Nouvelles observations de M. le Maréchal Clauzel sur la colonisation d'Alger
Lorsque, dans le mois d’octobre i83o, je proposai au Gouvernement de coloniser Alger, je m’étais fait d’abord toutes les objections dont les adversaires de la colonisation ont entretenu les deux Chambres. Mais , après un examen long et consciencieux, je n’avais pas tardé a reconnaître que nul obstacle insurmontable ne s’opposait a l’exécution de cette vaste et belle entreprise.
En effet , il résulte de tous les discours prononcés a ce sujet que les deux seules objections qu’on puisse raisonnablement présenter sont — les dispositions hostiles des populations et l’état d’insalubrité du pays.
Il ne me sera pas difficile de démontrer que l’on peut, et comment on peut résoudre ces
deux difficultés dont on a , du reste , prodigieusement exagéré l’importance.
Les dispositions peu amicales des Arabes sont faciles a expliquer. Ces barbares nous détestent comme ils détestaient les Turcs, parce que , comme ces derniers, nous occupons un pays qui est a leurs yeux le patrimoine de leurs ancêtres, et la haine qu’ils nous portent s’augmente naturellement de toute la ferveur du préjugé religieux. Mais, en dépit de cette barrière qui existe entre les Arabes et nous qu’ils appellent infidèles , il y a cependant eu des rapprocliemens. Nous avons des partisans influens dans la Régence , parmi les sectateurs de Mahomet. A Médéah , et dans d’autres circonstances, des Arabes n’ont- ils pas combattu sous notre drapeau? N’avons-nous pas compté quelques tribus parmi nos alliés? Pourquoi ce qui a déjà eu lieu ne se reproduirait-il pas encore? Pourquoi ce que l’on pourrait appeler une exception ne deviendrait-il pas une règle générale ? Il ne faut qu’une chose pour cela : proclamer hautement et prouver par nos actes que nous voulons garder et coloniser Alger.
Si l’on agit ainsi, les Arabes, les Maures et les Juifs qui sont bien disposés à notre égard
n hésiteront pas à se prononcer, tandis que, dans la position actuelle, ils craignent de passer pour partisans des Français , ce qui serait un titre certain de proscription dans le cas oii nous viendrions à évacuer le pays.
Quant aux Arabes qui, par fanatisme ou pour toute autre cause , s’obstineraient a demeurer nos ennemis , lorsqu’ils seront bien convaincus que la colonisation est chez nous un dessein formellement arreté dont rienne peut nous faire départir, ils plieront devant notre ferme volonté, comme ilspliaient devant celle des Turcs. Le fatalisme oriental leur fournira des motifs de résignation , et ils ne manqueront pas de se retrancher derrière leur phrase habituelle :
Cela était écrit là-haut! Ils en étaient a ce point après la conquête d’Alger, et aussi après l’expédition de Médéah (1800). Sans la fâcheuse indécision qui a toujours présidé depuis aux actes du Gouvernement, ils ne seraient pas revenus à l’espérance de nous voir évacuer le pays, espérance soigneusement entretenue par certaine puissance africaine et par plusieurs agens diplomatiques étrangers.
On a dit que si nous voulions coloniser Alger il faudrait exterminer les naturels, comme les
Espagnols ont exterminé les Maures et les Mexicains. Ce que je viens de dire répond suffisamment a cette objection. J’ajouterai seulement que l’exemple est bien mal choisi, car ce n’est pas par une nécessité politique, mais par fanatisme religieux que les Espagnols en ont agi de la sorte. Or, je 11c pense pas que les Français poussent le zèle pour le catholicisme au point de faire éprouver le meme traitement aux tribus arabes et berbères.
Rien que je croie a la résignation des liabitans de la Régence, quand nous nous serons formellement prononcés, je ne prétends pas dire que de temps a autre les Bédoins ne viendront pas inquiéter nos colons. Peut-être même aura-t-on a déplorer quelques malheurs individuels. C’est ce qu’on voit encore dans les Etats-Unis; et nous ne trouvons pas que cette considération empêche la colonisation de marcher dans ce pays de l’est a l’ouest. La population, qui était de 5, 600,000 en 1800, est arrivée depuis au-dela de 1 5, 000, 000. Dans les pays les plus civilisés, des attentats ont lieu contre les personnes et les propriétés, et si l’on fesait une comparaison sous ce rapport entre Alger et Londres, on arriverait à un résul-
tat de statistique morale qui étonnerait ceux qui 11e rêvent que pillages, vols, assassinats et incendies sur la côte d'Afrique. D’ailleurs, le système que je propose aura pour résultat de prévenir ces malheurs qui sont toujours déplorables, quel qu’en soit le petit nombre.
Aous arrivons maintenant a la grande objection des adversaires de la colonisation, l’insalubrité de la plaine de la Mitidja. Avant de parler plus particulièrement de cet objet, je ferai observer que l’insalubrité, quand elle est produite par des causes que les forces humaines peuvent faire disparaître , n’a jamais été un obstacle sérieux h la colonisation d’un pays.
S’il est une contrée insalubre, c’est assurément l’Amérique, il est peu de points de ce vaste continent qui n’aient vu enlever par des maladies les premières populations qui étaient venues s’y fixer. Depuis, les travaux agricoles ont amené l’assainissement du pays, et les habitans actuels n’ont plus à combattre les influences délétères qui ont moissonné leurs prédécesseurs.
En 1818 , j’étais a Mobile, pays qui sortait pour ainsi dire de dessous l’eau. La fièvre jaune, importée de la Havane, commença a exercer
ses ravages le 2 septembre, et le 22 du même mois 3,200 habitans, sur 2,600 qui formaient toute la population, avaient cessé de vivre. Les eaux stagnantes étaient pour beaucoup dans cette effrayante mortalité. Aujourd’hui, les travaux d’agriculture ont fait disparaître la cause du mal, et il existe dans la ville de Mobile environ i 5 ,ooo individus. Cet état, qui ne produisait en 1818 que i 5 ,ooo balles de coton, en livre aujourd’hui i 5 o,ooo au commerce.
Imitons en Afrique ce qui s’est fait en Amérique; imitation d’autant plus facile que les obstacles ne sont pas les mêmes.
Certes, l’insalubrité de la Mitidja, dont on a fait tant de bruit, est loin de pouvoir être comparée à celle dont je viens de donner l’exemple. D’ailleurs les causes de cette insalubrité sont parfaitement connues; et le dessèchement des marais 11e tarderait pas à les faire disparaître.
J’ai prouvé dernièrement (1) que vers le commencement du XVI e siècle la Mitidja avait une population de près d’un million d’individus, qu elle était couverte de tribus riches et industrieuses dont le chef fut choisi pour roi par les
( 1 ) Voyez le Momtenràu 25 avril i855.
Algériens. L’usurpation du corsaire Barberousse enfanta le système de violences et d’avanies qui fut continué et augmenté depuis par les hachas et les deys ; et ce système eut pour résultat l’éloignement des tribus que leur proximité d’Alger exposait plus particulièrement à en être victimes.
La population de la plaine diminua donc graduellement. Les eaux n’étant plus contenues, dirigées par les travaux des hommes, se déposèrent en vastes marécages sur les terrains qu’elles fertilisaient jadis et devinrent une cause puissante de maladies.
Quand on réfléchit a ces faits , et qu’on se rappelle les expressions d’admiration que la fécondité de celte belle plaine a inspirées à tous les écrivains de P antiquité et des temps modernes , on a peine a comprendre ceux qui viennent aujourd’hui affirmera la tribune que la Mitidja est condamnée par la nature a être insalubre, et que sa fertilité est problématique!
J’ai indiqué (projet d’assainissement remis au ministre de la guerre) ce qu’il y avait a faire pour dessécher les marais. Ces travaux ne peuvent être entrepris dans cette saison. Ce n’est pas ma faute s’ils n’ont pas été commencés de-
puis i83i . 11 faut donc se résigner pour Télé de i853, et s’attendre à avoir beaucoup de malades, moins cependant que les années précédentes , parce que le printemps n’a pas été pluvieux j mais en septembre ou en octobre prochain , on peut entreprendre ces travaux d’assainissement qui ne seront ni longs ni coûteux.
Au reste , les adversaires de la colonisation conviennent que si Pair est vicié dans quelques plaines, le climat est beau et généralement sain dans le reste de la Régence. Un tel aveu n’est pas sans importance de la part de personnes qui voient tout en noir ; mais c’était un fait si bien établi qu’il n’y avait pas moyen de le nier. Dapper, qui a compilé les meilleurs ouvrages écrits sur l’Afrique , dit : f Description de V Afrique^ p. i6o.^> U air du royaume d’ A Iger est si tempéré que la chaleur de l'été ne sèche pas les f euilles des arbres et que la rigueur de l’hiver ne les fait point tomber (y).
(i) On trouvera à la fin de cette brochure ( note a), une lettre de M. Desfontaines, membre del’ Académie des Sciences et professeur de botanique ; elle confirme tout ce que j’avais avancé sur la fertilité et la salubrité de la Régence. J’aurais pu invoquer beaucoup d’autres témoignages aussi important.
Pour terminer cette question si controversée de l’insalubrité de la Mitidja, je dirai que certaines parties de la France sont tout aussi malsaines que cette contrée de l’Afrique. Les côtesde laMéditerranée, surtout deCollioure a l’embouchure du Rhône, sont très insalubres; les garnisons qui s’y trouvent placées y éprouvent des perles d’hommes considérables par les maladies. Et cependant personne n’est venu proposer d’abandonner le pays.
Les côtes de la Bretagne, de l’ouest de la France en général, notamment des environs de Rochefort , nous inspireraient les mêmes réflexions. Les ressources que présente une civilisation avancée n’ont pu mettre ces localités a l’abri des influences morbides que nous avons signalées; la Mitidja est dans une position bien autrement favorable; car, avec peu de temps et de dépenses , elle serait délivrée des marais qui la rendent insalubre.
Si j’ ai proposé de commencer la colonisation par cette plaine, c’est parce qu’elle est un point central, a proximité du Gouvernement, des magasins et du port, où tout peut être reçu, chargé, vendu ou expédié. Bone et Oran n’offrent pas le même avantage; d’ailleurs la plaine
IO
de la Mitidja présente des moyens plus faciles et moins dispendieux de défense queBone, où se trouve au reste un excellent général, homme très capable de coloniser, chose assez rare, trop rare en France (i).
D’autres personnes voudraient que l’on occupât d’abord le massif d’Alger et que l’on se bornât à coloniser sur ce point. Bien que j’adopte en partie cette idée et que je l’aie toujours émise, j’avoue que si l’on ne pouvait faire plus il vaudrait mieux abandonner le pays. Le
(i) Depuis qu’on occupe Oran et Bone avec des forces considérables, on a été à même d’apprécier tout ce que présentaient d’avantageux les dispositions que j’avais prises relati vement aux Bejliks d’Oran etdeConstantine. Qu’est-il résulté de tout ce qu’on a fait dans ces provinces ? L’emploi de plus de huit mille hommes pour garder deux places et, par conséquent, un accroissement annuel de dépenses d’environ 6,000,000.
Vit-on pour cela en meilleure intelligence avec les Arabes? Est-on plus maître du pays ? Non sans doute; car on est attaqué à chaque instant. Les mesures que j’avais prises nous réservaient le beau rôle de médiateur, de pacificateur entre les Arabes et les beys. Chacune de ces provinces devait nous rapporter un million sans que nous eussions besoin d' y entretenir des troupes ; et cela jusqu’au moment où il nous aurait convenu d’occuper nous-mêmes. Nous y dépensons maintenant six millions et des hommes , grâce à une susceptibilité de bureaux !
massif d’Alger donnera un peu de blé, des légumes, de la volaille et quelques bestiaux; on peut y planter des oliviers, des mûriers; et il est probable que cette contrée, depuis Matifoux jusqu’au Mazaffran (en y comprenant les coteaux de Sahell qui bornent au nord la plaine de la Mitidja et celle de l’Hajoute), rendrait annuellement près de 40,000,000 en soies et en huiles, puisque sa superficie surpasse 70,000 hectares. Mais, y a-t-il beaucoup de colons qui puissent attendre de vingt à trente ans le résultat de leur travail? Ce terroir 11’est pas propre à la culture du coton , de l’indigo, de la garance, du chanvre et des autres produits qui rendent beaucoup et en peu de temps; vouloir les y obtenir, c’est demander des denrées coloniales a la butte Montmartre.
Comment, d’ailleurs, protégerez- vous ce pays qui partout est ouvert? Les postes de défense ne doivent jamais être établis sur les maisons des colons; c’est en avant et de loin qu’il faut protéger leurs travaux.
On va peut-être me dire que la ligne du petit Atlas présente le même inconvénient. Je çais que des hommes à pied peuvent descendre
de ces montagnes presque de tous cotés, sans passer par les routes ou sentiers, comme cela se voit dans les Pyrénées et les Alpes; mais je sais aussi qu’une troupe nombreuse n’y passe pas vite, que les chevaux y marchent fort difficilement, que les chameaux n’y passent pas du tout et qu’ils sont obligés de suivre les chemins tracés; mais je sais encore que, lorsque les Arabes se mettent en campagne, ils conduisent avec eux leurs familles, portées sur des chevaux , des mulets ou des chameaux , et qu’une fois les postes que je propose établis sur l’Atlas, il leur sera très difficile d’échapper a notre cavalerie, s’ils entrent dans la plaine. Tous ceux qui ont combattu en Afrique connaissent ces faits aussi bien que moi.
Le massif d’Alger et la plaine de la Mitidja seront dans un état complet de sécurité, lorsque les forts que je propose auront été construits au pied de l’Atlas. Je dis au pied de l’Atlas, car sur les cimes des montagnes ils ne serviraient arien, et ne pourraient être approvisionnés sans des combats dans des positions qui ne. seraient pas toujours favorables.
Des personnes graves, des membres des deux Chambres, des ministres même, ont pensé que
puisque l’on ne savait pas coloniser, il suffisait d’occuper faiblement Boue, Bugie, Alger et Oran , et qu’en se bornant a ces quatre villes, on obtiendrait également tous les avantages d’un grand commerce entre Alger et la France.
Pour dissiper leurs illusions, je présente l’état du commerce d’importation et d’exportation d’Alger pendant l’année 1826 (1).
Il sera facile de voir, a l’inspection de ce tableau, que se borner a l’occupation qu’on indique serait replacer le commerce de cette ville dans la position où il était avant la conquête, position défavorable, puisque la balance des exportations et des importations offre une différence de 5 , 566 , 800 fr. au détriment de la Régence.
J’arrive maintenant au système de défense.
J’ai dit dans mon projet qu’il fallait entourer la Mitidja de forts placés a l’entrée des gorges de l’Atlas, de manière qu’ils eussent le double avantage de commander les issues de ces débouchés et de pouvoir correspondre entre eux a l’aide de signaux. Au lieu de tours en maçonnerie ou de blockhaus, je voudrais des mai-
(1) Voyez la note b , à la fin.
sons k la turque, élevées de deux étages au dessus du rez-de-chaussée , ayant une terrasse au lieu d’un toit, et une galerie extérieure saillante au deuxième étage , afin de disposer, par ce moyen, de plusieurs rangs de feux, et surtout de feux plongeans. Le premier étage recevrait une pièce de canon. La maison serait entourée d’un bon retranchement ou d’un mur, et on placerait un obusier au rez-dechaussée (extérieurement, bien entendu). La garnison de chacun de ces forts serait de cent hommes. Mon projet présente en tout onze de ces maisons retranchées.
Avant de travailler a les construire, je commencerais par l’établissement du village de l’Hamise , où je réunirais tous les moyens d’action pour lui faire une enceinte. On creuserait un très large fossé , et les terres qui en sortiraient serviraient à élever le mur d’enceinle et une banquette derrière ce mur. La forme de ce village serait un carré de 200 toises sur chaque face, flanqué d’une tour aux quatre angles saillans(i). Comme on possède des blockhaus, quon pourrait y porter pour pro-
(1) Voyez la note c , pour le détail de la construction de res villages.
léger le travail el en assurer l'exécution contre toute entreprise des Arabes, il est hors de doute que l’opération entière serait terminée en très peu de temps.
C’est alors seulement que je ferais occuper Blida (i) par 2, 5 oo hommes, dont 3 bataillons d’infanterie, 200 chevaux et une batterie d’artillerie de campagne. Je ferais sur-le-champ travaillera deux tours en maçonnerie au-dessus
de cette ville, chacune pouvant renfermer 60 hommes, et qui auraient pour objet de contenir les tribus de Beni-Sala et Beni-Missara , et les empêcher de couper les eaux qui alimentent Blida. Par l’eflet de cet conslruction, la brigade cantonnée dans cette endroit pourrait toujours avoir un corps disponible de 1800 hommes au moins pour courir la campagne.
Les postes de la Chiff'a 3 de Mouzaïa y de la roule à'Oran et del ' U kil H ajoute dépendraient
(1) Il y a beaucoup de maisons à Blida , et il faut préférer l’emplacement actuel de cette ville à celui qu’on voulait lui donner un peu plus loin dans la plaine. On ne devrait cons-' truire que des maisons basses à cause de la fréquence des tremblemens de terre. Les gros arbres, les pins des montagnes de Beni-Sala et des environs du col de Téniah ; les ch ^
iG
Je la brigade de Blida. Les fermes de l’TJkil Hajo ute et de Mouzaïa peuvent, sans beaucoup de dépenses, être mises en état de recevoir garnison. Mais je voudrais que le poste de Mouzaïa fut établi près de la rivière, et même sur un monticule qui la domine ainsi que le Marabout, si la rivière toutefois n’est pas hors de la portée de fusil. Ce monticule serait un excellent point, car je me rappelle qu’il commande toute la plaine de la Mitidja et celle de l’Hajoute qui en est la continuation.
Sur la rive gauche de l’Aratch, il faudrait une brigade de même force que celle de Blida, à peu près a distance égale de cette ville et du nouveau village de l’Hamise. Elle serait logée dans une bourgade semblable à ce village. Quatre tours, renfermant chacune 60 hommes, défendraient la position, permettraient de disposer de la brigade et de la mobiliser au besoin. Celle-ci serait chargée en outre de protéger la construction des forts de la vallée de l’Aratch entre Beni-Moussa et Beni-Missara ç
nés verts des montagnes de Mouzaïa, sont des ressources qui pourront être utilisées dans les constructions. Il est probable que Blida sera un des points qui ne tarderont pas à être peuplés de colons venus d’Europe.
Mhik
et, conjointement avec la brigade de Blida, le fort de la route de Médéali à Alger qui traverse cette tribu.
La troisième brigade serait dans le village de rilamise , et sa force serait égale aux deux autres. Les postes deEl-Kadarach et celui de la route deConstantine seraient occupés par elle. Quant a celui de l’embouchure du Kadarach , rien ne presse de l’établir, attendu que les Arabes ne s’exposeraient pas à se réunir en nombre dans cette partie de la Mitidja. On y pourvoira plus tard.
Je placerais une réserve de 3,ooo hommes sur le versant sud du massif d’Alger, en face de la ferme du bey d’Oran. Elle verrait les trois br igades, l’Atlas et toute la Mitidja de l’est à l’ouest, et il ne resterait a Alger qu’une garnison suffisante pour le service de la place et les communications avec Blida, l’Hamize et l’Aratcli.
Matifoux doit être gardé par la garnison d’Alger et approvisionné par mer. Les postes de la Maison-Carrée et de la Ferme expérimentale (i) doivent être également fournis par cette ville.
(i) Voyez la note d , a la fin.
Dans tous les avant-postes on ferait bien de placer des Zouaves. C’est un excellent moyen d’établir des communications avec les Arabes; et ces relations fréquentes ne contribueraient pas peu a calmer l’irritation qu’excite toujours au premier abord la présence d’étrangers sur le so{ de la patrie. Les milices algériennes deviendraient ainsi la transition, le chaînon qui peu a peu rattacherait la population a nous.
11 s’agit maintenant de traiter la question de remplacement des forts et des postes. 11 y a plusieurs et de très belles maisons de campagne au pied de l’Atlas, et elles sont a vendre. Le Gouvernement devrait les acheter, ou, mieux encore, les faire acheter par des tiers, alin de ne pas courir le risque d’acquérir a des prix trop élevés. Je ne doute pas que, moyennant 20 ou 25,ooo fr. de rente, on obtienne plusieurs grandes propriétés suffisantes pour y loger beaucoup de troupes. On pourrait concéder ensuite, au même titre et pour le prix d’acquisition, les terres dépendantes de ces maisons, soit a des soldats qui s’établiraient dans le pays, soit a des colons paysans venus d’Europe.
D’après les dispositions que je viens de développer, je disposerais de 7,5oo hommes pour
la ligne de Blida a PHamise , servant a couvrir toute la plaine de la Mitidja, depuis la route de Constantine jusqu’à celle de Cherchcll , en suivant le pied du petit Atlas.
De 17,000 hommes renfermés dans Alger, il n’en resterait plus que g, 5 oo sur lesquels on pourrait retirer encore la réserve de 3 , 000 h, dont j’ai parlé plus haut, 2,5oo hommes d’infanterie dans la place suffisent amplement, surtout lorsque les autres troupes tiennent la campagne. La discipline n’aurait plus à souffrir d’une trop grande réunion de soldats oisifs.
Je crois devoir recommander d’augmenter la force de la cavalerie dans la plaine d’Alger j il y faudrait quinze cents chasseurs algériens et quatre escadrons arabes. On a dans ce pays un bon officier français, M. Marais, véritable Arabe, connu et aimé de tous les Arabes $ qu’on sache en tirer parti ; il ne demande pas mieux que d’être utile , et il peut l’être beaucoup.
Avant d’aborder la question de colonisation, il me semble nécessaire de répondre à une objection de M. le Ministre de la Marine, relativement à l’opération du dessèchement. M. de Rigny a dit qu’il était à craindre que lorsqu’on
y travaillerait les ouvriers fussent attaqués par les Bédoins.
Je dirai d’abord que l’opération se fera par des hommes armés de leurs fusils, et que toutes Les précautions militaires employées habituellement devant l’ennemi seront mises en usage. Je ferai remarquer aussi que, depuis la Maison-Carrée jusqu’à l’Oued-Kerma , on est a l’abri de toute attaque sur la rive gauche de l’Aratcli. Si les fossés d’écoulement se font avant qu’on ait construit le village de l’Hamise et qu’on ait établi des postes sur l’Atlas, les mesures militaires ordinaires et les fusils des ouvriers suffiront, ainsi que je viens de le dire, pour mener heureusement ce travail jusqu’au bout.
Si , contre ma pensée , les fossés étaient creusés lorsque le pays serait déjà couvert par les troupes du village de l’Hamise et de Blida, il n’y aurait plus aùcun danger possible. Cependant mon. opinion est qu’il faut commencer par l’écoulement des eaux, au moins de la Maison-Carrée au confluent de POued-Kerma avec l’Ara tch. C’est un travail que trois mille ouvriers peuvent faire en moins de dix jours. On bal ira ensuite le village de l’Hamise plus ou moins rapproché de l’Atlas, sur la route de
Constantine; enfin on occupera Blida, ou bien on établira le camp ou village de l’Aratcli sous la montagne de Beni-Moussa.
Par l’effet des dispositions militaires et des travaux de dessèchement que je viens d’indiquer, nous nous trouverons en possession d’une bien grande étendue de pays, en comparaison de l’espace étroit dans lequel nous sommes resserrés depuis trois ans sous les murs d’Alger. Ce que nous aurons alors a cultiver surpassera la quantité de terres en valeur que renferment nos colonies. Le tableau ci-après en fournit la preuve :