‹ Nouvelles méditations poétiquesChapitre 10 sur 28 · LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

LA SOLITUDE

Heureux qui, s'écartant des sentiers d'ici-6as,

A l'ombre du désert allant cacher ses pas,

D'un monde dédaig^ secouant la pousâière ,*

Efface éncor vivant ses traces sur la tiwre,

Et dans la solitude, enfin enseveli.

Se nourrit d'espérance et s'abreuve d'oubli !

Tel que ces esprits purs qui planent dans l'espace,

Tranquille «pectatèfur de cette ombre qui passe,

Des caprices du sort à jamais défendu.

Il suit de l'œil ce char dont il est descendu!...

Il voit les passions, sur une onde incertaine,

De leur souffle orageux enfler la voile huihaine.

Mais ces vents inconstants ne troublent plus sa pai^ ;

Il se repose en Dieu, qui ne change jamais ;

II aime à contempler ses plus haidis ouvrages,

Ces monts, vainijueurs des v«îts,dè la foudre et des âges,

5a MÉDITATIONS

Où dans leur masse auguste et leur solidité,

Ce dieu grava sa force et son éternité.

A cette heure, oîi frappé d'un rayon de l'aurore,

Leur sommet enflammé que l'Orient colore

Comme un phare céleste allumé dans la nuit,

Jaillit étincelant de l'ombre qui s'enfuit,

Il s'élance, il franchit ces riantes collines

Que le mont jette au loin sur ses larges racines ,

Et, porté par degrés jusqu'à ses sombres flancs ,

Sous ses pins immortels il s'enfQnce à pas lents :

Là, des torrents séchés le lit seul est sa route,

Tantôt les rocs minés sur lui perdent en voûte ,

Et, tantôt sur leurs bords tout à coup suspendu, '

Il recule étonné \ son regard éperdu

Jouit avec horreur de cet effroi sublime.

Et sous ses pieds, long-temps, voit tournoyer l'abîme !

Il monte, et l'horizon grandit à chaque instant;^

Il monte, et devant lui l'immensité s'étend

Comme sous le regard d'une nouvelle aurore ;

Un monde à chaque pas pour ses yeux semble éclore!

Jusqu'au sommet suprême où son œil enchanté

S'empare de l'espace, et plane en liberté. .

Ainsi, lorsque notre âme, à sa source.en volée, Quitte enfin poui^jamais la terrestre vallée,

Chaque coup de son aile, en l'élevant aux ci eux, Élargit Thorizon qui s'étend sous ses yeux ; Des mondes sous son vol le mystère s'abaisse, En découvrant toujours elle monte sans cesse Jusqu'aux saintes hauteurs d'où l'œil du. sérapliin , Sur l'espace infini plonge un regard sans fin.

Salut , brillants sommets ! champs'de neige et de glace ! Vous qui d'aucun mortel n'avez gardé la trace ; Vous, que le regard même aborde avec effroi'. Et qui n'avez soufTért que les aigles et moi : Œuvres du premier jour, augustes pyramides, Que Dieu même affermit sur vos bases solides; Confins de l'univers, qui, depuis ce grand jour, N'avez jamais changé de forme et de contour : Le nuage, en grondant, parcourt en vain vos cimes, Le fleuve en vain grossi sillonne vos abîmes , La foudre frappe en vain votre front endurci; Votre front solennel, un moment obscurci.

Sur nous, comme la nuit versant son ombre obscure,

■■^bT

Et, laissant pendre au loin 3a noire chevelure. Semble, toujours vainqueur du ch^c qui Fébranla, Au dieu qui Ta fpndé, dire encor : Me voilà!

Et moi, me voici seul sur ces confins du monde! Loin d'ici , sous mes pieds la foudre vole et gronde, Les nuages battus par les ailes des vents Entrechoquant comme eux leur tourbillons mouvants, Tels qu'un autre Océan soulevé par Torage, Se déroulent sans fin dans des lits sans rivage. Et devant ces sommets abaissant leur orgueil, Brisent incessamment sur cet immense écueil.

Mais , tandis qu'à ses pieds ce noir chaos bouillonne , D'étemelles splendeur;» le soleil le couronne : Depuis l'heure où son char s'élanqe dauâ les ^rs. Jusqu'à l'heure où son disque incline vers le$ mers^ Cet astre, en décrivant son oblique carrière. D'aucune ombre jamais n'y souille sa lumière. Et déjà la nuit soiàbre a descendu des cieux Qu'à ces sommets encore il dit delongs adieux.

Là , tandis que je nage en des torrents, de joie ^ Ainsi que mon regard, mon âme se déploie,

Et croit, en respirant cet air 4e li|)^té ,

Recouvrer s^ splendeur e( $a sérénité.

Oui, dans cet air du ciel, k$^i|ïs lourds d^ la vie.

Le mépris des mortels» leur haiboe, ou leur envie ,

N'accQiupajpoent plus ThoinAie et ne surnageai pas :

Comme un vil ploxab , d'eux-^némes , ils retomJbent en basr

Ainsi , plus l'pude est pure , et moins l'homme y^ surnage ,

A peine de ce monde il emporte une image !

Mais ton i^age , ô Dieu ! dans ces grands traits épars , En s'^evai^t vers toi graadità nos regards, Cbmme au prêtre haMtanJt Toml^re du sanctuaire ,. Qiaque pas te ré\èleià V&m^ solitaifcf* Le silence €|t la nuit , et l'ombre des forêts , Lui murmurent tout bas de sublimer secrets ; Et l'esprit, abîmé dans ces rares spectacles. Par la voix des déserts écoute tes oracles.

J'ai vu de l'Océan les flots épouvantés, Pareils aux fieris coursiers dans la plaine emportés. Déroulant à ta voix leur humide crinière, Franchir, en bondissant leur bruyante barrière ; Puis soudain refoulés, sous ton frein tout-puissant, Dans l'abîme étonné rentter en mugissant.

J'ai vu le fleuve , épris des gazons du rivage , Se glisser flots à flots, de bocage en bocage. Et dans son lit voilé d'ombrage et de fra^îcheur. Bercer en murmurant la barque du pêcheur; J'ai vu le tirait brisé de la foudre qui gronde. Comme un serpent de feu se dérouler sur l'onde; Le zéphyr embaumé des doux parfums du miel, * Balayer doucement l'azur voilé du ciel ; La colombe, essuyant son aile encore humide,^ Sur les bords de son nid poser un pied timide, Puis d'un vol cadencé fendant le flot dies airs, S'abattre çn soupirant sur la rive des mers.

J'ai vu ces monts voisins des cieux où tu reposes , Cette neige où l'aurore aime à semer ses roses, Ces trésors des hivers, d'où par mille détours Dans nos champs desséchés multipliant leur cours.

Cent ipdiers de cristal , que tu fonds à mesure y Yiennefit désaltéi^er la mourante verdure !

Et ces ruisseaux pleuvant de ces rocs suspendus ^ £t ce3 torrents grondant dans les granits fendus ^ Et ces pics où le temps a perdu sa victoire. . . . £t HpuJLe la Qa^ture est un hymne à ta gloire!

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