‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 92 sur 110 · C. Cavour · texte numérisé non relu

C. Cavour

CCCCXLVII.

11 avril 1858.

Mon cher ami,

J'ai reçu votre lettre du 8 avril, et j'en ai retiré un bon sur la Banque, de 25,000 livres. Je vous remercie infiniment, de m'avoir mis à même de rendre à mon ami un service signalé.

Je vous envoie un billet payable le 8 janvier 1859.

J'ai été bien péniblement affecté par la triste nouvelle de la mort de votre belle-sœwr (1). Je me rappelle avec reconnaissance, ses bontés pour moi, lors de mon premier séjour à Gênes, et l'affection qu'elle a bien voulu me con-

(1) Madame Hyppolite De la Rue.

server. C'était une personne d'un bien grand mérite. Je plains, du fond de mon âme, votre frère. J'espère que le Ciel lui donnera la force de supporter cette perte cruelle. Quoiqu'il y ait bien longtemps que je ne sois plus en rapports avec lui, je compte lui écrire lorsque les premiers moments d'abattement et de stupeur seront passés.

Hier Bona est venu me dire qu'il désirait parler aux représentants du Dock. Vous pourriez expédier Oneto à Turin. Si l'on doit faire quelque chose, cette année, il n'y a plus de temps à perdre.

La discussion de la loi commence mardi. Je crois qu'elle sera intéressante (1).

Je vous expédierai un exemplaire des documents sur la question napolitaine (2). Vous verrez quelle triste figure

(1) An sujet de l'emprunt de 40 millions (voté le 31 mai), qui, au fond, avait un but politique trop évident pour se déguiser sous les apparences de besoins financiers , et qui se compliqua encore, avec la question de Yincameramcnto des biens ecclésiastiques.

(2) Le 25 juin 1857, le Cagliari, vapeur de la Société Rubattino, faisant le service de Gênes à Cagliari et Tunis, était parti de Gênes, ayant à son bord une 30e de passagers (parmi lesquels le colonel Pisacane, émigré napolitain, ancien chef d'état major du général Rossetti, pendant le siège de Rome en 1849, et Nicotera). Ceux-ci s'emparèrent, en pleine mer, du navire, et forcèrent le capitaine de les conduire à Ponza, où ils libérèrent les prisonniers militaires napolitains, qni y étaient détenus (environ une 100e), les prirent à bord, et allèrent débarquer avec eux, à Sapri, dans le golfe de Salerne, pour y tenter an soulèvement contre le gouvernement Bourbon. Repousses par les gardes urbaines, Pisacane y fut tué, tandis que Nicotera et les autres furent faits prisonniers et conduits dans les prisons de Salerne, où 8 d'entre eux furent condamnés à mort et les autres aux galères (parmi lesquels Nicotera, qui fut libéré en 1860). Le Cagliari et son équipage furent capturés par les frégates napolitaines, Ettore Fieramosca et Tancrcdi, et le gouvernement napolitain le déclara de bonne prise, puisque c'était dans les eaux napolitaines de Policastro, que cette capture aurait en lieu. — Le gouvernement sarde, au contraire, prétendit que cette capture était illégale, ayant été faite en pleine mer, et, par conséquent, en-

fait le gouvernement anglais. J'espère que le parlement le sentira, et forcera Malmesbury à se conduire, sinon en grand ministre, du moins en honnête homme. S'il en arrivait autrement, il faudrait dire qu'il n'y a plus de sens moral en Angleterre.

Croyez à ma sincère amitié.

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