liquider, alors elle pourrait charger de ce soin la Société que Bolmida et vous êtes en train de fonder pour coloniser la Sardaigne sur une grande échelle.
Je pense qu'on est très anxieux à Gênes, de savoir comment tourneront les nouvelles négociations. Je n'en sais pas plus que le public. À Paris, on ne parle que de paix, tandis qu'à Londres on est plus belliqueux que jamais.
Pendant votre absence, votre maison m'avait parlé de la
possibilité de vendre nos actions du gaz; il paraît que cette
chance heureuse s'est évanouie, car je n'en ai plus entendu
parler.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
25 décembre 1855.
Mon cher ami,
Je vous ai écrit, de mon côté, au sujet de la Société V. E, en Sardaigne. Ne faites rien et conseillez au marquis Gigi Pallavicini de ne rien faire, sans l'intervention personnelle de Mr Perret.
Bolmida a envoyé un ultimatum à Rothschild; demain la réponse doit arriver.
Adieu.
Votre dévoué Camille de Cavour.
ccccxvn.
21 janvier 1856.
La maison F. Rignon et Gomp. (1), qui a rendu d'immenses services à l'industrie séricole, s'est décidée à envoyer un de ses agents à Brassa, pour y exploiter une filature du gouvernement turc. Elle m'a prié de lui faire ouvrir un crédit à Constantinople, par une maison de Gênes qui lui gardât un secret absolu.
Je n'ai pas cru devoir lui refuser ce service, et, par conséquent, je leur remets cette lettre pour vous, en vous priant de leur ouvrir, sous ma responsabilité, un crédit de 25,000 francs, dans la personne de Mr Louis Canfari, leur mandataire.
Les Rignon sont des plus habiles et des plus honorables industriels du pays. Us ont déjà gagné, et sont en train de gagner beaucoup d'argent. Je suis certain que vous n'aurez qu'à vous louer de vos rapports d'affaires avec eux.
Votre dévoué Camille de Cayottc.
CCCCXVIII.
27 janvier 1856.
Mon cher ami.
Je vous remercie de ce que vous ferez pour Mrs Bignon, qui, par leur zèle, leur activité et leur intelligence, ont bien mérité du pays. Cette maison , sans être encore très riche, est en voie de s'enrichir, car elle est parvenue à accréditer ses produits sur le marché de Londres, d'une
(1) Banquiers et négociants de soie, à Tarin.
manière toute particulière. En effet, ses marques obtiennent couramment 3 à 4 francs par K., de plus que les marques des autres mouliniers. Cette année cette maison gagne beaucoup. Elle jouit d'un crédit considérable. Lorsqu'elle a tiré sur ses correspondants de Londres et de Lyon, elle place facilement des sommes considérables. Bolmida leur prend, sans hésiter, jusqu'à 400 mille. Les finances en font autant. A l'époque de la récolte, j'ai même été jusqu'à 600 mille francs.
Quant à G., ce n'est rien, financièrement parlant. Ce sont •des habiles mouliniers qui travaillent avec les fonds des Bignon. Ils ne sont pas établis depuis longtemps, pour avoir gagné des sommes considérables.
Tosco ira, la semaine prochaine, pour acheter ma provision de guano et en soigner l'expédition. Je le recommande 4 vos bontés.
La Chambre de commerce de Gênes se plaint amèrement de ce que les banquiers ne veulent pas aller à la Bourse qu'on vient d'ouvrir (1). Pourquoi cette opposition à une mesure qui me paraît éminemment utile? Je vous prie de tâcher de la faire disparaître. Entraînez vos amis à la Bourse, les autres vous suivront.
Nous travaillons ferme, à l'affaire de la Sardaigne, avec Bolmida ; j'espère que nous viendrons à bout de faire quelque •chose d'utile pour les actionnaires et pour la Sardaigne.
Le Londres est devenu bien cher. En avez- vous ? A quel prix pourriez-vous en céder aux finances ?
Adieu.
Votre dévoué Camille de Cavour.
(I) Les banquiers de Gênes se réunissaient, depuis fort longtemps, •dans une salle du palais délie Compère (ancienne Banque de S. Georges) -et avaient peine à y renoncer pour aller à la nouvelle Bourse, ouverte dans la loge de piazza Banchi.
30 janTi©r 185&
Mon cher ami.
Votre Londres est trop cher ; j'en ai trouvé hier à 25,25, à un mois, ce qu'il m'en fallait pour me mettre en règle avec Hambro.
D. est un blagueur. A force de me tourmenter, j'ai fait examiner son projet de Mandraccio, par des hommes techniques. Ceux-ci ayant déclaré qu'il pouvait s'exécuter sans graves inconvénients, j'ai répondu à D. que, tout en maintenant mon opinion sur le projet Bandell, si personne ne se présentait pour l'exécuter et que lui eût une Compagnie sérieuse prête à entreprendre les travaux du Mandraccio, je prendrais sa demande en considération. Je suis tellement persuadé de la nécessité d'un Dock à Gênes, que le premier venu aura de grandes chances de m' attendrir.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.
Camille de Càvour.
10 février 1856.
Mon cher ami,
Bolmida est très disposé à entrer dans l'affaire du Dock Randell, soit personnellement, soit dans l'intérêt du Crédit mobilier. Je ne vois pas d'inconvénients à ce que Bombrini y prenne part, comme il participe à toutes les affaires qui se font à Gênes.
Je pars jeudi pour Paris (1), bien à contre-cœur. Je ne sais trop comment j'y serai reçu. La France est en coquetterie avec l'Autriche. Walewsky est sous l'influence de Hûbner, qui nous fait une guerre à mort. L'Angleterre nous donne de belles paroles; mais voudra-t-elle prendre fait et cause pour nous? Je le croirais si Palmerston était son représentant , mais Clarendon ne nous est guère favorable.
Quoiqu'il en soit, j'espère que nous nous en tirerons, sinon avec avantage, du moins avec honneur. Je suis bien décidé à me retirer si on me marchande notre participation.
Je vous indiquerai mon adresse ; si vous aviez à m'écrire de suite, envoyez votre lettre.
Mille amitiés.
CaJOLLE DE CiVOUR.
Mon cher ami.
14 mars 1856.
Je ne saurais vous faire une réponse précise à ce que vous me demandez par votre lettre du 9 courant , car je n'en saisis pas bien la portée. S'il s'agit seulement de la création, pour le moment, d'une portion de Dock, je crois que vous pouvez l'obtenir, pourvu que l'époque où le projet
(1) En qualité de représentant du Piémont an Congrès de Paris. Mas- 8Îmo d'Azeglio avait d'abord été chargé de cette mission , mais il y renonça, à la snite de quelques petits froissements et ne jugeant pas qne sa position y serait assez nette. Cavour en fnt alors chargé « bien décidé à ne pas intervenir au Congrès, si nous ne sommes pas admis à discuter tout ce qui peut nous intéresser, soit politiquement, soit matériellement » (Lettre du comte de Cavour au marquis E. d'Azeglio, 9 février 1856); et l'on sait avec quelle fermeté et quelle habileté il remplit cette mission délicate.
complet devrait être achevé, fût déterminée d'une manière absolue. Mettez-vous en mesure d'agir promptement, car, une fois la paix signée, et elle le sera certainement , les Compagnies surgiront de tous les côtés.
La paix est venue trop tôt pour nous; elle nous fait perdre de belles chances. Patience!
Je suis très fatigué des affaires et du monde, et un peu dégoûté de la politique. Je ne sais si j'aurai le courage et les forces nécessaires pour continuer k supporter le fardeau des affaires. Tant travailler pour obtenir de si maigres résultats, c'est peu encourageant.
Comptez sur la paix, pour Pâques ou le dimanche in
Albis.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
CCCCXXIL
(Paris?) 23 mars 1856.
Mon cher ami,
A l'état actuel des choses, je n'hésiterais pas à me prononcer pour le projet Randell ; mais vous concevez que je ne puis m'engager d'une manière définitive, ne sachant pas ce qu'on pourra nous proposer d'ici à quelques mois.
Toutefois, comme vous êtes et serez la seule Compagnie nationale sérieuse , comme vous serez les seuls qui ayent un plan définitif, comme vous aurez pour vous l'appui du premier ingénieur de l'Europe, je pense qu'il y a dix contre un à parier que vous obtiendrez la préférance. Hâtez-vous donc; c'est le meilleur moyen de réussir.
La paix ne tardera pas à être signée. Mais, comme tout le monde ici y compte depuis longtemps, elle ne produira probablement pas un très grand effet.
Camille de Cavour.
ccccxxm.
Turin, 3 juin 1856.
Mon cher ami,
Je suis satisfait de la vente de mes actions du gaz.
J'ai adhéré aux demandes d'Oneto (1), qui tendent à dotef Gênes d'une grande institution de crédit, qui pourra faire beaucoup de bien, si elle étend ses opérations dans toutes les villes où la banque a des succursales.
Je serai charmé de voir votre beau-frère, à son passage } je le prierai, probablement, de porter des lettres à Paris et à Londres.
Vous avez bien fait de ne pis commanditer B*, non que l'affaire en elle-même soit mauvaise, mais, parce que les entreprises agricoles ne sont pas de nature à convenir à des Sociétés anonymes.
Croyez à mes sentiments affectueux.
Camille de Cavour*
(1) François Oneto de Gênes (député de Kecco en 1848). Il s'agissait de rétablissement de la Caisse d'escompte de Gênes. — m II signor Oneto di Genova mi ha scritto che il grande banchiere Parodi, scuotendo al fine la sua inerzia, stava per costituire una Cassa di sconto, per mezzo di nna Società anonima. È un buon indizio, giacchô è il banchiere il pin ricco, il più timido e sinora il più ostile al Governo ohe vi esista nello Stato. Ho risposto ad Oneto eccitandolo a presentare la sua domanda il più presto possibile » (Lettre du comte de Cavour au comm. G. Lanza, ministre intérinaire des finances, en date de Paris 30 mars 1856. Chfala, II, p. 422).
CCCCXXIV.
17 août 1856.
Mon cher ami,
Ayant besoin de Londres pour couvrir Hambro, Sainte- Rose a chargé Bombrini de lui en acheter. Celui-ci, jusqu'à présent, n'a rien fait, sous le prétexte qu'il n'en trouve pas. Je viens, en conséquence, m'adresser à vous, en vous priant de me dire si vous pourriez vous charger de fournir au trésor, d'ici k la fin du mois, de 15 à 25 mille livres sterlings, et à quelles conditions.
Tenez, je vous prie, cette communication secrète.
J'espère que votre nouvelle caisse d'escompte va bientôt fonctionner. Je vous recommande de ne pas être trop sévère dans l'acceptation du papier. Une caisse d'escompte ne doit pas être aussi rigoureuse qu'une Banque de circulation.
On m'écrit que les écus ont un agio à Marseille. Aussi la Banque est revenue au change en or.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
10 octobre 1856.
J'ai été fort affligé du triste événement que vous m'avez communiqué (1), N'auriez-vous pas pu l'éviter, en laissant tout votre argent à la Banque, ou au comptoir?
(1) Le caissier de Mr De la Rue s'était enfui, emportant une forte pomme de sa caisse, environ 300,000 francs.
Je vous remercie de la proposition que vous me faites de faire passer votre beau-frère par Turin, en revenant de Londres et Paris. Je n'en profiterai pas, car je ne reçois déjà que trop de courriers. La politique se complique chaque jour, au point que je ne sais plus comment m'en tirer. Je suis sur les dents. D'autant plus que je suis privé de Salraour (1), qui est allé à Gênes se loger sous le même toit que vous.
Je viens vous demander si vous voulez me céder de 15 à 25 mille livres sterlings, d'ici à la fin du mois, et à quelles conditions.
L'argent, rare à Turin, est très abondant dans les provinces. Depuis que j'ai relevé le taux des bons du trésor on m'en demande de tous les côtés.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
CCCCXXVI.
Turin, 25 novembre 1856.
Mon cher ami,
Je m'empresse de répondre à votre lettre du 24 courant, qui en renfermait une de Hambro du 20.
Je n'ai jamais songé à négocier un emprunt, en cachette, avec Rothschild et le crédit mobilier. Ce serait un mode d'agir qui serait sévèrement, et avec raison, blâmé par le pays. Je n'ai pas besoin d'argent, pour le moment, les recettes ordinaires et les bons du trésor suffisent pour maintenir les caisses de l'État dans V abondance. Toutefois, comme il est prudent de prévoir les éventualités écono-
(1) Le comte Roger Gabaleone de Salmour, ami de jeunesse du comte de Cavour, secrétaire général au ministère des finances , puis au ministère des affaires étrangères et ensuite ministre plénipotentiaire à Naples, où il resta jusqu'en 1859.
33 — BfciRT. Lettres de C. Cavour.
iniques et politiques de l'avenir, je ne renonce pas à mon projet d'emprunt, surtout si je puis le relier au percement du Mont-Cenis.
Je travaille au budget de 1858. J'ai l'espoir qu'il se soldera sans déficit. C'est-à-dire que l'on soldera avec les ressources de l'année, toutes les dépenses ordinaires et extraordinaires, sauf l'amortissement. Un tel résultat devrait faire remonter la rente.
Lorsque vous m'écrirez, ajoutez sur l'adresse, particulière et réservée, afin que vos lettres ne soient pas ouvertes dans les bureaux.
Mille amitiés. Camille de Cavoue.
CCCCXXVII.
, 14 décembre 1856.
Mon cher Emile,
Je regrette qu'une indisposition m'ait privé du plaisir de vous voir cette semaine. Bien que je ne compte pas traiter l'emprunt, pour le moment, je serai charmé de causer avec vous. Je vous montrerai le projet de budget de 1858, les résultats vous satisferont. Si les circonstances sont favorables, nous serons en parfait équilibre, non seulement pour ce qui a trait au budget ordinaire, mais encore au budget extraordinaire, les chemins de fer exceptés.
On va commencer les expériences Grattoni SommeU- 1er (1) ; si, comme je n'en doute pas, elles réussissent, vous aurez ma visite bientôt.
Croyez, mon cher ami, à mon sincère dévouement.
Camille de Cavour.
Mon neveu, Àynard, ira vous voir à son passage à Gênes pour Florence. Veuillez le munir de lettres de recommandation et de crédit.
(1) A San Pier d'Arena, près de Gênes.
ccccxxvm.
6 janvier 1857.
Mon cher ami.
J'ai reçu une lettre du fils de Rendell, je vous en envoie copie, vous me direz ce que vous pensez de lui.
Je pense toujours au Dock. Les diatribes des journaux rouges et noirs ne m'émeuvent nullement, et, si l'avis de la commission qui délibère dans ce moment, est favorable à la cession de la Darse, nous proposerons le transport de la Marine, à la Spezia, coûte que coûte.
Vous aurez été peiné de la triste fin de Bolmida. Je le regrette sincèrement, bien que, dans les derniers temps, il eût agi envers moi, comme quelqu'un à qui la reconnaissance pèse.
Demain, le Roi prononcera le discours d'ouverture (1). Il annoncera le rétablissement de l'équilibre. Je vous garantis l'exactitude de mes prévisions.
Adieu, mon cher ami, conservez-moi pendant cette année et celles qui suivront, votre précieux attachement.
Camille de Càvour.
(1) IIIe session de la Ve législature.
CCCCXXIX.
janvier 1857.
Mon cher ami.
Je ne m'arrêterai à Gênes, qu'à mon retour de Nice (1), dans l'espoir de pouvoir assister à quelques expériences décisives du système Grattoni-Soinmeiller. Nous parlerons de l'affaire des Docks.
Je vous enverrai une copie du budget 1858. Pour le moment, nous n'avons aucun besoin d'argent, les bons du trésor deviennent tous les jours plus nombreux.
À la hâte, mille amitiés.
Camille de Cavour.
4 février 1857.
Mon cher ami,
Je ne me suis pas arrêté à Gênes, parceque Sommeiller m'a engagé k attendre une quinzaine de jours, avant d'aller
(1) Le comte de Cavour se rendit à Nice, le 20 janvier, pour y accompagner le Roi, qui allait y faire visite à S. M. l'Impératrice de Russie, veuve de l'Empereur Nicolas, qui y passait l'hiver. Comme on le sait Victor Emmanuel aimait fort peu l'étiquette et les fêtes officielles, et le comte de Cavour, pour lui tenir compte du sacrifice qu'il faisait en se prêtant à cette visite qui ne lui souriait çuères, accorda au Roi d'envoyer le vapeur Malfatano prendre en Egypte 10 chevaux que le viceroi lui avait donnés. « Je lui ai accordé ce caprice (écrit le comte de u Cavour au ministre Lamarmora) pour ne pas le contrarier, car il était u de fort mauvaise humeur et il en pouvait résulter de graves incon- « vénients pendant son séjour à Nice, et je crois que j'ai bien fait, car m jamais le Roi ne s'est mieux comporté, soit avec la cour de Russie, u soit avec les gens du pays ». (Chiala, II, p. 468-469).
visiter le lieu des expériences. Si j'avais passé 24 heures dans votre ville, sans aller à San Pier d'Arena, cela aurait produit un mauvais effet. J'espère y retourner la semaine prochaine. Sommeiller (1), Grattoni (2) et Ranco (3) sont, oltre modo sanguine. Dieu veuille que le fait réponde à leurs espérances et aux miennes. Quant au Dock, je ne peux rien vous dire, tant que je ne connais pas le résultat du travail de la commission, c'est Rua qui le rédige. Il ne pouvait être confié à un homme plus consciencieux, ni plus capable.
Veuillez me dire si je puis compter sur vous, pour le guano que je vais acheter ; il s'agit de 20 à 30 mille francs.
Adieu, mon cher, croyez à mon dévouement bien sincère.
Camille de Cavotjr.
CCCCXXXL
28 mars 1857.
Mon cher Emile,
Je vous prie d'écrire, sur le champ, à Mr Ctoldsmith de Frankfort, pour avoir des informations* sur Mrs Neumann
(1) Lettre CCCIV.
(2) Severino Grattoni, né a Voghera en 1816, mort à Turin en 1876. ingénieur distingué, plusieurs fois député au Parlement, ami de Cavour, quoiqu'il ne fût pas toujours d'accord avec lui ; écrivait dans la Concerna; connu surtout par la part active qu'il prit aux travaux du ilont-Cenis, fut compromis dans la triste affaire des chemins de fer méridionaux, mais déclaré pur de toute tâche, par la commission d'enquête nommée par le Parlement.
(S) Louis Banco, né à Asti en 1815, ingénieur de grand mérite, surtout en matière de chemins de fer. On lui doit la ligne de Turin à Gênes, avec le grand tunnel qui traverse l'Apennin aux Oiovi, et il eut une large part dans les études et les travaux du Mont-Cenis ; il collabora en 1847, avec Buffa et Mamiani, à la Lega Italiana et siégea pendant plusieurs années, au Parlement, où son opinion faisait autorité dans les questions de chemins de fer.
fils, n. 88 Kopfer, de Mannheim, qui font dans les tabacs, et quelle somme on peut leur avancer sur des tabacs achetés pour le compte de la Régie.
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
CCCCXXXIL
15 mars 1857.
Mon cher arni.
Je suis désolé de ne pas être en état de vous donner une réponse satisfaisante sur la question des Docks; mais il m'a été impossible d'avoir à ma disposition, jusqu'ici, le rapport de la Commission et le projet de Bicci. PaJeocapa, comme de raison, veut les examiner avant de me les remettre. Or il n'a pas encore pu le faire, soit à cause des nombreuses et importantes affaires dont il a eu à s'occuper ces jours-ci, soit parceque le chef des travaux maritimes, Mr l'ingénieur Biancheri (1), est malade.
Dès que Paleocapa m'aura remis les documents ci-dessus, je vous prierai de faire une course à Turin, pour examiner ensemble ce qu'il y a de mieux à faire (2).
(1) L'ingénieur Joseph Bianchieri, député du Collège d'Oneglia, promu le 30 juin 1870 inspecteur de 1" classe dans le Génie civil.
(2) Déjà en 1849, le gouvernement de Turin avait décidé de transporter de Gênes a la Spezia l'arsenal maritime, mais avait dû renoncer a ce projet, faute d'argent. (Randàcceo, La marinerie itaîianne. p. 165). — À la fin d'avril 1857, Cavour, d'accord avec Lamarmora, alors ministre de la guerre et de la marine, soumit au Parlement un projet de loi pour transporter a la Spezia la marine militaire et y construire un arsenal, projet qui devait entraîner une dépense de 10 millions. — Les députés de Gênes s'y opposèrent vivement, mais Cavonr, dans un brillant discours, prouva que la construction de docks dans cette ville, compenserait largement la perte qu'elle ferait de l'arsenal maritime, et la loi fut votée à une forte majorité.
Bombrini m'a annoncé que la Caisse générale avait l'intention d'établir, ou, du moins, de favoriser l'établissement de succursales en province. Je vous engage à favoriser ce projet, qui donnera d'excellents résultats. J'en suis tellement convaincu que, pour le comptoir de Verceil, je serais très disposé à souscrire pour mon compte 500 actions. Mon nom ne peut paraître, bien que je ne cacherai pas ma participation, dans une affaire qui sera d'une utilité immense pour la province à laquelle je porte un intérêt tout spécial.
Mon cousin, Auguste De la Rive, doit arriver à Gênes lundi prochain, je vous prie de lui faire remettre la lettre ci-jointe.
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
Je vous préviens que j'ai fourni sur Hambro, une petite traite de L. st. 15 et quelques shillings, que je vous prie de porter sur votre compte.
CCCCXXXIIL
Mon cher ami.
Soyez sans inquiétude sur l'extension à donner au projet du Dock. Cette entreprise doit demeurer entièrement distincte des établissements maritimes, auxquels une grande partie de la Darse sera consacrée.
Vous avez des concurrents, à ce qu'il paraît. Mr Prost (1) prétend être en mesure d'exécuter ce projet, mais j'espère que vous ferez mieux que lui.
(1) Ingénieur anglais, qui avait présenté an projet pour les Docks de Gênes.
Quant aux comptoirs provinciaux, je pense qu'il faut que les gens soient intéressés à leur bonne administration, qui exige une surveillance beaucoup plus active que pour le comptoir de la Banque. Un comptoir d'escompte devant être moins prudent qu'une Banque de circulation, le succès de ses opérations dépend de l'intelligence et de la perspicacité de ceux qui le dirigent. Toutefois, si on peut compter sur d'habiles directeurs, des succursales peuvent prospérer autant que des établissements indépendants.
Ce que je désire ardemment, c'est que ces institutions se propagent. Elles sont appelées à faire un bien immense au commerce et même à l'agriculture. Je désire surtout, qu'on commence par Verceil, où le terrain est mieux préparé qu'ailleurs, et où il en existerait un, depuis longtemps, si ces maudits juifs ne se fussent coalisés pour l'empêcher.
Ils exploitent maintenant, la banque et exercent un commerce de réescompte des plus lucratifs.
Je n'ai aucune envie de m'en mêler, je ne l'aurais fait qu'autant que c'eût été nécessaire pour faire réussir un projet, qui n'est que le complément des institutions dont j'ai contribué à doter une province qui m'est chère.
Bombrini s'en retourne avec les honneurs de la Présidence du Mobilier. Gênes doit reconnaître que les Turinois ne sont ni municipaux, ni exclusifs.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
PS. Hier au soir, en ouvrant le Galignanis, j'ai lu avec horreur « Hambro gênerai merchant, failli ». Heureusement que le nom de baptême m'a rassuré. Dites-moi si le failli est parent de notre ami.
CCCCXXXIV.
Mon cher Emile,
3 juin 1857,
Je viens vous recommander Mr Àccossato, directeur des Moulins de Collegno, qui aurait besoin de faire escompter quelques traites du moulin. Les temps étant difficiles, j'ai recours à votre complaisance. Vous pouvez agir sans aucune crainte. Du reste, de vous à moi, je n'ai aucune difficulté à vous garantir la signature de Gr. Accossato e figli, jusqu'à concurrence de 200,000 francs. Le moulin va bien, mais* vu le prix excessif des blés et la nécessité d'acheter comptant et de vendre à terme, il n'a pas assez de capitaux*
Je pense qu'un mot de vous, à la caisse générale, ferait son affaire.
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
ccccxxxv.
6 juin 1857.
Mon cher ami,
Je vous remercie de ce que vous avez fait pour mon recommandé. Je vous prie de tenir à ce que la signature du moulin soit unie à celle de la maison Accossato. Le moulin est bon, mais, s'il venait à brûler, il serait utile d'avoir Tavallo <T Accossato, que je considère comme de premier ordre après les bénéfices réalisés sur les fournitures de la Crimée, tout en rendant de grands services au gouvernement.
Quant au Dock, si vous désirez seulement avoir vision du projet Ricci, je pourrai vous le procurer quand vous voudrez,
si, au contraire, vous désirez que nous nous en occupions ensemble, il faut remettre votre course à la fin du mois, car cette fin de session est par trop chargée d'affaires, et je commence à me sentir très fatigué.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.
Camille de Càvour.
CCCCXXXVL
4 juillet 1857.
Mon cher ami,
Je vous prie d'escompter la traite des moulins. Accossato étant à Paris, les moulins pourraient se trouver dans l'embarras ; si les blés diminuent, comme je l'espère, le moulin marchera tout seul.
Comme vous le dites, Mazzini mériterait d'être pendu, haut et court, toutefois, son équipée (1) a eu cela de bon
(1) Le 25 juin, Pisacane, d'accord avec Mazzini et le parti révolutionnaire, s'était embarqué à Gênes sur le Cagliari (Voir lettre CCCCXLVII) et il avait été convenu entre les conjurés, que, dans la nuit du 25 an 26, ils se soulèverait et s'empareraient de la ville, où régnait un grand mécontentement à cause des nouveaux impôts (gabelle) et du prochain transport à la Spezia de la Marine militaire. Le gouvernement, informé à temps, de ce projet, prit ses mesures en conséquence, et les conjurés, qui avaient renvoyé à la nuit du 29 au 30 juin leur tentative, durent y renoncer, sur le conseil de Mazzini, lui même, qui reconnut qu'elle n'aurait servi à rien. Une bande de conjurés, cependant, n'ayant pas reçu à temps de contre-ordre, s'empara par surprise, du fort du Diamant, (corps de garde avancé, sur la colline qui domine Gênes) grâce à la connivence de 'son gardien, désarma le piquet de garde et en tua le sergent, Pastrone, qui avait voulu leur résister. — m II paraît maintenant hors de doute, écrivait à ce sujet le comte de Cavour au marquis d'Azeglio (N. Bianchi, Politique du comte de Cavour, p. 252) que le grand parti révolutionnaire européen, dont le quartier général est à Londres, avait décidé de concentrer tous ses moyens pour s'emparer de jGrênes et faire de cette ville la citadelle du Comité anarchique ».
qu'elle à mis fin à l'agitation qui avait pour prétexte l'impôt de la gabelle.
Paleocapa fait examiner le projet Prost, qui, je vous l'avoue, me séduit beaucoup. Si, vraiment, on parvenait à le réaliser, sans que le régime du port eût à en souffrir, ce serait magnifique. Ne voudriez-vous pas vous associer à lui? Les rivaux même de Prost avouent qu'il a de l'argent et beaucoup.
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
ccccxxxvn.
22 juillet 1857.
Mon cher ami,
Je n'ai pas pu voir Bombrini; je causerai aujourd'hui avec lui. Je regretterais infiniment, que vous renonciez à l'idée de faire venir Pascal (1). Son opinion aurait un poids énorme à mes yeux. Peut-être redonnerat-il du courage aux Génois.
Pour que je puisse satisfaire le bon Hambro, veuillez me dire de quoi et de qui il s'agit, la lettre que vous m'avez communiquée, et que je vous renvoie, ne m'éclaire pas assez pour pouvoir agir.
Nous étouffons, la chaleur me fait tomber la plume des mains.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
(1) Ingénieur maritime français.
ccccxxxvm.
26 juillet 1857.
Mon cher ami,
Je vous félicite de l'énergie que vous avez déployée dans l'affaire du Dock. J'espère qu'elle sera couronnée d'un plein succès.
Si vous désirez connaître les devis de Ricci, faites-en la demande à Paleocapa, qui ne vous refusera pas la communication des plans, auxquels il attache un si vif intérêt.
Quant aux crosses de Mr Scott (1), engagez-le à adresser une requête à l'administration des chemins de fer, que j'appuierai, s'il me la communique.
Je vais demain à Vaudier, sous prétexte de fuir la chaleur, mais, réellement, pour ne pas paraître au service dfr Charles-Albert (2), déguisé en espagnol, avec un chapeau à trois cornes, surmonté d'immenses plumes; ce qui ferait rire d'un rire homérique, tous les badauds de Turin.
Votre affectionné ami C. de Cavour.
CCCCXXXIX.
Leri, 18 septembre 1857.
Mon cher ami,
Je m'empresse de répondre à votre billet d'hier au soir.
Allant à Turin, je parlerai à Paleocapa, des sondages, et
je tâcherai d'activer cette opération. Je vous assure que,
(1) Mr Scott, industriel anglais, établi à Turin, où il fabriquait des crosses de fusil pour le gouvernement anglais.
(2) Service funèbre en commémoration de Charles-Albert, mort à Oporto le 28 juillet 1849.
dans ce moment, aucune question ne me préoccupe autant que celle du Dock, que je considère comme le complément indispensable des grands travaux exécutés et en cours d'exécution.
A Modane, on est occupé aux travaux préparatoires, ce ne sera guère que le printemps prochain que le percement, commencera avec activité. En attendant, je m'efforce à améliorer le service entre Suse et Modane, qui laisse encore beaucoup à désirer.
On dit que Galliera (1) veut se joindre à vous. Est-ce vrai?
Je n'ai aucune difficulté à continuer la garantie des traites du Moulin de Collegno, pourvu qu'elles soient munies de l'avallo de G. Accossato e Figli.
Croyez à ma sincère amitié.