XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
travail, dont mieux que personne il connaissait la moralisante influence, que A. Bonnet parvint à enrichir et à compléter sa nature première. « La science, disait-il souvent à ceux que le plaisir détourne du sanctuaire, est une vierge jalouse qui ne veut point d'autre culte. » Et ce culte de la science, si absolu chez lui qu'il ne laissa place à aucune passion inférieure, fut l'instrument de sa grandeur morale. Plus il s'élevait dans l'ordre intellectuel, plus il grandissait dans la possession de lui-même, si bien que sa volonté qu'il avait assouplie à toutes les exigences de ses études, était devenue une force toujours active qu'il appliquait au perfectionnement de son âme, et dont l'action bienfaisante se faisait victorieusement sentir tout autour de lui.
Le travail était pour Bonnet un besoin si impérieux que ce rude athlète ne sut jamais se délasser d'un labeur que par un autre labeur. De telles dispositions se conciliaient trop bien avec tous les devoirs du chef de famille pour qu'il pût en négliger aucun. Aussi devenu époux et père, le vit-on réapprendre les leçons oubliées d'autrefois, pour surveiller et guider la première éducation de ses enfants : touchante sujétion d'amour paternel qu'il s'imposait au milieu des innombrables occupations de chaque jour, et qu'il savait faire tourner au profit des siens, comme à la plus douce joie de sa vie intime !
Cette loi du travail qui élevait sans cesse son esprit et son cœur. Bonnet la pratiqua jusqu'au dernier jour. Il achevait ses Nouvelles méthodes de traitement des maladies articulaires (15 novembre 1858), fruit de ses récentes veilles et de ses plus utiles recherches, quand une apoplexie de la moelle épinière, dont la gravité devait mettre en défaut les ressources de l'art le plus habile et