CHANT D'AMOUR
Oi tu pouYois jamais ëgalef , ô ma lyrè , '
Le doux frémiissement des ailes du tèphyte
A travers lesirattieaux, Ou Tonde qui ihurmûre éti caressant tes rives,
Ou le roucoulement des lôôlombès plathtïVtefe i Jôûâlit aux bordé' des èâùx;
Si , comme ce roseau qu'iln souffle heureux anime , Tes cordes exhaloient ce langage sublime ,
Divin secret des cieUx , Que, dans le pur séjour oii l'esprit seul s'envole, Les anges amoureux se parlent sans parole.
Comme les yeux aux yeux;
MÉDITATIONS POÉTIQUES. i55
Si de ta douce voix la flexible harmonie , Caressant doucement une âme épanouie
Au souffle de Tamour, La berçoit mollement sur de vagues images , Comme le vent du del fait flotter les nuages
Dans la pourpre du j6ur: ■ ^
Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille , Ma voix murmureroit tout bas à son oreille
Des soupirs, des accords.
Aussi purs que Fextase où son regard me plonge, Aussi doux que le ison que nous apporte un songe
Des ineffables botdà !
Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière! Laisse-moi, laisse^moi Kre dans ta paupière
Ma vie et ton amour !
Ton regard languissant est plus cher à mon âme Que le premier rayon de la céleste flamme
Aux yeux privés du jour!
i56 MÉDITATIONS
Un de ses bras fléchit sous «on cou qui le presse , L'autre s,ur son beau front retombe avec mollesse
Et le'couvre à demi :
Telle , pour sommeiller, la blanche tourterelle^ Courbe son cou d'albâtre et ramèae son aile
Sm* son œil endormi I
Le doux gémissement, de son sein qui respire Se mêle au bruit plaintif de l'onde qui soupire
A flots harmonieux; £t l'ombre de ses cils, que le zéphyr soulève y Flotte légèrement comme l'ombre d'un rêve
Qui p^sse sur ses yeux!
Que ton sommeil est doux, ô vierge! ô ma colombe! Comme d'un cours égal ton sein monte et retombe
POÉTIQUES. i57
Avec un long soupir !
Deux vagues que blanchit le r^yon de la lune ,
D'un mouvement moins doux viennent l'une après l'une Murmurer et mourir !
Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles
Ce souffle parfumé!... Qu'ai-je fait? Tu t'éveilles :
L'azur voilé des cieux- Vient chercher doucement ta titnide paupière; Mais toi, ton doux regard, en voyant la lumière,
N'a cherché que mes yeiut !
Ah! que nos longs regards se suivent, se prolongent. Comme deux purs rayons l'un dans l'autre se plongent.
Et portent tour à tour Dans le cœur l'un de l'autre une tremblante flamme. Ce jour intérieur que donne seul à l'âme
Le regard de l'amourl
Jusqu'à ce qu'une larme aux bords de ta paupière , De son nuage ^errant te cachant la lumière, Vienne baigner tes yeux , «
i58 MÉDITATIONS
Comme on voit au réveil d'une ckankiantê aurore Les larmed du matin qu'elle attire et colore, L'ombrager tlans les cieux.
Parle-moi ! Que ta voix, me touche !
Chaque parole sun ta bouche
Est «n écho mélodieux!-
Quand ta voix meurt dans mon oreille.
Mon âme résonne et s'éveille ,
Comme un temple k la. voix des dieux!
Un souffle, un mot, puis «m silence, C'est asse2 : mon àme devance* Le sens interrompu des mots, Et comprend ta voix fugitive , Comme le gazon de la rive Comprend le tnunnure des flots.
Un son qui ^ur ta bouche expire,
Une plainte, un demi-sourire, Mon cœur entend tout sans effort :
Tel, en passant par une lyre, Le souffle même du zéphyre Devient un ravissant accord!
Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ? Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage:
Rougis-tu d'être .belle, ô charme de mes yeux! L'aurore, ainsi que toi, de ses roses s'ombrage. Pudeur ! honte céleste L instinct mystérieux ! Ce qui brille le plus se voile davantage; ■' ^ Comme si la beauté, cette divine image, N'étoit faite que pour les cieux!
Tes yeux sont deux sources vives Où vient se peindre un ciel pur.
Quand les rameaux de leurs rives Leur découvrent son azur.
i6o MÉpiTATIONS
Dans ce miroir retracées , Chacune de tes pensées Jette en passant son éclair; Comme on voit sur l'èau limpide Flotter l'image rapide Des cygnes qui fendent l'air!
Ton front , que ton voile ombrage Et découvre tour à tour, ]^ une nuit sans nuage Prête à recevoir le jour; Ta bouche , qui va sourire, Est l'onde qui sç ret^e * Au souffle errant -du zéphyr, Et sur ses bords qu'elle quitte LÉsselHi regard qu'jelle invite, ^ Coïnpter les perles d'Ophyr !
Ton cou , penché sur l'épaule , Tombe sous son doux fardeau, Comme les branches du saule
POÉTIQUES. i6ïi
Sous le poids d'un passereau ; Ton sein , que l'œil voit à peine Soulevant à chaque haleine Le poids léger de ton cœqr^ Est conune deux tourterelles Qui font palpiter leurs ailes Dans la main de l'oiseleur.
Tes deux mains sont deux corbeilles Qui laissent passer le jour; Tes doigts de roses vermeilles En couronnent le contour.
Sur le ^fczon qui l'embrasse Ton pied se pose , et la grâce , Comme un divin instrument,
Aux sons égaux d'une lyre
Semble accorder et conduire Ton plut- léger mouvement.
ft
i6a • MÉDITATIONS
Pourquoi de tes regard» percer ain» mon âme ? Baisse, oh! baisse tes yeux pleins d'une çhasie flamme :
Baisse-les, ou je meurs, r Yiens plutôt, lève-toi ! Mets ta main â»is laraîenne , Que mon bras arrondi t'entouf e et le soutienne
Sur ces tapis de fleurs.
Aux bords d'un lac d^azur il est mie ceHine Dont le front verdoyant légèreaeient s'incline
Pour contempler les eaux;
Le regard du soleil tmi le jour la caresse ,
' Et l'haleine de ron4e y fait flotter sam cesse
Les ombres desEaraewi.
Entourant de ses plis demi ehdnes qu'elle cabrasse , Une vigne sauvage à leurs rameaux s'eulace, ^ * Et , couronnant leur fronts ,
De sa p^lè verdure éclaircit leur feuillage , Puis sur des champs coupés delumière et d'ombrage Court en riants festons.
POETIQUES. ' i63
Là , dans les flaiics creu9iés d'un rocher qui sarpUnube, S'ouvre une grotte obscure, im nid où la calombe Aime à garnir d'amoar^
La vigne, le figuier, la voilent, la tapissent. Et les rayons du ciel, qui lentement s'y glissent, Y mesurent le jour.
La nuit et la fraîcheur de ces^ ombres discrètes Conservent plus long-temps aux pâles violettes
Leurs timides couleurs ; Une source plaintive en habite la voûte. Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte
Des accords et des pleurs.
Le regard, à travers ce rideau de verdure, Ne voit rien que le (siel, et Fon^<|u'îl azuré;
Et sur le sein des eaux Le» voiles du pécheur, qui, couvrant sa nacelle, Fendent ce ciel liquide, et battent comme Kaile
Des rapides oiseaux.
L'oreille n'entend rien qu-mif vague plaintive
i64 MÉDITATIONS
Qui, comme un long baiser , murmure sur sa rive ,
' Ou la voix des zëphyrs , Ou les sons ca^dencés que gémit Philomèle , Ou l'écho du rocher dont un soupir se mêle A nos propres soupirs.
Viens, cherchons. cette ombre propice Jusqu'à l'heure où de ce séjour Les fleurs fermeront leur calice Aux regards languisans du jour.
Voilà ton ciel, ô mon étoile!
Soulève 9 oh ! soulève ce voile , .
Éclaire la nuit de ces lieux ; Parle, chante, rêve, soupire, Poui^vu que mon regard attire Un regard errant lie tes yeux.
Ijaisse-moi parsemer de roses La tendra mousse oîi tu t'assieds,
POÉTIQUES. i65
£t près du lit où tu reposes Laisse-moi m'asseoira tes pieds.
Heureux le gazon que tu foules, Et le bouton dont tu déroules Sous tes doigts les fraîches couleurs ; Heureuses ces coupes vermeilles Que pressent tes lèvres , pareilles Aux frelons qui tètent les fleurs.
Si Tonde des lis que tii cueilles
Roule les calices flétris, Des tiges que ta bouche effeuille Si le vent m'apporte un décris , Si la boucle qui se dénoue Vient, en ondulant sur ma joue , De ma lèvre effleurer le bord ; Si ton souffle léger résonne , Je sens sur mon front qui frisonne Passer les ailes de la mort.
Souviens-toi de l'heure bénie . OÙ les die]^x, d'une tendre main^
i66 MEDITATIONS
Te répandirent sur ma Yie Comme l'cNoibre sur le cheaûn.
Pepuis cette heure fortunée^ Ma vie à ta yie «achainée.
Qui s'écoule comùie un seul jour^ Est une compe toujours pleine , Où mes lèyres à longue luJeiiie Puisent l'innocence et l'amour.'
Ah! lorsque mon front qui s'incline Chargé d'uiiie douce langueur, S'endort bercé sur ta poitrine.
Par le mouvement de ton cœur,^
Un jour, le temps jaloux, d'une haleine glacée Fanera tes couleurs comme une fleur passée
Sur ces lits de gazon. ^
Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres.
Ces rapides baisers, helas! tlont tu me sèvres Dans leur fraîche sakon.
Mais quand tes yeux, voilés d'un nuage de iarmes. De ces jours écoidés qui t'qpt ravi tes charmes
Pleureront ^a rigueur ; Quand dans ton souvenir, dans Fonde du rivage Tu chercheras en vain ta ravissante image,
Regarde dans mon cœur!
Là ta beauté fleurit pour des siècles sam nombre; Là ton doux souvenir veille à jamais à l'ombre
De ma fidélité; Comme une lampe d'or dont une vierge sainte Protège avec la main, en traversant l'enceinte,
La tremblante clarté. •
^ ! quand la mort viendi% d'un ^utre amour suivie^ Éteindre en souriant de notre double vie
L'un et l'autre flambeau, Qu'elle étende ma couche à coté de la tienne. Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne
Dans le lit du tombeau.
i68 MÉDITATIONS POÉTIQUES.
Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre, G>mme on voit en automne un couple solitaire
De cignes amoureux, Partir, en s'embrassant, du nid qui les rassemble, Et vers les doux climats qu'ils vont chercher ensemble
S'envoler deux à deux.