‹ Nouvelles notes intimes d'un émigréChapitre 1 sur 34 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Peu d'ouvrages d'histoire, ces années écoulées, ont reçu du public un accueil plus favorable que les « Notes Intimes » du Chevalier de Pradel de Lamase. Ce livre a plu par sa franchise, et nous, éditeurs et héritiers de l'auteur, ferions preuve d'ingratitude si nous ne rapportions le principal mérite du succès aux éminenis critiques, appartenant à presque toutes les opinions, qui ont honoré Vouvrage de leurs appréciations bienveillantes.

Les « Notes Intimes d'un émigré » ont provoqué de nombreux articles de journaux ou de revues et, sauf deux ou trois discordants visiblement inspirés par la passion de parti, les autres sont, pour ainsi dire, unanimes à louer la clarté du style et la netteté des idées exprimées.

Nous voudrions pouvoir remercier ici, un à un, tous ces aimables confrères qui nous ont aidé à venger non point notre parent — car il importe de ne point rabaisser de graves questions à des intérêts de famille — mais une victime de la Révolution et, avec elle, les milliers et milliers de Français qui n'avaient encore recueilli de leur fidélité au serment et du devoir accompli jusqu^à l'entier sacrifice de soi-même, que les sarcasmes

et les calomnies de leurs proscripleurs el des enfanfs de ces proscripleurs.

Nous ne voulons retenir des éloges décernés à l'auteur el dont les éditeurs osent revendiquer une petite part, qu*un encouragement à montrer V officier condéen tel qu'il fut jusqu'à la fin de sa vie; sans souci cette fois de ménager certaines susceptibilités trop longtemps entretenues dans tes âmes les plus droites par des préjugés qu'on estimait naguère inexter minables.

La nécessité de l'émigration et ta parfaite régularité de la lutte de l'armée royaliste contre la horde révolutionnaire sont aujourd'hui de mieux en mieux démontrées; la parfaite irrégularité des confiscations opérées par cette même horde pénètre chaque jour les intelligences, grâce à l'ardenle campagne entreprise par une brillante phalange d'écrivains qui déracinent, les unes après les autres, toutes les errores fori, grâce surtout à l'approbation donnée à V « Histoire d'une famille française » par le maître souverain de la morale.

Encore quelques années de discussions, et toutes ces vérités, toule celle morale formeront le corpus de notre droit public; elles s'imposeront aux consciences françaises avec d'autant plus d'énergie que les faussetés contraires ont longtemps prévalu, au grand détriment de la Justice. Les paroles des vicaires du Christ ne passent point. Leur effet est tantôt foudroyant el tantôt lent à se manifester. N'importe! Il faut que leurs ana- Ihèmes et leurs bénédictions s'accomplissent. L'histoire de la religion en fait foi.

L'heure nous paraît donc opportune d'ajouter un

PREFACE y

second volume au premier. La matière est abondante, nous r avons remarqué lors de la précédente publication, et nous n'avons que Vembarras du choix quand il nous faut ajouter un souvenir à un autre souvenir.

Pour le présent livre nous avons choisi les passages qui offrent le plus de cohésion, les « notes « que V auteur a repérées lui-même dans le calme de sa vie provinciale et qu'il a rédigées avec une certaine coquetterie de plume, soit en fixant les anecdotes dramatiques ou amusantes de Vémigration, soit en exposant les idées qui lui furent personnelles ou, mieux encore, qui composèrent le domaine inexpugnable des proscrits, car on n'admettait généralement aucune concession à Verreur politique dans ce milieu justement et noblement intransigeant.

Nous avons classé dans la première partie du volume ce qui tient à Vhistoire proprement dite, en faisant précéder les récits de deux déclarations où le chevalier croit devoir expliquer que ni son exil ni celui de son père ne furent volontaires. Xous avons rangé dans la seconde, la plus importante, les réflexions qui lui furent suggérées par les événements qu'on a l'habitude de qualifier de « grandes journées révolutionnaires ».

// les juge avec indépendance, surtout avec une perspicacité qui pourra paraître parfois bien clairvoyante. Mais les esprits superficiels devraient prendre garde que le chevalier de Lamase fut contemporain de MM. de Maistre et de Bonald, qu'il est mort après eux (1843), que ces deux écrivains célèbres, formés à l'école de Vémigration, n'ont été que les échos éloquents

de ce qu'on pensait ci de ce qu'on disait autour d'eux, enfin qu'il a lu leurs œuvres.

Faul-il observer encore que Cazalès, Maury et beaucoup d'autres avaient parlé à la Constituante comme Bonald et Maistre ont écrit longtemps après eux ? Les idées saines qui circulent maintenant à Vair libre nous paraissent nouvelles; en réalité ce sont de vieilles idées ressuscitées. Elles étaient communes à tous les cerveaux bien équilibrés avant et pendant la Révolution; elles n'ont été altérées et démodées qu'après le triomphe des pires usurpations.

En ajoutant à tant d'affirmations magnifiques de la vérité politique et sociale le témoignage de notre grandoncle, nous avons à cœur de prouver que les victimes de la grande proscription, jamais dupes de leurs proscripteurs, n'ont pas reconnu un instant la justice ou la nécessité des souffrances qui leur furent méchamment imposées. Contraints de se taire, les émigrés, rentrés et toujours suspects, ont clamé en secret leurs cris de détresse et jeté ainsi en terre une semence qui a mis cent ans à lever et à se développer. Nous commençons la moisson.

On s'étonnera peut-être du choix des « Journées révolutionnaires », qui ont inspiré au chevalier de très sages réflexions. Nous le trouvons presque muet sur le 9 thermidor et nous le voyons s'étendre fort longuement sur le 18 fructidor. Telle est sa méthode. Il traite, en réalité, de chacun des incidents que l'histoire officielle nous a habitués à considérer comme les incidents culminants de la Révolution; seulement son point de vue diffère essentiellement de celui des vainqueurs et de celui de

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