D*UNE VILLE ALTEREE
couvoi de charretteb et de futailles serait expédié sur-lechamp au RhÔDO, et que ce service public serait continué jusqu'au 31 août, époque où saint Lazare, évêque de Marseille, accorde une pluie périodique à sa ville épiscopalc. En effet, le Rhône désaltéra Marseille, dans cet été désastreux : il fallut donc une main longue de vingt lieues pour puiser à ce fleuve quelques verres d'eau.
Dans le denii-siècle qui vient de s'écouler, Marseille n*a pas perdu de vue son canal, et elle a fait des plans. Mais on ne se désaltère pas avec des plans. Il y a si\ ou sept ans, je crois, un de ces terribles étés jeta tant d'épouvante et de soif au cœur des Marseillais, qu'on s'occupa plus sérieusement que jamais d'avoir de l'eau à tout prix. Ce fut encore un été de bronze. La terre et le ciel se liguèrent pour supprimer les pluies et les sources. L'Huveaune et le Jarret roulaient du sable ; et comme, à de longs intervalles, ces deux ex-rivières donnaient quelques signes de transpiration, et que ces gouttes de sueur étaient humées au passage par des jardiniers égoïstes, le préfet fit échelonner un régiment dans le lii de TRuveaune pour épouvanter ces jardiniers. Alors de nouveaux plans surgirent ; ils furent envoyés aux conseils généraux et débattus au milieu des rivalités de villes et de villages. Les villes et les villages qui avaient de bonnes et larges rivières sous la main trouvaient étrange que Marseille fît tant de bruit pour quel- «jues gouttes d'eau. Marseille a la mer. disait-on; que veutelle de plus? C'était la mer à boire. De toutes parts les réj'iamations pleuvaient sur Marseille. Un noble pair, qui a des propriétés sur la Durance, et qui regarde la Durancc comme un cadeau que Dieu lui a fîiit, se jeta comme une digue devant les prétentions des Marseillais. Ceux-ci avaient b<»au dire : Nous ne voulons faire qu'une légère saignée au
hras gauche de la Durance, le noble pair redoutait de voir
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sa Durance avalée par les Marseillais, dans une orgie hydraulique; et il formait opposition. Autrefois il y avait un proverbe qui disait :
Le parlement et la Durance Sont les fléaux de la Provence.
Depuis ce proverbe, la Durance a gardé son naturel. C'est une rivière qui ebange de lit chaque saison, comme une épouse adultère. C'est une rivière folle qui demandait impérieusement une saignée. A peine les Marseillais ont-ils tourné leurs lèvres vers cette Durance vagabonde, que les riverains ont entonné un chœur d'éloges à son honneur. Jamais on n'avait vu rivière plus calme, plus sociable ; on la calomniait, cette pauvre Durance ; Aréthuse n'était pas plus douce ; l'Eurotas ne coulait pas plus mollement qu'elle dans son lit de lauriers*roses. Complète réhabilitation. Le proverbe mentait de moitié ; le parlement seul était un fléau ; or, le parlement étant détruit, la Provence n'avait plus de fléaux.
La ville d'Aix, qui a de l'eau, puisqu'elle se nomme Ai\, s'est jetée aussi au travers du canal de Marseille. Une foule de bourgs et de hameaux, dont les maires sont de vénérables bergers, ont protesté contre le canal. Le préfet du département et le maire de Marseille ont été appelés à Paris pour justifier les prétentions d'une malheureuse ville altérée, et fournir le meilleur plan de canalisation. Les débats ne finissaient que pour recommencer. Enfin, la cause de la justice a triomphé, la semaine dernière, à la Chambre. Les députés ont, par un vote unanime, accordé à Marseille la permission de boire en été. Enfin Marseille. sœur de cette Rome qui envoyait à ses naïades lointaines dix lieues d'arcs de triomphe pour leur demander une