‹ Nouvelles observations sur le service Suisse capituléChapitre 2 sur 2 · partie de cette dernière assertion , et celui qui trace ces · texte numérisé non relu

partie de cette dernière assertion , et celui qui trace ces

lignes eii’îëiifc plus convaincu que qui que ce soit. Non; i intérieur de la Suisse m’offre pas aux jeunes gens assez de moyens d'occuper leurs forces, leurs facultés, d’exercer leur Industrie , il faut qu'ils se répandent au dehors, si leur patrimoine n'est pas suffisant pour les faire vivre avec aisance dans leur patrie. Ces réflexions s'appliquent à la classe intermédiaire ou supérieure de la société ; car la classe ouvrière, si elle est laborieuse, ne doit pas se plaindre de l étal des choses en Suisse ; le prix de la main d’œuvre y est fort élevé et Fouvrage ne manque pas ; aussi ai-je toujours regardé les capitulations comme un mal véritable pour celle classe delà société. A l'époque de leur vie où il importe le plus aux jeunes gens de prendre des habitudes

d’ordre et de travail , happât de 1 uniforme et Lien plus encore celui d'une prétendue indépendance les entraînent dans des garnisons où ils contractent dés habitudes d’oisiveté qui leur rendent le travail insupportable lorsqu'ils doivent le reprendre: s'ils ne font qu’un engagement court, le mal est moins grand, ce n’est que du temps perdu; mais s'ils ont fait deux ou trois engagemens, les habitudes sont prises. Je lisais b y a deux ou trois jours ce qu’écrivait un excellent sous-officier de la garde suisse : « Que vais-je devenir? après quatorze ans de service, que puis-je faire ? qu’entreprendre, â quelle vocation me livrer? Voilà les inquiétudes d’un des meilleurs sous-officiers de la garde ; quelles doivent être celles des autres ?

An reste, je plaide iei une cause déjà gagnée. On regarde bien plus le service étranger comme le moyen d’occuper les oisifs et les paresseux, que comme une carrière ouverte aux hommes actifs et industrieux. Ces derniers n’ont pas même 1 espoir de l'avancement, juste compensation offerte

aux sous-officiers des armées nationales. Si la porte qui conduit au grade d'officier n'est pas complètement fermée pour les sous-officiers suisses , elle est au moins si étroite qu’ils ne peuvent raisonnablement compter sur des faveurs aussi rares. Ce n'est pas la classe laborieuse qui profite des capitulations , c'est une autre classe, dans 1 intérêt de laquelle elles ont été conclues depuis des siècles. Disons-le franchement, le service fut jadis une manière utile d'occuper des jeunes gens appartenant aux familles qui dans chaque canton avaient la part principale du gouvernement, de les occuper, dis-je, jusqu'à Page où ils pouvaient être pourvus d'emplois lucratifs dans leurs cantons, ou d'offrir à ceux qui avaient le bonheur d'avancer rapidement, la chance de revenir un jour chez eux avec des pensions et des décorations.

Le grand nombre des enfans dans chaque famille , la médiocrité des fortunés et 1 orgueil qui ne permettait pas d'admettre qu'on pût être d’une famille patricienne et se vouer au commerce, à l'industrie ou aux sciences, voilà la véritable cause qui a fait attacher tant de prix aux capitulations militaires. Cette manière de voir, grâces en soient rendues à Dieu, n'est plus îa même. Quoique la Suisse ait peut-être suivi, avec quelque lenteur, cette marche progressive de l’esprit humain qui depuis quelques années a fait faire au monde des pas de géant, elle n'y a pas été totalement étrangère $ on comprend maintenant, dans nos montagnes comme dans les grands États de l’Europe, que l'aisance est îa garantie de l’indépendance personnelle, et que pour acquérir cette aisance il faut se créer des ressources qui ne dépendent de la volonté de personne: sans doute et c'est un malheur, il faut souvent

k* aller chercher au loin» Mais ne peut-on rester aussi bon Suisse en fondant un établissement de banque ou d’industrie à Liverpool ou à New-York, qu’en montant la garde au Louvre ou au Vatican? Est-ce parce que cette dernière vie est une vie d'oisiveté qu’elle conviendrait mieux à notre nation ? Combien de noms honorables, combien de descendans d'anciennes familles helvétiques ne voyons-nous pas figurer maintenant dans tous les pays où ^industrie humaine a su créer des ressources et ouvrir de nauveaux débouchés à ses produits ! Combien d’hommes jouissant de l’estime la plus méritée ont dû céder à la voix publique qui les appelait à consentir à occuper les premières places et à jouir des honneurs qu’on leur offrait dans ces pays où ils n’allaient chercher qu’une modeste aisance ! Ces honneurs , ces places , ce n’est qu’à leur seul mérite qu’ils les ont dus et non à un vain article de capitulations militaires.

Attaquons dans ces derniers retranchemens ce préjugé funeste qui fait croire que le métier des armes est le seul qui convienne à certains hommes. Sans doute il est noble ce métier , mais il 1 est lorsqu’on est soldat pour la patrie et lorsque l’on sait après rentrer dans la condition privée. Les gens pour qui l’intérêt politique d’un grand Etat est un besoin trouveront assez de quoi le satisfaire, sans que l’Etat soit tenu de se lier par un traité pour leur procurer Ces jouissances.

Si les réflexions que je viens de soumettre à mes lecteurs sont fondées en raison , la considératation politique, la moralité, l’aisance et le bonheur de la Suisse, n’ont rien gagné aux capitulations militaires; cependant on devrait encore les bénir si les moyens de défense de la pa-

trie avaient été accrus par leur fait 5 mais je crains encore que sous ce dernier rapport nous ne devions aucune reconnaissance aux capitulations militaires. Comment les régimens au service étranger pourraient-ils contribuer à la dcfe ose nationale ? De deux manières : en revenant défendre en corps le sol natal s’il était attaqué , ou en étant une pépinière de sous-officiers et d’officiers instruits, pour former les milices. Le premier cas ne s’est jamais présenté ( car je ne qualifie pas de guerre l’équipée de l8i5 ). Je n’ai certes aucun doute que si les troupes suisses, à quelque service qu’elles fussent, étaient rappelées par leur patrie , elles ne rendissent les services les plus importans, mais ce cas ne s’est pas présenté et il est difficile de supposer qu’il se présente. La Suisse est essentiellement neutre ; si la puissance qui l’attaquait était celle chez laquelle les troupes sont capitulées , de combien d’entraves n’embarrasserait-elle pas leur retour; si c’était un autre pays, le premier en renvoyant les troupes suisses prendrait couleur dans la querelle , alors la neutralité n’existerait plus. C’est donc surtout comme pouvant fournir des officiers et sons-officiers utiles pour l’armée fédérale que l’on doit considérer les régimens capitules. Je crois que celà est souvent arrivé, mais ces auxiliaires sont moins utiles qu’on ne le pense. Ce qui manque surtout à la Suisse, ce sont de soffîciers généraux pour commander son armée, et l’expérience ne nous a pas montré jusqu’à présent que le service capitulé dont le plus haut grade est ordinairement celui de Colonel, ait fourni à la Suisse beaucoup d’officiers de cette espèce. Quelques officiers prennent rang dans les milices, mais les plus capables , ceux qui ont le plus d’expérience rentrent le plus souvent trop âgés, trop fatigués.

pour recommencer un service actif, et ceux qui n ont pas fait la guerre n'en savent pas beaucoup plus que les officiers de milice qui ont voulu apprendre ies devoirs de leiir grade avec quelque zèle. Les soldats pourraient être utiles pour devenir sous-officiers , corps toujours faible dans un service de milice. Mais ce s soldats n'ont aucune bonne volonté pour ce dernier service, il les ennuie. Le service chez l'étranger n’augmente pas l'attachement du soldat pour son propre pays 5 il revient plein de dédain pour la simplicité de ses concitoyens, et imbu peut-être d'un sentiment de respect pour la puissance et le courage des étrangers ; peu soigneux de cacher son mépris pour le peuple simple et laborieux dans lequel il doit trouver des chefs et des compagnons, il est à craindre qu'il ne soit insubordonné s’il n’est pas sous les ordres de ses anciens officiers. Introduisons la discipline et les connaissances militaires dans les troupes de la Confédération ; mais faisons-le nationalement. Le plus sûr garant de la d iscipîine, c'est la conduite morale, élevée par le patriotisme ; présentez aux hommes un noble but à leurs travaux, leurs efforts y seront proportionnés, et leurs caractères prendront de l'élévation. D'ailleurs, en estimant les connaissances militaires à leur juste valeur, ne nous eu exagérons pas l’importance ; celles que l’on acquiert dans des régimens d'infanterie et qui consistent à atteindre une grande dextérité dans les évolutions et dans le maniement des armes ; celles-là, dis-je, ne sont pas indispensables pour le genre de guerre auquel pourra être appelée la Suisse : guerre brusque, rapide; défense, qui, pour être efficace, doit être soutenue de toute îa population. Au reste nos exercices, nos camps de tactique, nos écoles militaires fourniront assez de moyens d’instruction à ceux qui vou-

üroiit en profiter, et j'espère bien que le sol qui a donn« naissance aux héros de Morgarten et de Moral pourra être indépendant et respecté, alors même que les Tuileries ne seront gardées que par des soldats français.

Lorsque cet édifice usé des capitulations militaires croule de toutes parts, lorsque Ton sent qu'il n’y aurait n’y honneur ni profit à le soutenir ou à le restaurer, le moment ne serait-il pas arrivé où la Suisse devrait lui donner le dernier coup , avant d’attendre qu’il lui soit porté par une main étrangère? Il n’y aura bientôt plus d’autre Etal européen qui ail des capitulations militaires avec la Suisse que le royaume de Naples (je ne parle pas de îa garde du Pape ).

Je sais bien qu'un service auquel un très petit nombre de Cantons ont pris part, ne peut être regardé comme un service national, ainsi que l’était celui de France. Je sais encore que sous le point de vue politique il y a peu d’inconvéniens à capituler avec Naples ; l'insignifiance de cet État et son éloignement de la Suisse ne permettent pas de craindre les résultats d’une influence dont la capitulation serait le moyen; sous ce rapport j’aime mieux que l’on capitule avec Naples qu’avec la France. Sous ce rapport, ai-je dit; mais sous les autres, ah î grand Dieu quelle différence! Associés à la fortune militaire d’un grand peuple, les régimens suisses pouvaient encore entrevoir des chances de gloire en suivant les drapeaux de la France: habiles à rcmplir Ions les emplois civils et militaires, les Suisses pouvaient aussi aspirer à cette Ecole Polytechnique, d’où sont sortis tant d'hommes distingués, et où le feu sacré de la liberté brûle sur l’autel de la science. En contact avec un peuple éclairé, les militaires suisses qui ont voulu profiter

«île leur séjour en France , ont pu en rapporter des lumières et des idées nouvelles. Mass à Naples quels lauriers pourront-ils cueillir? Quelles expéditions flatteront leur amour-propre? Gomment illustreront-ils le nom de Suisse prononcé quelquefois avec colère et animosité , mais toujours avec estime dans les divers pays où les Suisses ont servi ? Espèce de gendarmerie respectée par son nombre , sa discipline et son courage , mais détestée par le peuple, les régimens suisses éloignés des sites enchanteurs de leur patrie, plus éloignés encore de ses mœurs , de ses habitudes, de ses vertus, les Suisses traîneront à Naples une triste existence jusqu'à ce que les commotions populaires ayant franchi les Alpes et les Apennins se soient propagées jusqu'au pied du Vésuve ; alors exposés aux attaques de cette population mobile et désordonnée; vainqueurs, si l’on veut, de îa multitude par le courage , mais accablés probablement par le nombre, les Suisses de Naples tourneront aussi les yeux vers la patrie , et ces dernières capitulations militaires seront effacées par le sang de nos concitoyens.

Je ne connais point les conditions de ces traités, mais j’espère que les deux parties ont prévu le cas où il leur conviendrait de les rompre, et si cette réserve a été faite , il faut que les cantons étrangers à la capitulation fassent un appel au patriotisme de leurs co-Éîats, pour les engager à y renoncer. Les intérêts de la Suisse sonttrop homogènes, pour que cette question ne l’intéresse pas toute entière ; on demande aux cantons leur garantie pour les capitulations que contractent d’autres cantons ; tous ont donc le droit d’intervenir: c’est leur droit, disons-nous; bien plus, c’est leur devoir. Je regarde le moment actuel comme un moment unique , tous les esprits ont été ramenés vers

ces questions. Un exemple hors de toute prévision humaine vient de montrer ce que vaut un service étranger. Au milieu d'une profonde paix , au sein de la plus grande prospérité dont jamais ait joui une nation , le lendemain de la plus brillante complète qui depuis un siècle ait illustré les armes des Bourbons , un peuple que Bon croyait uniquement occupé des intérêts matériels de la vie, un peuple entier se soulève, court à la mort, non pour défendre ses foyers, ses enfans, ses richesses, ses temples, mais pour défendre la liberté de sa pensée ! Toute une armée recule à l'aspect de quelques citoyens , et les troupes étrangères perdues dans ce grand mouvement, eussent été peut-être totalement oubliées , si quelques-uns de ces braves n’eussent teint de leur sang les marches d’un trône que la folie de ministres pervers venait de renverser pour toujours ! Et c’est après un tel événement que l’on serait accusé de

se forger des craintes chimériques en prévoyant la possibilité que des régimens suisses, vivant au milieu d’un peuple nombreux , léger, impressionable, fanatique, malheureux 5 que ces régimens, dis-je , ne soient pas soudain attaques, accablés par ce peuple en furie, et si le moment arrive , trouvera t-on chez lui la générosité du peuple français ? quelles horreurs ne peut-on pas entrevoir ! On me dira sans doute qu’à Naples quelques milliers de Suisses n’ont rien à redouter. Ah î que l’on ne s’y fie pas j sans doute ce peuple n a opposé aucune résistance aux baïonnettes autrichiennes , mais les lazzaronis désespérés avaient opposé en iyqB une résistance héroïque à la vaillante armée de Ghampionnet , et les Parisiens eux-mêmes , quelle résistance avaient-ils opposée aux canons de Bonaparte le i5 vendémiaire , et que ri ont- ils pas fait les 2b et 2Q juillet?

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J’ai Fintime conviction qu’un volcan plus terrible que le Vésuve menace les troupes suisses au service des Beux-Siciles. Le réveil de ce peuple peut être épouvantable , et il n’y aura pour l’arrêter, ni le frein de la loi, ni le frein des mœurs 5 si cette lutte s’engage, îa position des Suisses sera affreuse; s’ils succombent, quel sera leur sort à l’extrémité de l’Italie, loin des frontières de leur patrie, sans appui, sans protecteurs? Vainqueurs, quelle triste gloire ils auront acquise; si l’on a pu regretter de voir des Suisses sacrifiés à Paris pour la cause qu’ils ont si vaillamment défendue, on ne doit point oublier cependant que ces ordres fatals , ils les reçurent au nom d’un B.ci, leur ancien Colonel-Général et de tout temps leur ami. O11 ne doit point oublier que mauvais juges des questions de droit public, mais capables d’apprécier le bonheur matériel dont la France jouissait depuis la paix, des soldats ont pu croireque la meilleure cause était celle du Prince sous le règne duquel cette prospérité s’était accrue. Mais à Naples ils seraient vainqueurs et leur victoire riverait les fers d’un peuple malheureux, d’un peuple sans lois et sans titres; ce serait donc à dire que chaque fois qu’au nom de la raison , de la justice , de la morale, un peuple réclamerait de ceux qui l’oppriment, des constitutions et des garanties , les Suisses, ces vieux républicains de l’Europe , ces descendans de tant de héros patriotes, les Suisses seraient toujours là les armes à la main, prêts à repousser par le glaive des prétentions aussi légitimes! Et voilàfcette chance , la plus favorable pour les Suisses au service de Naples, que l’on s’obstine à leur faire courir, et l’on dénierait aux cantons qui n’ont pas capitulé le droit d’intervenir de la manière la plus énergique auprès des cantons capitulans, pour les conjurer de fermer cette dernière

porte ouverte au service étranger. Je ne puis le penser, je ne veux pas l'admettre. Quoi! Fou agit en Diète avec toute la puissance du raisonnement pour obtenir l’abolition de quelques-unes des entraves apportées à la libre circulation des denrées , pour faire disparaître quelques péages, et Fon ne pourrait pas agir pour obtenir la cessation du service étranger! Ce doit être l'objet d^une proposition formelle; j’en revendique Fhonneur pour ma patrie. Genève a beaucoup à faire pour s'acquitter envers la Confédération qui Fa reçue dans son sein , mais elle aura payé une partie de cette dette , si elle a Fhonneur de propose^ que la Suisse déclare commeaxiome de droit public, qu'ebc renonce a contracter des capitulations militaires, ou que tout au moins ces capitulations ne pourront avoir lieu qu'avec Fassentiment de l'unanimité des cantons.

Le jour où ce peu de lignes sera inscrit au protocole de la Diète, la S uisse grandira dans l’opinion du monde et aux yeux de ses propres enfans. Elle arrivera , cette journée, elle arrivera, j’en ai la conviction intime , maïs nous sera-t-il donné de la voir ?

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