‹ Nouvelles méditations poétiquesChapitre 19 sur 28 · SAÙL, LA PYTHONISSE D'ENDOR · texte numérisé non relu

SAÙL, LA PYTHONISSE D'ENDOR

SAUL, seul.

Peut-être... Puisqu'enfin je puis le consulter ,

Le Ciel , peut-être, est las de me persécuter?

A mes veux dessillés la vérité va luire :

Mais au livre du sort, ô Dieu! que vont-ils lire?...

De^ce livre fatal qui s'explique trop tôt,

Chaque jour, chaque instant, hélas! révèle un mot.

Pourquoi donc devancer le temps qui nous l'apporte?

Pourquoi, dans cet abîme, avant l'heure...? N'importe,

C'est trop , c'est trop long-temps attendre dans la nuit

Les iitvisibles coups du bras qui jiïe poursuit! J'aime mieux, déroulant la trame infortunée, Y lire, d'un seul trait, toute ma destinée !

(La pythonisse d'Endor entre sur la ccène.)

£st-ce toi qui, portatit l'avenir dans ton sein, » Viens, au roi d'Israël, annoncer son destin?

LA PTTHOITISSE. .

C'est moi.

SAUL

Qui donc es-tu ?

LA PTTHOinSSE.

La voix du Di^u suprême.

SAUL

Tremble de me tromper!

LA PYTHONISSE

Saùl , tremble toi-même !

SAUL

Eh* bien! qu'apportes-tu?

LA PYTHONISSE

Ton arrêt!

SA.UL

Parle!

ii8 MÉDITATIONS

LÀ PTTHONI$SB.

OCîel!

Pourquoi m'as-tu choisie entre tout Israël ?

Mon cœur est foible, o Ciel] et mon sexe est timide. Choisis , pour ton organe , un sein plus iiitrépide ; Pour annoniçer au roi te^ divines fureurs , Qui suis-je?

SÂUL étonné.

Eh quoi ! tu tremble e;t tu verses des pleurs î Quoi! ministre du Ciel, tu n'es plus qu'une femme!

LA PYTHOJSriSSE.

Détruis donc, ô mon X)ieu, la pitié dans mon âme!

SAUL

Par tes feintes terreurs ponses-tu m'ébranlèr?

LA PTTHONISSE.

Mais m^ boiiche, ô mon roi! se refuse à parler.

SAIJL avec colère.

Tes lenteurs, à la fin, lassent ma patience : i Parle, si tu le peux, ou sors de ma présence!

^/L PTTHONISSE.

Que ne puis-je sortir, emportant avec moi Tout ce quHc.i je viens prophétiser sur toi!

Mais un dieu me retient, me pousse, me ramène ; Je ne puis résister à son bras qui m'entraîne. Oui, je sens ta présence, 6 dieu persécuteur! Et ta fureur divine a passé dans mon cœur.

(Ayec plus d'horreur.)

Mais quel rayon sanglant vient frapper ma paupière! Mon œil épouvanté cherche et fuit la lumière! Silence!... l'avenir ouvre ses noirs secrets! Quel chaos de mall^eurs, de vertus, de forfaits! Dans la confusion je les vois tous ensemble!

Comment? comment saisir le fil qui les rassemble? Saûl... Michol... David... Malheureux Jo^iathasl Arrête! arrête^ ô roi! ne m'interroge pas.*

SAUL tremblant.

Que dis-tu de David , de Jonatbas ? achève!

LA PYXHOBCISSE, montraot une ombre da doi0^

Oui , l'ombre se dissipe et le voile se lève ; C'est lui!,..

S>AUL

Qui donc?

ifi MEDITATIONS

LA PTTHONISSE.

David!...

SAUL

■ ' Eh bien?

. LA PYTHOiriSSE.

Il est vainqueur!

Quel triomphe !.ô David! que d'éclat t'environne! Que vois-je sur ton front?

SAUL

Achève !

LA PYTHOJUISSE.

Une couronne!...

SAUL

Perfide! quWtu dit? lui, David, couronne?

• LA PTTHONISSE, avec tristeBse.

Hélas! et tu péris, jeune homme mfortuné!

Et pour pleurer ton sort, belle et tendre victime, Les palpiiers de Cadès ont incliné leur cime!... j Grâce ! grâce, 6 mon Dieu! détourne tes fureurs! Saûl a bien assez de ses propres malheurs!... Mais la mort l'a frappé, sans pitié pour ses chamtf Hélas! et David même en a versé des larmes!... f

SAUL

Silence! c'est assez : j'en ai trop écoute.

LA PTTHOirrSSE.

Saùl, pouf tes forfaits ton fils est rejeté. ^

D'un prince condamné, Dieu détourne sa face/

D'un soufflç de sa bouche il dissipe sa race :

Le sceptre est arraché !...

A SAUL l'interrompant avec violence.

Tais-toi , dis-je , tais-toi !

LA PTTHOinSSE.

Saùl, Saûl , écoute un Dieu plus fort que moi !

Le sceptre est arraché de ses mains sans défense ;

Le sceptre dans Juda passe avec ta puissance,

Et ces biens, par Dieu même', à ta race promis,

Transportés à David, passent tous à ses fils.

Que David est brillant! que son triomphe est juste!

Qu'il sort de rejetons de cette tige auguste !

Que vois-je?un Dieu lui-même. . .! O vierges du saint lieu !

Chantez , chantez Da^id! David enfante un Dieu !...

SAUL

Ton audace à là fin ^ comblé la mesure :

laa MÉDITATIONS

Va, tout respire en toi la fourbe et Timposture. Dieu m'a promis le trône, et Dieu ne trompe pas.

LA PYTHONISSFi,

Dieu promet ses fureurs à des princes ingrats»

SAUL

Crois-tu qu'impunément ta bouche ici m'outrage ?

LA PYTHONISSE

Crois-tu faire d'un Dieu varier le langage ?

SAUL

Sais-tu quel sort t'attend? s£^is-tu... ?

LA PYTHONISSE

Ce que je sais , C'est que ton propre bras va punir tes forfaits \ £t qu'avant que des ciéux le flambeau se retii*e. Un Dieu justifîra tout ce qu'un Dieu m'inspire. Adieu, malhe<;ir^ux père ! adieu > malheureux roi !

( Elle se retire , Saùl la retient par force. )

§AJPL.

Non^ non, perfide, arrête! écoute! et réponds-moi ! C'est souffrir trop long-temps l'insolence et l'injure: Je veux convaincre ici ta bouche, d'imposture.

POÉTIQUES. ia3

Si le Ciel à tes yeux a su les révéler :

.Quels sont donc ces forfaits dopt tu m'oses, parler ?

LA PYTHOlfISSE.

L'ombre les a couverts, l'ombre les couvre encore, Saùl ; mais le Ciel voit ce que la terre ignore. Ne tente pas le Ciel.

SAUL

Non : parle si tu sais.

LA PYTHOÎTISSE.

L'ombre de Samuel te dira ces forfaits...

SAUL

Samuel! Samuel! Eh quoi! que veux-tu dire ?

LA PTTHONISSE. f

Toi-même, en traits dé sang, ne peux-tu pas le lire ?

SAUL

Eh bien, qu'a de commun ce Samuel et moi ?

LA PYTHÔÎTISSE.

Qui plongea dans son sein ce fer sanglant ?

SAUL

Qui?

LA PTTHONISSj;.

Toi !

ia4 MEDITATIONS POETIQUES.

SAUL j furieux et se précipitant sur elle avec sa lance.

Monstre, qu'a trop long-temps épargne ma clémence. Ton audace à la fin appelle ma vengeance!

(Prêt à la frapper. )

Tiens ; va dire à ton Dieu , va dire à Samuel , Comment Saûl punit ton imposture .^ . .

( Au moment où il ya £rapper, il voit l'ombre de Samuel , il laisse

tomber la lance , il recule. )

Oh Ciel!

Ciel ! que vois-je ? C'est toi ! c'est ton ombre sanglante ! ^jjjlel reggr4! . . . Son aspect m'a glacé d'épouvante! Pardonne , omîbre fatale ! oh ! pardonne ! oui , c'est moi, C'est moi oui t'ai porté tous ces coups que je voi ! Quoi ! depilis si long-temps ! quoi ! ton sang coule encore ! Viens-tu pour le venger ?. . . Tiens. . .

(H découvre sa poitrine et tombe à genoux. )

Mais il s'évapore !. ..

( La pythonisse disparoit pendant ces derniers mots. )

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