‹ Nouvelles méditations poétiquesChapitre 3 sur 28 · A L. DE V · texte numérisé non relu

A L. DE V

Le feu divin qui nous consume Ressemble à ces feux indiscrets Qu'un pasteur imprudent allume Aux bords des profondes forêts :

Tant qu'aucun souffle ne l'éveille, L'humble foyer couve et sommeille; Mais s'il respire l'aquilon.

Tout à coup la flamme engourdie S'enfle, déborde; et l'incendie Embrase un immense horizon!

O mon âme, de quels rivages Viendra ce ^ufïle inattendu ?

Sera-ce un enfant des orages?

Un soupir à peine entendu ?

Viendra-t-il comme un doux zéphyre, Mpllemeitt caresser mu lyre y Ainsi qu'il caresse une fleur?

Ou sous ses ailes frémissantes Briser ses cordes gémissantes Du cri perçant de la douleur?

Viens du couchant ou de l'aurore!

Doux ou terrible au gré du sort, Le sein généreux qiii t'îinplore Brave la souffrance ou la mort!

Aux cœurs altérés d'harmonie Qu'importé le prix du génie ?

Si c'est la mort? î!* faut mourir!...

On dit que la bouché d!*Orphée , Par les flots de ITÈbre étouffée , Rendit un immortel soupir ! "•

Mais soit qu'un mortel vive ou ipeure ,

,' * ■ Toujours rebelle à nos souhaits^

L'esprit ne souffle qu'à son heure

Et ne se repose jamais !

Préparons-lui des lèvres pures,

Un œil chaste , un front sans souillures ,

Comme, aux approches du saint lieu,

Des enfants , des vierges voilées,

Jonchent de roses effeuillées

La route où va passer un Dieu !

Fuyant des bords qui l'ont vu naître, De Jéthro l'antique berger Un jour devant lui vit paroître Un mystérieux étranger; Dans l'ombre, ses larges prunelles Lançoient de pâles étincelles, Ses pas ébranloient le vallon ; Le courroux gonfloit sa poitriiie, Et le souffle de sa narine Résonnoit comme l'aquilon !

Dans un formidable silence

Ils se mesurent un moment f

Soudain l'un sur Fautre s'élance

Saisi d'un même emportement :

Leurs bras menaçants se replient ^

Leurs fronts luttent, leurs membres crient,

Leurs flancs pressent leurs flancs pressés ;

Comme un chêne qu'on déracine

Leur tronc se balance et s'incline

Sur leurs genoux entrelacés!

Tous deux ils glissent dans la lutte, £t Jacob enfin terrassé Chancelle, croule, et dans sa chute Entraîne l'ange renversé :

Palpitant de crainte et de rage Soudain le pasteur se dégage Des bras du combattant des cieux.

L'abat, le presse, le surmonte.

Et sur son sein gonflé de honte Pose un genou victorieux l

Mais sur le. lutteur qu'il domine, Jacob enjcor n^I affermi, Sent à son tour sur sa poitrine Le poids du céleste ennemi!...

Enfin, depuis les heures sombres Où le soir lutte avec les ombres , Tantôt vaincu, tantôt vainqueur.

Contre ce rival qu'il ignore U combattit jusqu'à l'aurore...

Et c'étoit l'esprit du Seigneur f

Ainsi dans les ombres du doute L'homme, hélas! égaré souvent.

Se trace à soi-même sa route.

Et veut voguer contre le vent ; Mais dans cette lutte insensée, Bientôt notre aile terrassée Par le souffle qui la combat, Sur la terre tombe essoufflée Comme la voile désenflée Qui tombe et dort le long du mât.

Attendons le souffle suprême.

Dans un repos silencieux ;,

Nous ne sommes rien de nous-^méme Qu'un instrument mélodi^w^!

Quand le doigt d'ea b^ut $e retire ^ Restons muets cpmiite la lyr^ Qui recueille ses saints trauspQrt3 Jusqu'à ce que la inaiii puissaiitp Touche la corde fréijiissant^ Où dormeril ks divins ^c^sords !

%^^/l»%/%.^%l'%l»»>^^*^^t%^>»»<*^*%%^*/%.'»%'%»»^»^%^/>»»^'<fc%^^«>»^/%%>^-%%'^>^»/%l»%<%^%^-»%<%^

Page 1