ISCHIA
JLe soleil va porter le jour à d'autres mondes; Dans l'horizon désert Phœbé monte sans bruit, £t jette, en pénétrant les ténèbres profondes, Un voile transparent sur le front de la nuit.
yoi^ei. du haut des monts ses clartés ondoyantes Comme un fleuve de flamme inonder les coteaux. Dormir dans les^Vàllons, ou glisser sur les pentes. Ou rejaillir au loin du sein brillant des eaux.
La douteuse lueur, dans l'ombre répandue , Teint d'un jour a2uré la pâle obscurité.
Et fait nager au loin dans la vague étendue Les horizons baignés par sa molle clarté!
' Ile de la Méditerranée , dank le golfe de Naples.
MÉDITATIONS POÉTIQUES. 5g
L'Océan amoureux de ces rives tranquilles Calme, en baisant leurs pieds, ses orageux transports, Et pressant dans ses bras ces golfes et ces iles, De son humide faaleiue en rafr^chit les bords.
Du flot qui toui: à tour s'avance et'se retire
L'œil aime à suivre au loin le flexible contour : On diroit un amant qui presse en son délire La vierge qui résiste , jet cède tour à tour!
Doux comme le soupir d'un enfant qui scHnmeille , Un son vague et plaintif se répand dans lf$ ^ifs , Est-ce un écho du ciel qui ôharme notre oreille ? Est-ce un soupir d'amour de la terre et des mers ?
Il s*élève, U retombe^ il renaît, il expire, Comme un cœur oppressé d\in poids de volupté, Il semble qu'en ces nuits la nature respire , Et se plaint comme npus de sa félicité!
Mortel, ouvre ton âme à ces torrents de vie!
Reçois par tous les sens les eharmes de la nuit ,
6o MÉDITATIONS
A t'enivrer d'amour son onibre te convie;
Son astre dans le ciel se lève, et te conduit.
Vois-tu ce feu lointain trembler sur la colline? Par la main de l'Amour c'est un phare allumé; Là, comme un lis penché , l'amante qui s'incline Prête une oreille avide aux pas du bien-aimé!
La vierge, dans le songe oîi son âme s'égare ^ Soulève un œil d'azur qui réfléchit les cieux, Et ses doigts au hasard errant sur sa guitare Jettent aux vents du soir des sons mystérieux!
« Viens ! l'amoureux silence occupe au loin l'espace ! « Viens du soir près de moi respirer la fraîcheur! « C'est l'heure; à peine au loin la voile qui s'efface ce Blanchit en ramenant le paisible pêcheur!
« Depuis l'heure oîi ta barque a fui loin de la rive, « J'ai suivi tout le jour ta voilé sur les mers , (c Ainsi que de son nid la colombe craintive « Suit l'aile du ramier qui blanchit dans les airs!
POÉTIQUES. &j
« Tandis qu'elle glissoit sous l'ombre du rivage, « J'ai reconnu ta voix dans la voix des échos, « Et la brise du soir , en mourant sur la plage , a Me rapportoit te^ chants prolongés sur le& flots.
« Quand la vague a grondé sur la côte écumante, « A l'étoile des mers j'ai murmuré ton nom, <c J'ai rallumé sa lampe , et de ta seule amante « L'amoureuse prière a; fait fuir l'aquilon l
« Maintenant sous le ciel tout repose , ou tout aime : « La vagué en ondulant vient dormir sur le bord ; f( La fleur dort sur sa tige , et la nature même « Sous le dais de la nuit se recueille et s'endort.
« Vois! la mousse a pour nous tapissé la vallée,
« Le pampre s'y recourue ei? rçplis tortueux,
« Et l'haleine de l'onde à l'oranger mêlée ,
« De ses fleurs qu'elle effeuille embaume mes cheveux,
c( A la niolle clarté de la voûte sereine
« Nous chanterons ensemble assis sous le jasmin ,
6a MÉDITATIONS
a Jusqu'à l'heure où la lune, en glissant vers Misène, <c Se perd en pâlissant dans les feux du matin.
Elle chante; et sa voix par intervalle expire, Et, des accords du luth plus foiblement frappés. Les échos assoupis ne livrent au zéphire Que des soupirs mourants , de silence coupés !
Celui qui, le coeur^letn de délire et de flamme, A cette heure d'amour, sûus cet astre enchanté , Sentiroit tout à coup le rêve de son ème S'animer sous les traits d'une chaste beauté;
Celui qui, sur la mo|isse, au pied du sycomore, Au murmure des eaux, sous un dais de saphirs, Assis à ses genoux, de l'une à l'autre aurore, N'auroit pont lui parler que l'accéht dés soupirs ;
Celui qui, respirant son haleiiite adorée, Sentiroit ses cheveux soulevés par les vents, Caresser en passant sa paupière effleurée, Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyants;
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Celui qui, suspendant les hejures fiigitives, Fixant avec Famour son^me en ce beau lieu, Oublîroit que le temps coule encor sur ces rives, Seroit-il un mortel, ou seroit-il un dieu?...
£t nous, aux doux penchants de ces verts Élysées, Sur ces bords où l'amonr eut caché son Eden , . .Au murmure plaintif des vagues ap»isées^ Aux rayons endormi» dé }%st0e^l3/!sienv.
Sous ce ciel où ta vie , où le bonheur abonde , Sur ces rives qoe VqA\ se plak à.psiréourtr, Nous avons respiré €ét aLirWjsm autt^ monde y Élyse!... et cependaftit, un dit qii'ii faut moutir!