SUR LE PROFESSEUR BONNET. XXXVII
les soins du dévouement les plus affectueux, vint subitement l'avertir qu'il fallait oublier toute la gloire périssable de ce monde et penser à la gloire promise qui ne périt pas. Renonçant alors, avec une pieuse résignation, à tant de travaux entrepris, à tant de projets d'avenir que sa fin prochaine allait interrompre, il s'appliqua à mourir, comme il avait vécu, avec la dignité du sage et la foi du chrétien, léguant ainsi à l'admiration de tous le profitable enseignement d'une belle mort venant couronner une belle vie.
Il mourut le 1" décembre 1858, âgé de 49 ans. Tel fut le professeur Bonnet. Chez lui l'homme dépassait encore le savant. Les œuvres qui recommandent son nom à l'histoire de la science sont là ; elles répondent de sa gloire. Mais qui pourra dire ce que l'élévation de son caractère lui avait conquis d'ascendant sur tous ceux qui, à un titre quelconque, avaient pu l'approcher? Malades, élèves, amis, confrères, collègues, tous gardaient invinciblement de lui une impression profonde d'affection et de respect, belle et légitime influence d'une haute et rare valeur morale, d'un exemple incessant et de jour en jour supérieur à lui-même de tenue dans la volonté, d'énergie dans le travail, de sévérité dans la conscience et de dévouement absolu au devoir. C'est par là surtout qu'il s'était fait parmi ses contemporains cette grande place, c'est pour cela que sa mort a été, à Lyon, l'occasion d'un deuil universel et des plus imposantes funérailles. Au sein de la foule qui composait son immense cortège, se pressaient à la fois les administrateurs des institutions charitables qu'il avait si vaillamment servies pendant vingt-six ans, les malheureux qu'il avait soulagés, les émules qu'il avait honorés, et tous ces amis con-