‹ Nouvelles méthodes de séro-diagnosticChapitre 5 sur 26 · SERO-DIAGNOSTIC DE LA SYPHILIS S · texte numérisé non relu

SERO-DIAGNOSTIC DE LA SYPHILIS S

dans la syphilis sous prétexte qu'elle est souvent absente. 11 faut considérer toujours un résultat fourni par le laboratoire comme un symptôme complémentaire, et c^est ainsi que l'on pourra n'accorder une valeur absolue qu'aux syndromes de réactions humorales qui viendront s'ajouter aux syndromes cliniques, pour former un ensemble permettant la certitude du diagnostic et la précision du traitement. C'est le meilleur moyen d'éviter ainsi les enthousiasmes trop prompts comme les critiques trop sévères.

Il est nécessaire, pour bien comprendre le séro-diagnostic de la sypidlis, de faire appel à quelques souvenirs de pathologie générale sur le mécanisme de l'imnmnité. Nous commencerons par rappeler brièvement ces principes. Nous exposerons ensuite la méthode de Wassermann, telle que la pratiquent cet auteur et, au début, Levaditi de l'Institut Pasteur, qui Va. importée en France. Nous examinerons ensuite ses résultats et les renseignements qu'elle a pu fournir à M. le professeur Gaucher dans son service de clinique. Nous en ferons, d'après les récents travaux parus sur la question, une étude critique et théorique, avec les diverses méthodes de simplifications proposées. La méthode de Noguchi, à laquelle a bien voulu nous initier M""' Orleman Robinson qui fut sa collal)oratrice, nous paraît, après une courte étude comparative, la meilleure et la plus simple. Nous terminerons enfin par un exposé rapide des nouvelles méthodes de sérodiagnostic, des maladies à champignons, des kystes hydatiques, de la lèpre, des maladies infectieuses et des mycoses fongoïdes. Elles ont toutes pour base les anêmes principes.

Mécanisme de P immunité'

Il est (le notion courante qu'un certain nombre de maladies infectieuses confèrent l'immunité, c'est-à-dire qu'une première atteinte donne à l'organisme le pouvoir de résister à une nouvelle infection de même nature. Un individu atteint de la variole est définitivement à Tabri d*une nouvelle atteinte. La découverte de Jenner, qui montra qu'on pouvait conférer une immunité identique en inoculant une alTection de même nature, mais plus bénigne, devait, avec les découvertes pasteuriennes, ériger la vaccination en une méthode scientifique de prophylaxie anti-infectieuse.

Dès cette époque, il était donc certain que Tintroduction dans l'organisme d'un agent infectieux était susceptible d'y déterminer la production, sinon de substances, au moins de qualités antimicrobiennes spécifiques. La découverte des toxines microbiennes ne faisait qu'étendre ce principe général, lorsqu'on put, quelques années plus tard, démontrer que celles-ci, dans l'organisme, procuraient aux différentes humeurs un pouvoir antitoxiquo.

L'expérience de l*feifTer, «pii fut le point de départ de tous les travaux «jui ont suivi sur les propriétés immunisantes des sérums en particulier et leur action «gglutiiiante et bactéricide, est, à ce point de vue, des plus démonstratives.

Lorsqu'on injecte une culture de vibrion cholérique

MÉCANISME DE l'iMMUNITÉ 5

par exemple dans le péritoine d'un cobaye, ces microbes se développent avec rapidité et ne tardent pas à déterminer une péritonite mortelle. Si l'on prélève une goutte de sérosité péritonéale, on trouve au microscope une quantité de bacilles très mobiles, isolés, comme dans une goutte d'un bouillon de culture. Si, au contraire, on reproduit la même expérience chez un cobaye que Ton a eu soin au préalable d'immuniser, au moyen d'un sérum anti-cholérique ou de cultures de bacilles atténués, la mort ne se produit pas. Si l'on examine la sérosité péritonéale, on trouve des microbes en moins grande quantité, ils ne se sont pas développés ; ils ont perdu leur motilité et apparaissent tous en tas, collés les uns contre les autres, en « îlots d'archipel » — c'est le phénomène de l'agglutination — ; enfin leur forme est modifiée, ils sont en boules, ramassés sur eux-mêmes, en partie détruits — c'est la bactériolyse.

Ce phénomène d'ordre général, observé quelques années après par Max Gruber, en expérimentant avec le bacille typhique, permettait à M. Widal, d'établir le séro-diagnostic de la fièvre typhoïde et devait, depuis, être employé pour un grand nombre d'autres maladies microbiennes et de mycoses.

La découverte du tréponème pâle de Schaudinn, -comme agent certain de la syphilis, pouvait évidemment faire penser comme le montrait déjà la clinique, que la syphilis, véritable septicémie, ne devait pas échapper à cette loi générale. La difficulté résidait seulement dans ce fait, qu'il est encore impossible actuellement de cultiver le spirochète, qu'il est difficile d'en obtenir à l'état pur, et que le phénomène

0 NOUVELLES MÉTH0D1:S DE SÉRODIAGNOSTIC

de raeglutiiiation est, pai* suite, d'une recherche délicate.

Séro-agglutination des trcponhnes.

Nous avons cependant tenté, dans le service de M. le professeur Gaucher, avec M. Fouquet, chef de clinique, quelques recherches dans ce sens. Si Ton prend de la sérosité riche en spirocliètes, avec une ventouse de Bier, au-dessus d'une plaque muqueuse hypertrophique, et qu'on conserve cette sérosité en chambre humide de façon <à éviter Tévaporation, on constate, comme l'a fait remarquer Gomandon dans une thèse récente, pendant la première demi-heure, des mouvements plus lents, un grand nombre de formes géantes,et au bout de deux heures une agglutination complète. C'est pour cette cause que les premiers résultats furent contradictoires, la difficulté du procédé résultant de la tendance à l'agglutination spontanée. Il est cependant certain, et Gijmandon a pu le démontrer pour le spirochœte gall inarum, que cette agglutination spontanée très lente, est instantanée si Ton ajoute une goutte de sérum d'un animal infecté. Il faudrait pouvoir posséder des cultures ou <les tréponèmes isolés, sans sérum du malade et sans sérosité. L'on peut employer, en guise de culture, «h' l'Iinmour aqueuse retirée d'un œil de laj)in on (hi chat auxquels on a inoculé la syphilis et Tans lacfuelle l'ultra inirroscope permet de reconnaître la ])résence d'un gi'aiid nond)re de tréponèmes, très moljiles. Si l'<ni ;ij(tiite quel(]ues gouttes de sérum

ANTIGENES ET ANTICORPS

spécifique, et qu'on observe le phénomène à Tultramicroscope, on voit que ceux-ci perdent leur mouvement et tendent à se grouper. Malheureusement, les grandes cellules qui s'y trouvent gênent parfois cette constatation ; certains sérums non spécifiques produisent aussi le phénomène. Enfin, certaines substances, comme la lécithine, le mercure colloïdal, sont susceptibles de provoquer une légère agglutination. Nous comptons revenir ultérieurement sur cette étude des plus intéressantes et susceptible, croyons-nous, de donner des résultats précis, lorsqu'on pourra déterminer le taux agglutinatif exact, lorsqu'on connaîtra les substances sus2eptibles de produire le même phénomène, et surtout lorsqu'on pourra obtenir, par fîltration, par exemple, des solutions pures, assez riches en tréponèmes.

Antigènes et anticorps.

Nous venons de voir que l'introduction dans l'organisme d'un agent infectieux ou toxique était susceptible de provoquer des phénomènes réactionnels particuliers. Nous allons montrer que ce phénomène peut aussi bien s'appliquer aux globules rouges qu'aux microbes et toxines, et qu'il va être le point de départ d'une autre méthode de séro-diagnostic.

D'une manière générale, et nous pouvons dès maintenant employer ces termes courants, en ayant soin de ne donner aux mots que la signification des faits qu'ils expriment et non de substances définies ; chaque fois

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que dans un organisme, on introduit un « (uU'ujène » quelconque, il provoquera la production de sul)stances antaiTonistes (]u'on désigne pratiquement sous le nom d' « anticorps >. Les antitoxines, les bactériolysines, les agirlutinines, et nous le verrons, les hémolysines, les hémo-agglutinines et les cytolysines, appartiennent à ce dernier groupe, qui se trouve ainsi suffisimment défini. En d'autre termes, la réaction d'immunité est désignée sous le terme générique de production d'anticorps et c'est par analogie que l'on désigne sous le nom iVantigènes toutes les substances capables, par leur pénétration dans l'organisme, de provoquer l'apparition iVanticorps,

Il nous sera facile dans la suite de discuter la valeur de ces lîxpressions, de montrer qu'il ne s'agit pas prol)abl('ment, dans tous ces cas, de substances particulières, mais seulement de propriétés physico-cbimiques diiïérentes, de réactions de colloïdes à colloïdes ou de lipoïdes colloïdaux à lipoïdes. Il suffit à l'heure actuelle de nous entendre sur les faits et le parti qu'on en peut tirer.

Urmolifse cl srrunis Iirinn/i/fuiHrs.

Chacun sait actuellement en quoi consiste le phénomène de l'hémolyse. Le globule rouge est constitué par un stroina, un protoplasma et nn<' membrane d'enveloppe. Dans ses constituants chimiques, se trouvent u.iê protéine congulablr ;un ])igm('nt (jui lui donne sa couh'uret joue unrùle j)hysi<)logique capital, c'est l'hémoglobine ; des sels(]ui contril)iH'nt à lui communicjuer

HÉMOLYSE ET SERUMS HEMOLYTIQUES 9

une certaine pression osmotique ; et enfin des graisses phosphorées ou lipoïdes. Nous avons déjà montré qu'un grand nombre de ces substances se trouvaient sous un état physique particulier, l'état colloïdal, et acquéraient de ce fait des propriétés spéciales *. On désigne sous le nom à'hémolyse la destruction de cet organite, et, dans le liquide où il se trouve, la mise en liberté de ses éléments constituants, particulièrement de l'hémoglobine, qui, immédiatement diffusée, s'empresse de communiquer au liquide une couleur rouge vif intense et caractéristique.

Divers agents sont capables de provoquer ce phénomène. Ce sont tout d^abord des agents physiques. Le principal est constitué par le changement de concentration moléculaire du liquide où se trouve le globule rouge. Si Ton dépose une goutte de sang dans une solution n'ayant pas la même concentration moléculaire et par suite le même degré cryoscopique que le sérum sanguin, le globule rouge tend immédiatement à se détruire, l'hémolyse a lieu. Ce fait explique pourquoi l'eau distillée constitue un des plus puissants agents hémolytiques. Lorsque dans une suspension de globules, riiémolyse est totale, après centrifugation, elle possède une couleur rouge cerise uniforme, et il n'existe plus aucun culot hématique. Au contraire, lorsqu'on dépose des globules rouges dans une solution de même concentration moléculaire que le sérum sanguin, ils se déposent au fond, intacts, laissant au liquide dans lequel ils se trouvent sa coloration initiale. C'est pourquoi dans toutes les expériences qui vont

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