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Nouvelles observations sur le service Suisse capitulé

Tandis que je traçais à la hâte quelques lignes inspirées par la grave question qui occupe tous les vrais amis de la Suisse , les gazettes de ce pays signalaient deux événemens qui sont loin de s'accorder avec nos espérances ; le 2 Août la Diète a accepté le Code pénal pour les régimens capitulés au service de France } le y elle s est séparée.

Peu m importe quelles soient les modifications consenties 3 peu m’importe quelles soient les restrictions apportées par la Diète aux prétentions du Gouvernement Français 3 peu m’importe que les changemens introduits améliorent ou non le Gode 3 peu m’importe surtout que la France ait changé de Gouvernement.

Charles X était sur son trône entouré de 200 mille soldats , Farinée et la flotte réunies à Toulon faisaient retentir Fair des cris de vive le Fioi ; ces cris étaient répétés par les rivages de FA fri que , lorsque je disais : « délibérer sur les propositions de îa France, relativement au Code pénal, c’est commettre une lâcheté que la nation désavouera ; c’est tolérer une insigne violation des traités. » Ce que je disais alors, je le pense encore aujourd'hui, et la seule consolation que j’éprouve, c’est que du moins celte faiblesse aura été inutile 5 c’est que ce triste Code était frappé de mort au moment où l’on délibérait gravement sur sa destinée.

Laîssons-de donc de côté et n’y pensons que pour nous rappeler que l’abandon d’un bon droit dans une cause honorable 11’est jamais utile, et que ce qu’on qualifie de modération chez les forts est qualifié de lâcheté chez les faibles.

La Diète s’est séparée au moment où l’Europe attentive a les yeux sur la France , au moment où les Gouvernemens peuvent être appelés à des mesures instantanées ; au moment surtout où douze mille de nos concitoyens attendent la décision qui interviendra sur leur sort; au moment où ils tournent leurs yeux vers leur patrie , où ils invoquent son nom, jadis respecté.

La Diète s’est séparée, a-t-elîe trouvé dans le passé des exemples qui aient pu lui faire penser que c’était îa conduite la plus prudente ? C’est une question qu’il est facile de résoudre.

En 1793, les Suisses furent égorgés au 10 Août et au 2 Septembre; les régimens furent désarmés et renvoyés comme des malfaiteurs. La Suisse fut muette, elle frater-

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nisa avec le parti vainqueur. Six ans après , les colonnes françaises envahissaient la Suisse, les commissaires français la mettaient au pillage, et sans les milices de Frauhrunnen et du Pont de la Singine, sans les bergers de Schwilz et d’Unterwalden , on n’eût cherché l’honneur suisse que dans l’histoire du passé; heureusement que ces braves enfans de la patrie s’étaient chargés d’en conserver le dépôt.

En x8i5 , les Suisses fidèles à des sermehs prêtés, sacrifiant au devoir des affections légitimes, refusent de reconnaître la voix du chef qu’ils avaient si long-temps honoré. Ils repoussent les couleurs qu’ils avaientffllustrées ; désarmés, séparés de leurs officiers, ils sont renvoyés comme des recrues dans leur patrie. La Suisse se tait d’abord, et, ce qui est bien plus fâcheux encore, s’irritant alors qu’il n’y avait plus d’honneur à s’irriter, elle occupe des frontières qui n’avaient plus de défenseurs.

En i85o, les Suisses sont enveloppés dans une révolution inouie , sacrifiés sans' utilité et sans raison , et enfin renvoyés brusquement par le parti vainqueur (ce qui certes ne peut être reproché à ce parti qu’on doit louer autant pour sa modération que pour son courage), et au premier bruit de ces événemens la Diète se sépare.

Écoutons ses motifs.

La Diète est un corps qui ne peut avoir aucune opinion, aucune volonté; elle n’est que l’organe de 22 volontés souveraines ; si dans cette occasion ou dans toute autre elle se permettait un acte ou une démarche sans l’autorisation de ses commeüans , il y aurait abus d’autorité, et par ce seul fait la Diète détruirait le pacte fédéral dont la

garde lui est confiée. Que devait -elle donc faire sans pouvoirs pour agir? Elle ne pouvait que se compromettre 3 ne valait-il pas mieux aller chercher ces pouvoirs à leur source et au besoin se réunir de nouveau? — Raisons plus captieuses que vraies.

La Suisse est-elle donc un État si étendu , les communications sont-elles devenues si difficiles pour que dans peu de jours les députés réunis à Berne n’eussent pu recevoir les instructions nécessaires? Lirai plus loin, je ne crois pas que le pacte fédéral soit parfait , je crois que les amis de la Suisse doivent souhaiter qu'il y soit apporté des modifications importantes , mais je veux le regarder comme un Palladium auquel on ne saurait toucher. Penset-on qu’une démarche instantanée, ferme et mesurée à la fois, faite parla Diète en faveur des régimens suisses, eût été contraire à l’esprit du pacte fédéral? Pense-t-on que les Gouvernemens cantonnaux eussent refusé un bill d indemnité aux députés qui y auraient concouru? Notre état politique serait bien déplorable si de telles craintes pouvaient être fondées.

Au reste, la séparation de la Diète est un fait accompli, ce n’est donc plus à celte haute assemblée que nous devons nous adresser, c’est à tous les Gouvernemens cantonnaux que nous devons demander avec instance de profiter de ce moment unique pour faire sortir le bien du mal, et cle ne pas borner les délibérations qu’ils auront à prendre à une intervention dans le licenciement des régimens suisses au service de France. Cette question d’ailleurs perd beaucoup de son intérêt 3 la Suisse s’est laissée prévenir, ce sont maintenant cle mesures d’exécution qu'il s’agit 3 on va chicaner pour augmenter ou diminuer le taux de quelques

pensions de retraite; mais la mesure décisive, îe licenciement, c'est la France qui l’a prononcée. Cependant la part de la Suisse peut encore être belle ; le moment peut encore être fécond en résultats nobles et heureux. Pour cela il faut aborder la question toute entière. Si l’on ne s’occupe que des intérêts des troupes suisses au service de France, c'est ne rien faire ; c’est îe système des capitulations en général qu'il faut atteindre, et quel moment fut jamais plus propice pour s'occuper d’un objet qui touche à nos intérêts les plus chers ?

Que sont-ils devenus ces nombreux bataillons suisses, qui portant toutes les couleurs et faisant honneur à toutes les cocardes, figuraient jadis clans toutes les armées du continent? En Espagne , plus de troupes suisses: en Angleterre , plus de troupes suisses: en Piémont , plus de troupes suisses: en France , plus de troupes suisses. Où en reste-t-il donc? à Rome et à Naples; et clans tous ces Etats divers, d’où l’uniforme suisse a disparu, ce sont les Peuples ou les Gouvernemens qui ont renvoyé ces troupes étrangères.

Pourquoi ont-elles quitté la Hollande? Parce que le Roi P a voulu.

Pourquoi ont-elles quitté l’Angleterre ? Parce que le Gouvernement n’en avait plus besoin , et que le Gouvernement Anglais n’estime que ce qui peut lui être utile.

Pourquoi ont-elles quitté l’Espagne? Parce que la misère les en a fait sortir.

Qui a causé la chute du service piémontais ? La révolution populaire.

Qui les a renvoyées de France ? Le peuple français, ceux fois le peuple français.

Pardonnez , mes braves amis , nies anciens camarades , vous dont j'ai si bien connu les sentimens d’honneur et ia vaillance; pardonnez si mes paroles paraissent dures. Ce n'est pas à vous qu'est la faute. Priais comment porter un cœur suisse, et ne pas le sentir déchiré, lorsque l'on voit les Gouvernemens Helvétiques, ces Gouvernemens libre émanation d’un peuple généreux et sensible; lorsqu’on les Toit, disons-nous, frappant à toutes les portes et toujours prêts à accueillir pour leurs enfans des offres de services

étrangers , services uniformément repoussés par l’opinion nationale dans les pays ou ils sont introduits ?

Mais peut-être qu’égaré par mon sentiment, je ne vois que les côtés défavorables de ces services étrangers, peutêtre fermai-je volontairement les yeux sur leurs bous résultats. Je ne voudrais pas encourir ce dernier reproche, je vais donc m’efforcer de les découvrir.

Prenons l’époque où le service étranger occupait le plus grand nombre de Suisses.

C’était en 1789.

Prenons celle où ii en occupe le moins , c’est en i85o, — Comparons ces deux époques.

Dans laquelle trouvons-nous le plus de bonheur, de moralité, d'aisance, cle liberté, de sagesse, de nationalité ? Je ne connais 1789 que par tradition, mais je soumets, avec confiance la question que je viens de poser aux hommes qui ont vu les deux époques, je m'en remets h leur décision. Je ne veux pas au reste considérer ce sujet sous toutes ses faces , je ne veux l’envisager que sons les rapports suivans.

Les capitulations militaires ont-elles de bons effets politiques?

Ont-elles de bons effets moraux?

Accroissent- elles l’aisance ?

Sont^eîles favorables à la défense même du pays ?

De bons effets politiques ; les capitulations militaires ont-elles resserré nos alliances avec les États étrangers ? Ont-elles donné une plus haute idée de nous à ces Étals ? Sont-elles bien en harmonie avec un système de neutralité perpétuelle ? Voilà trois questions que je n’hésiterai pas à résoudre par la négative. Mais les capitulations militaires n’ont-elles jamais donné à l'étranger le moyen d’exercer une influence fâcheuse dans noire pays ? C’est ce qui malheureusement ne me paraît que trop probable. Avant 178g la position relative de la Suisse et de la France était toute différente. Cette dernière puissance entretenait un nombre considérable de troupes suisses. Il y avait alors douze régimens, y compris le régiment des gardes 5 mais il existait un traité d’alliance offensive et défensive : les deux Etats avaient contracté des obligations mutuelles : les rapports de la France et de la Suisse étaient nombreux et intimes, la Suisse était, si je puis me servir de ce terme, comme nue annexe de la France. Sept cent cinquante-six officiers appartenant aux familles dites alors patriciennes de la Suisse attendaient de la France leur, aisance , leur avancement y concentraient leurs intérêts, et après avoir passé les plus belles années de leur vie dans des garnisons françaises, revenaient prendre place dans les conseils de leurs cantons , et rapportaient des pensions et des décorations. On serait insensé si on révoquait en doute les graves inconvénicns attachés à un semblable ordre de choses j les résultats qu'il a produits parlent assez contre lui. Blais après la restauration de la Suisse, lorsque çet état s’est

reconstitué sur de nouvelles bases , qu’elle a proclamé de nouvelles maximes de conduite , lorsque les armées de toutes les puissances de PEurope sont devenues des armées nationales , pouvait-on penser que louer à des souverains étrangers des Pommes dont la force et le courage doivent être la sauve-garde de la patrie, dut laisser quelque espoir de voir une politique élevée présider aux conseils d’un peuple cirez lequel un tel usage prévaut encore.

Déconsidération, jalousie, antipathie, voilà les résultats politiques de nos capitulations, résultats fâcheux sans doute, mais dont nous nous consolerons si la moralité de nos concitoyens , leur aisance et les moyens de défense de la patrie ont été sensiblement augmentés.

La 77lo rallié ! Est-il bien prouvé que le séjour dans les garnisons de quelques grandes villes soit préclsémenlPécoîe où nous devons souhaiter d’envoyer nos enfans? Est-il bien prouvé que leur santé, que leur vigueur s’y conservent comme dans leurs montagnes ?

Est-il bien prouvé que cette rude discipline militaire leur donne cet esprit d’ordre, de règle , de soumission à leurs parens et à leurs Gouvernemens faibles et modérés, que la crainte des punitions les forçait d’avoir envers leurs supérieurs militaires ?

Je me contente de poser les questions, je laisse au bon sens de chacun d’appliquer les réponses d’après des faits connus.

Mais du moins ils vivent Lien, ils font des économies, ils rapportent de l’argent au pays, ils ont une carrière que leur pays leur refuse trop souvent. Oui, ils vivent bien sous les drapeaux ; ils ont des rations et une solde, ils sont sans soucis du passé, sans prévoyance pour l’avenir. Heureux

état eje j *âî goûté moi-méme et qui est peut-être un des plus grands charmes de la vie militaire, mais aussi un des plus dangereux par les habitudes qu’il fait naître. Ils font des économies , ils rapportent de l'argent; je veux croire que quelques-uns , plus soigneux que d’autres, ont su mettre de côté une partie de leurs engagemens et de leur masse, pour soulager de vieux parens ou se préparer une ressource à eux-mêmes ; mais combien ces exemples sont rares et combien sont nombreux au contraire ceux de ces jeunes gens à qui le prêt du Roi ne peut suffire , qui persécutent leurs familles, et feignent mille besoins imaginaires pour en obtenir de l’argent. Pendant les huit ans que j'ai passés au service capitulé, je n'ai pas fait un voyage de Suisse en France sans être porteur d'argent envoyé par des parens , à leurs enfans au service, et je ne me rappelle pas que l'on m'ait donné semblable commission lorsque je quittais la France pour venir passer quelque temps dans mes foyers. Je suis convaincu qu'il sort de Suisse par le fait des capitulations plus d'argent qu'il n'y en arrive par la même cause.

On fait des économies. Je puis sans hésiter en donner un exemple. J'ai été témoin d’un renouvellement d'engagemens qui coïncidait avec le paiement d'un décompté de masse. Près de dix mille francs furent remis aux soldats dans l’espace de peu de jours. J’ai la conviction que les neuf dixièmes de cette somme sont restés dans les cabarets de Ruel ou de Vaugirard.

Au moins, dit-on ? c'est une carrière : et combien îa Suisse en offre peu à ses enfans !

Il n'y a malheureusement que trop de vérité dans une

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