‹ Nouvelles méditations poétiquesChapitre 4 sur 28 · ÉLÉGIE ANTIQUE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE ANTIQUE

L'aujûmis sa levoiL, la mer batloit lâ.plâge; . Ainsi parla Se^ho debout sur le Viv^gé, ; .

Et près d'eUe , à ^eaowL, les filles de Le3bo^ ; . Se petachoiént sur l'abîme et cônt^ofiplç^^iit les flolûs :

:Fatalr(x^r, profond abîi»«! ij: i .;

Je vmis aborde sans efiroî! . . i> ;

yousallezÀYcikis déi^ober sarvictun^; , .in : J'ai méconnu Tamour , Tamonr punit.maii crin^ pi . O Neptune! tes flots seront plus doux pour lûQi! Voîs-Mu de quelles fleurs J'akoonrpoiHEé. naft t^f^^^ f yois,<^e»frbnt, si ion^emps ehargé de/môQ^nnui, Orné pour mon trépas conuâiejpcttir une £$te^ : ; . Du bandeau Hsolenoel étincelle aujoiirdfJM^ii!

On dit que dans ton sein... mais je ne puis le croire!

On échappe au courroux de l'implacable Amour;

On dît que, par tes soins, si l'on renaît au jour,

D'une flamme insensée on y perd la mémoire!

Mais de l'abîme, ô dieu ! quçl que âoit le secours,

Garde-toi, garde-toi de préserver mes jours!

Je ne viens pas chercher dans tes ondef propices,;

Un^ubli passager, vain remède à mes m|iux!

J'y viens, j'y viens trouver le calme des tombeaux!

Reçois , ô roi des mers , mes joyeux sacrifices !

Et vous, pourquoi ces pleurs ? pourquoi ces vainssanglots ?

Chantez, chan^tez un.hymne, ô vierges.de Lesbos!

Importuns souvenirs, me suivrez- vous sans cesse?

C'étoit sous les bosquets du temple de Vénus ;

Moi-même , de Vénus- insensible prêtresse ,

Jh chantois sur la lyre un hjmv^ à la déesse :

Aux pieik de ses autels, soudain je t'aperçus!

Dieux! quels transports nouveaux! ôdieuxcommentdécrire

Tous les fiâux dont mon sein se remplit à la fok :

Ma langue se glaça , je demeurai sans voix ,

Et ma tren^bknte main laissa tomber ma lyre!

Non : jamais aux regards de l'ingrate Daphné Tu ne parus plus beau, divin fils de Latone; Jamais lethyrse en main, de pampres couronne, Le jeune dieu de l'Inde,' en triomphe traîné, Wapparut plus brillant aux regards d'Erigone. Tout sortit. . . de lui seul je me souvins , hélas ! SaHs rougir db ma flamme, en tout tdmps, à toute heure, J'erroîs seule et pensive autour de sa demeure, r Un pouvoir plus qu'humain m'enchaînoit sur ses pas! Que j'aimois à le voir, de la foule enivrée.

Au gymnase, au théâtre, attirer tous les yeux , Lancer le disque au loin, d'ime main assurée. Et sur tous ses rivaux l'emporter dans nos jeux! Que j'aimois à le voir penché sur la crinière D'un coursier de l'Élide aussi prompt que les vents. S'élancer le premier au bout de la carrière, Et le.front couronnéi^ revenir à pas lents!

Ah! de tous ses succès, que mon âme étoit fière! Et si de cef beau front de sUeur humecté J'avois pu seulement essuyer la poussière.. . Odieux! j'aurois donné tout, jusqu'à ma beauté. Pour êtreun seul instaht ou sa sœur ou sa mère l

ir •

lo MEDITATIONS

Vous, qui n'avez jamais rien pu pour mon j^onheur! Vaines divinités des rives du Permesse, Moi-même, dans vos arts, j'instruisis sa jeunesse; Je composai pour lui ces chants pleins de douceur, .Ces chants qui m'ont valu les transports de la Grèce : Ces chan^, qui des Enfers fléchiroient la rigueur , MaU^eureuse Sapho ! n'ont pu fléchir sen cœur , * Et son ingratitude a payé ta tendresse l

Redoublez vos soupirs! redoublez vos sanglots! , Pleure^! pleurez, ma. honte, ô filles de Lesbos!

Si l'ingrat cependant s'étoit laissé toucher ! Si mes soilis, simes chants,di mes tr oji foiblest;hàrm^s , A son indifférence avpient pu l'arracher!

S'il eût été du moins attendri par mes larmes! ' Jamais, pour iln[^mortel, jamais la main; des dieux N'àuroit filé des jours plus doux, plus glorieux! . Que d'éclat cet amour eût jeté sur sa vié^ Ses jours à ces dieux même auroient pu faire envie! Et l'amaiït de Sapho, fameux dans l'univers, Auroit été, comme eux, immortel dans m^s vers!

PGÉTIQI^ES, II

C'est pour lui que j'aurois, sur tes autels propices, Fait fumer en tout temps IJencens des sacrifices , O Vénus! c'est pour lui que j'aurois nuit et jour Su^ndu quelque offrande aux autels de l'Amiur ! C'est pour lui que j'aurois durant les nuits entières Aux trois fatales soeurs adressé mes prières!

Ou bien que^, reprenant mon luth mélodieux, ' J'aurois redit les airs qui lui p^isoif^nt le ifti^ux! , Pour lui j'aurois voulu dans les jeux d'Ionie Disputer aux vainqueurs les palmés du génie! ^^ Que ces lauriers brillants à mon orgueil offerts En les cueillant pour lui m'auroient été plus chers!. J'aurois mi&à^es pieds le pri^l die ma victoire, Et couronna son front des rayoniS de ma gloire!

Souvent à la prièrb abaissant mon orgueil v

De ta porte , ô PbaonI j'allais bai3er le seuil !

Au moins, dispis*je^ au moins», si ta rigui^r jalouse

Me refuse à jamais ce doux titre d'épouse^

Souffre, o trop cher enfant, que Sapho> près de toi ,

Esclave si tu veux, vive au moins sous ta loi!

Que m'importe c$ v^m et cette ignpmii^ie ,

la MÉDITATIONS

Je

Pourvu qu'à tes côtés je consume ma vie!

Pourvu que je te voye, e^ qu'à mon dernier jour, D'un regard de pitié tu plaignes tant d'amour! Ne cvains pas mes périls, ne crains pas ma foibbsse, yénus égalera ma force à ma tendresse.

Sur les flots, sur la terre , attachée à tes pas,* Tu me verras te suivre au milieu des combats; Tu me verras, de Ma|;s affrontant la furie, ^ Eéiplirner tous les traits qui menacent ta vie, Entre la mort et tor toujours' prompte à courir... Trop heureuse pour lui si j'avois pu mourir!

Lorsqu'enfinfatigué des travaux de Bellone

Sous la tente au sommeil , ton âme s'absuidonne,

Ce sommeil, o Phaon! qui n'est plus fait pour moi,

Seule me laissera veillant autour de tpi !

Et si quelque souci vient rouvrir ta paupière ,

Assise à tes côtés durant la nuit entière ,

Mon luth sur mes genoux soupirant mon amour ,

Je charmerai ta peine , en attendant le jour !

Je disois; et les vents emportoient ma prière !

POÉTIQUES. * i3

L'écho répétoit seul ma plainte solitaire ; Et l'écho seul encpr répond à mes sanglots!

Pleurez! pleurez ma honte, 6 fiUeSrde Lesbos !

Toi ! qui fus une fois mon bonheur et n\fL gloire! O Ijrre ! que ma main fit résonner pour lui ^ Ton aspett que j'aimois m'importune aujourd'hui , Et chacun detes airs mppelle à ma mémoire Et mes feux , et ma lionte , et l'ingrat qui m'a fui ! Brise-toi dans mes maiiis , lyre à jamais funeste! Aux autels de Vénus , dans ses sacrés parvis Je ne te suspends pas! que le courroux céleste Sur ces flots orageux disperse tes débris !

Et que de mes tourments nul vestige ne reste ! Que ne puis-je de même engloutir dans ces mers Et ma fatale gloire, et mes* chants, et mes vers! Que ne puis-je effacer mesf traces sur la terre ! Que ne puis-je aux Ei^fers descendre tout entière! Et brûlant ces écrits où doit vivre Phaon , Emporter avec moi l'opprobre de mon nom !

Cependant si les dieux que sa rigueur outrage

i4 MÉDITATIONS

Poussoient en cet instant ses pas vers le rivage ? Si de ce lieu suprême il pou voit s'approcher? S'il venoit contempler sur le fatal rocher

Sapho , les yeux en pleurs, errante, échevelée, Frappant de vains sanglots la rive désolée, Brûlant encor pour lui, lui pardonnant son sort, Et dressant lentement les apprêts de sa mort? Sans doute, à cet aspect, touché de mon supplice Il se repentiroit de sa^ longue injustice?

S^ns doute par mes pleurs seJaissant désarmer Il diroit à Sapho : Vis encor pour aimer!

Qu'ai-je dit? Loin de Inoi quelque remords peut-être, A défaut de l'amour dans son cœur a pu naître ? Peut-être dans sa fuite, averti par les dieux. Il frisonne, il s'arrête, il revient vers ces lieux? Il revient m'arrêter sur les bords de l'abîmé, Il revient!... il m'appelle... il sauve sa victime!... •Oh! qu'entend§-jè?;.. écoutez... du coté de Lesbos Uneclameur lointaine a frappé les échos! * J'ai reconnu racccnt de cette voix si chère , J'ai vu sur le chemin s'élever la poussière!

O vierges ! regarder! ne le voyei-vous pas .

POETIQUES. iS

Descendre la colline et me tendre les bras?... Mais non! tout est nmet dans la nature entière , Un silence de mort règne au loin sur la terre , IjC chemin est désert!..^ Je n'entends que les flots.. ^ Pleurez! pleurez ma honte , ô filles de Lesbos !

Mais déjà s'élançant vers les cieux qu'il colore Le soleil de son char précipite le cours, 'toi qui viens commencer le dernier de mes jours, Adieu dernier soleil! adî^ suprême aurore!

Demain du sein des flots vous jaillirez encore,

Et moi je meurs! et moi je m'étèins pour toujours!

Adieu champs paternels! adieu douce contrée! •

Adieu chère Lesbos à Vénus consacrée!

Rivage oîi j'ai reçu la lumière des cieux!

Temple auguste où ma mère, aux j ours de ma naissance,

D'une tremblante main me consacrant aux dieux

Au culte de Vénus dévoua mon enfance ^

Et toi, foiét sacrée, où les filles du Ciel,

JEntourant mon berceau^m'ont nourri de leur miel,

Adieu! Leurs vains présents que le vulgaire envie,

Ni des traits de l'Amour, ni des coups du destin,

i6 MÉDITATIONS POÉTIQUES.

Misérable Sapho ! n'ont j)u sauver ta vie !

Tu vécus dan^les pleurs, el^tu meurs au matin ! Ainsi tombe une fleur avant d'être fanée !

Ainsi, cruel Amour! sous le couteau mortel.

Une jeune victime à ton temple amenée, Qu'à ton culte en naissant le pâtre a destinée, Vient tomber avant l'âge au pied de ton autel !

Et vous qui reverrez le cruel que j'adore Quand l'ombre du trépas aura couvert mes yeux, G>mpagnes de Sapho , portez-lui ces adif tix ! Dites-lui... qu'en mourant je le noi||mois encore'!...

Elle dit. Et le soir, quittant le bord des flots , Vous revîntes sans elle, o vierges de il^bos !

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