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Nouvelles observations sur les Olinia

En 1867, MM. Bentham et Hooker, décrivant (Gen.y I, 785) VOlinia de Thunberg comme un genre anormal de Lythrariées, se demandèrent si les organes regardés dans ce genre comme des pétales n'étaient pas plutôt des divisions du calice : (v Anpetala pro calycis lobis hahenda ? ï>

Cette heureuse réflexion m'inspira l'idée de chercher à la question une réponse dans Tétude organogénique, et j'arrivai ainsi à cette conclusion que le petit bourrelet sinueux décrit ordinairement comme le calice des Olinia n'était qu'une saillie tardivement produite du bord du réceptacle floral, que les sépales des auteurs étaient réellement les folioles d'un calice, et que les « écailles incurvées » auxquelles les étamines sont superposées se développaient simultanément après le calice, à la façon des pièces d'une corolle.

En même temps, l'étude des développements et de la symétrie florale des Olinia confirma pour moi cette opinion de A. -P. de Candolle (1), très-ancienne et très-connue de tous les

(i) M. Decaisne m*a reproché Je n'avoir pas cilé De Candolle, feignant d'ignorer que le Bulletin de la Société Linnéenne, où j'ai publié ma note, ne pouvait donner qu'un résumé de la question et que plus tard, en général, quand le sujet présente assez d'importance, j'ai Phabitude de le traiter plus en détail, comme je pourrai le faire aujourd'hui pour celui-ci. Il sait cependant que, dans mes livres, j ai l'habitude de donner toutes les indications bibliographiques possibleS) et l'on ne peut en dire autant de lui qui, dans son Traité de 7^ pages in*>4<^9 ne cite presque jamais personne, et rarement surtout De Candolle auquel il a fait tant d'emprunts sans le nommer. Il ne m'est jamais arrivé, comme à lui, de donner pour miennes les espèces du Prodromm, sans citer cet ou-^ vrage^ en modifiant légèrement leur nom, comme j'ai montré qu*il avait fait

botanistes qui sont au courant de la science, que les Olinia pourraient bien être des Rhamnées. Heureux d'avoir pu constater une fois de plus que l'auteur duProdromus avait été bien inspiré, je crus pouvoir dire {Bull. Soc. Linn. Par., 92) que mes observations me portaient à rapprocher les Olinia, non des Lythrariées ou des Mélastomacées, mais bien des Rhamnacées, dont je croyais qu'elles pourraient bien constituer une tribu. Je me vis naturellement amené à repousser cette manière de voir, dont M. Decaisne est un des derniers représentants en Europe et qui consiste à conserver une famille des Oliniées comme « intermédiaire aux Myrtacées et aux Mélastomacées, » formée des genres Olinia, Myrrhinium et Fenzlia. Je concluais par ce passage, que l'on me permettra de reproduire textuellement et sans le tronquer :

« Le dernier qui se soit occupé de ces plantes est M. Decaisne {Tr. gén, bot, 292). En insistant sur les opinions qu'il exprime, j'aurais Tair d'user de représailles contre ses procédés bien connus et ses attaques constantes, ce que je désire éviter. Mais je ne puis négliger, pour la question des affinités qui m'occupe ici, de faire remarquer que, d'une part, il a simplement copié Arnott et Endlicher, en réunissant dans une même famille les Myrrhinium^ Fenzlia et Olinia, et que, d'autre part,

en 1864, par exemple, pour le Drymispermum Cumingianum, que Meissner avait décrit en 1857 sous le nom de D. Cumingii, avec le numéro de la collection. Ce n'est pas dans une note résumée, de 80 lignes environ, que ron peut copier des pages de Thunberg ou d'autres anciens auteurs ; et même pour avoir recours à ces reproductions de vieux ouvrages classiques, il faut n'avoir pas grand'chose de nouveau ou d'important à dire. Il n'était donc pas indispensable, dans les conditions où je me trouvais placé, de reproduire une opinion de De Candolle qui date de 1825 et que tout botaniste de profession est censé connaître ; et je ne crois pas qu'on me considère, pour ne l'avoir pas fait, comme voulant m'attribuer les découvertes de De Candolle publiées depuis plus d'un demi-siècle. II en est de même des erreurs de M. Decaisne, dont j'ai seulement signalé à la hâte les deux plus graves, afin que les botanistes puissent se mettre en garde contre elles. J'ai laissé de côté pour le moment les inexactitudes de moindre importance qu'aujourd'hui j'aurai le loisir de faire connaître plus au long et avec toutes les indications bibliographiques désirables. Je peux dire que, dans le Bulletin, je me bornais à aller au plus pressé. Ne disposant, comme je l'ai dit, que de peu d'espace, je ne pouvais insister ni sur les choses très-anciennes, supposées parfaitement établies, ni sur tous les faits erronés avancés, là et ailleurs, par M. Decaisne et dont le simple exposé nécessiterait ertainement un gros volume.

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il a dit riaverse de ce qui existe dans la nature, en donnant les ovules comme suspendus et en les figurant comme tels, tandis qu'ils sont, au contraire, ascendants, avec le micropyle en dehors et en bas. Avec de semblables inexactitudes dans Tobservation des faits, on ne pouvait, bien entendu, arriver à la connaissance des affinités réelles des Olinia. i>

M. Decaisne ne fut pas satisfait. Changer la place d'un genre sans son assentiment, avoir une opinion différente de la sienne et surtout prétendre qu'il n'avait pas exactement observé , ce sont là des audaces auxquelles il n'est pas habitué, surtout de la part d'un homme qui, depuis plus de quinze ans, a eu la faiblesse de le laisser dire et faire, au lieu de repousser vertement ses attaques directes ou indirectes. Son mécontentement s'exhala en ces termes :

€ M. Bâillon ne donnera le change à personne. Qui me connaît sait que je n'ai jamais fait de polémique. Le nom de M. Bâillon n'est sorti de ma plume qu'en traitant des Pomacées, dont il s'est occupé lui-même dans son Histoire des plantes. Si j'ai relevé quelques-unesde ses erreurs, je l'ai fait sans sortir du ton qui convient à une discussion sérieuse et calme. »

A cela je, réponds : M. Decaisne ne donnera le change à personne (1). Les prétendues erreurs qu'il a relevées dans mon travail n'existent que dans son imagination ; je le prouverai. En tous cas, s'il a le droit de relever ce qu'il appelle mes erreurs, j'ai, ce me semble, le droit de rétorquer les siennes et j'userai pleinement de ce droit. J'ai parlé « de ses procédés bien connus et de ses attaques constantes, j) comme ailleurs j'ai dit qu'il n'avait « cessé de m'attaquer et de me nuire depuis le jour de mon entrée dans la science. y> Mais je n'ai jamais dit qu'il lit dela polémique. L'attaque franche, directe, loyale, inspirée par le désir d'établir et de soutenir la vérité scientifique, n'a rien de déshonorant pour personne. Chacun accorde qu'elle est plus noble que les insinuations perfides, les sugestions calomnieuses et clandestines. Aujourd'hui, M. Decaisne reconnaîtra sans doute qu'il fait de la polémique ouverte. Comme il me convient

(i) Comme toujours, j'emploie autant que possible, en répondant à M. Decaisne, les expressions dont il s'est servi à mon égard.

d'être juste, même envers un adversaire, au lieu de Ten blâmer, je le félicite d'entrer, à la façon des grands artistes, dans une nouvelle manière. Je le suivrai dans cette voie. Si cette discussion sera calme, comme il le désire, qu'il n'en doute pas. Il y a quinze ou vingt ans que j'observe son évolution sans trouble comme sans émotion. Je serai aussi calme en lui répondant qu'il l'ait jamais été dans une argumentation scientifique.il demande aussi que la discussion soit sérieuse (1). Elle le sera, je le crois bien (2). Ne sagit-il pas, au fond, d'une question de vie ou de mort pour une science que j'ai choisie par goût, à laquelle j'ai tout sacrifié et qui, si l'on n'y prend garde, va périr en France? Je le disais déjà à M. Decaisne, il y a deux ans : « Pour que la science se relève dans notre malheureux pays, l'erreur doit être énergiquement repoussée, si autoritaire que soient ses allures et quelque dommage personnel qu'il en puisse résulter pour chacun de nous, j)

On sait que certains bourreaux trouvent malséants les cris de leurs victimes. D'autres plus avisés voudraient se faire passer pour les victimes — de leurs victimes. Est-ce pour cela que M. Decaisne a fait au public, qui n'en a] cure, le récit de nos relations scientifiques? Je ne sais. Mais s'il l'a fait court, il l'a fait inexact et me met dans la nécessité de le rectifier. Il dit que mon nom « n'est sorti de sa plume qu'en traitant des Pomacées , y> ce qui n'est pas tout à fait vrai. Il en était sorti, il y a' déjà vingt ans (3), à propos de l'obturateur des Aextoxicon que M. Decaisne niait et niera encore, n'ayant pas réussi à le voir. Je lui répondis en le montrant à tout venant. M. Decaisne m'attaquait alors aussi au sujet des Bursinopetalum, dont,

(1) J'ajoute qu'elle devrait être loyale.

(2) Mais le sérieux du fond n'exclut pas forcément une certaine légèreté dans la forme, c tous les genres étant bons, hors le genre ennuyeux >. Je trouverais 'souverainement injuste qu'on s'attaquât au style de M. Decaisne, vu son origine étrangère, et nous serions tous heureux d'écrire le flamand comme il écrit le français ; mais il est permis de dire, en se plaçant uniquement au point de vue scientifique, que si la forme est lourde dans ses écrits, le fond est extrêmement léger.

(3) Ann, se. nat., sér. 4, IX, 279. M. Decaisne m'attribuait dans cet article une opinion qui est de M, Miers, sans le citer, bien entendu.

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disait-il, (n personne (i) ne conteste aujourd'hui les analogies avec les Opiliées du groupe des Olacinées. y> Je lui fis voir (2) que tout le monde, excepté lui, contestait ces analogies, et que c'était un type aussi voisin que possible d'une Araliacée, VArthrophyU luMy et la même chose queleilfa^imâf, placé par Blume et Endlicher dans la famille des Cornées. M. Decaisne m'accusa encore (3) d'avoir ditsurles graines bulbiformes (4) des choses que R. Brown savait en 1810. Je dus lui montrer (5) comment c'était lui qui avait découvert en 1838 des faits établis par R. Brown avant 1810. Rien n'estgênant comme un homme qu'on voudrait « couler, i> pour me servir d'une expression bien connue au Muséum, mais qui a réponse à tout et qui surnage, pour poursuivre le langage imagé auquel je viens de faire allusion. M. Decaisne reconnut que j'avais « un mauvais caractère » et ne m'attaqua presque plus ouvertement (6).

On peut d'ailleure nuire autrement qu'avec la plume à un commençant qui déplaît. Je ne citerai à ce propos qu'un très-petit fait, fort ancien déjà et duquel date le véritable début de mes relations scientifiques avec M. Decaisne. Je le choisis parmi tant d'autres parce qu'il intéresse jusqu'à un certain point la science, parce qu'il est très-caractéristique et parce qu'il a eu pour témoin toute la Société botanique de France (7), de sorte que M. Decaisne pourra difficilement en contester l'authenticité. Dans cette Société, qui venait de se fonder, on disait que la botu-

(1) C'est toujours là un des arguments, et des plus médiocres, de M. Decaisne, et il le reproduit aujourd'hui à propos des Olinia^ en disant que ses opinions sur l'ovule de ces plantes c sont conformes au caractère donné par nos plus éminents botanistes. » Tout le monde peut se tromper à la fois, et pendant des siècles, sur une même question. Il peut arriver qu'un homme qui n'est pas éminent redresse un jour cette erreur commune. Mais la conserver parce qu'elle est admise par des gens éminents, c'est la négation du progrès scientifique.

(2) Adansonia, UI, 80.

(3) Bull. Soc. bot. de Fr., V, 18.

(4) Bull. Soc. bot. de Fr., IV, 1020.

(5) Compt. rend, de VAssoc, franc. y II, 447 (1873).

(6) Son entourage n'a cependant jamais négligé de faire scrupuleusement les commissions dont il avait été chargé.

(7) Voir le Bulletin de cette Société, II, 373 (1855).

nique courait en France de grands dangers et qu'il fallait s'appliquer de toutes ses forces à la sauver en produisant des travaux. J'avais été enrôlé, plein d'enthousiasme et de bonne volonté, ne pouvant guère alors offrir autre chose à la science. Je conçus péniblement et lus timidement un chétif essai sur la pré floraison des é lamines. Je ne pouvais être accusé d'avoir personnellement mérité le] mauvais vouloir de M. Decaisne qui présidait, n'ayant jamais rien produit, ne lui ayant jamais parlé et ne le connaissant que de nom. Après ma lecture cependant, M. Decaisne prit la parole et déclara «d'un ton sérieuxetcalme,» que ces faits n'étaient pas neufs et se trouvaient tout au long dans le mémoire d'Adrien de Jussieu sur les Malpighiacées (i). Je revins penaud à mon banc, accusé de plagiat par mes voisins qui ne connaissaient pas plus que moi, c'est-à-dire de nom seulement, la Monographie des Malpighiacées. Pas plus qu'eux je n'eusse osé mettre en doute la parole « calme et sérieuse y> d'un « prince de la science » . Qu'on ne demande pas si je courus le lendemain consulter le livre d'Adrien de Jussieu pour constater l'immensité de mon plagiat scientifique. Je le parcourus avec angoisse, ne sachant à quel degré j'allais me trouver coupable, et.... je n'y trouvai pas un traître mot des faits dont j'avais parlé la veille. Personne n'a depuis lors été plus heureux que moi dans cette recherche.

Cette historiette semblera puérile à bien des gens; elle donnera à réfléchir à ceux qui destinent peut-être leurs enfants à la carrière des sciences naturelles. Pour moi, je me demande simplement ce qu'en eussent pensé les Mirbel, les Saint-Hilaire, les A. de Jussieu et tant d'autres hommes supérieurs, savants de talent et de cœur, qui ont aidé, soutenu, encouragé, exalté M. Decaisne, lui ont fait une carrière si facile, si heureuse, si

(i) On a mis dans le Bulletin (377) : « que M. Adr. de Jussieu, dans son remarquable mémoire sur les Malpighiacées, a déjà signalé, avec moins de détails, il est vrai, les faits que vient d'exposer M. Bâillon. > Cette atténuation dans la forme est due à M. de SchœnefeJd, qui était un homme bienveillant, et ne change malheureusement rien au fond de la question, en laissant planer sur Tauteur de la communication un indigne soupçon de plagiat.

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privilégiée, et qui pour tant de bienfaits n'ont même pas compté sur sa reconnaissance (i).

M. Decaisne profite des Olinia pour faire un peu de publicité à ses Pomacées; de façon que me voici forcé aussi déparier de Pomacées pour lui répondre. Cette confusion des sujets les plus divers, dont nous montrerons plus loin le but, n'est pas des plus méthodiques ; mais on sait que ce n'est pas précisément par la méthode que brille l'auteur des Pomacées.

Ces Pomacées ont une histoire. Pendant de longues années l'entourage de M. Decaisne annonça la préparation de recherches sur les Rosacées qui devaient trancher toutes les questions relatives à ce groupe et « couler 3> tous les autres travaux pubUés sur ces plantes jusqu'à ce jour, notîimment la monographie parue dans Y Histoire des plantes. On s'attendait à de grandes choses :

Nescio quid majus nascitur Iliade.

Quant à l'indigne Histoire des plantes , M. Decaisne opérait sur elle suivant sa méthode. Un livre lui étant donné, s'il s'agit surtout du livre d'un auteur suspect, il le tourne, retourne dans tous les sens, épluche, annote, relève les erreurs ou ce qui lui paraît tel, les répétitions, les omissions et jusqu'aux fautes d'impression. Quand il a bien cherché, comme dit le vulgaire, la petite bête, ses armes sont prêtes, et le fidèle entourage va répandant partout la bonne nouvelle : que les méchants tremblent; ils vont être foudroyés.

Les Pomacées parurent dans un magnifique recueil intitulé Archives du Mvséum (2), qui coûte cher à l'État. M. Decaisne le dirige depuis l'année 1865. Il ne renferme depuis lors que fort peu de botanique. En dix ans et dans dix gros volumes on n'en rencontre, outre les Pomacées, que trois ou quatre mémoires. L'éditeur se plaignait beaucoup de cette pénurie qui

(1) Je réserve pour une autre publication un certain nombre de faits analogues dont la gravité n'échappera à personne, mais dont le caractère est trop peu scientifique pour qu'ils puissent ici trouver place.

(2) Mémoire sur les Pomacées-, in Nouv. Arch. Mus,, X, 113.

empêchait les botanistes de s'abonner. Le marché a été résilié et une nouvelle série va commencer avec un nouvel éditeur, encore sous la direction de M. Decaisne. Il dirige aussi, pour la partie botanique, les Annales des sciences naturelles. Tout le monde remarque que ces pauvres Annales vont de mal en pis. La plupart des botanistes français n'y publient rien; les uns parce qu'ils ne le veulent pas faire, les autres parce qu'on n'y accepterait pas leurs travaux.

Quand les Pomacées parurent dans les Archives, ce fut un grand désenchantement :

Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus.

Ce travail est trop peu connu. On n'en fait plus nulle part de pareil. C'est la botanique de l'infinie division. Tout y est morcelé et pulvérisé. L'espèce, cela va de soi. Mais pour les genres, comme on n'en comptait pas encore assez parmi les Pomacées, l'auteur les multiplie à foison. On y voit des genres fondés sur le nombre des ovules, trois au lieu de deux, par exemple (Docynia); d'autres sur l'apparence du testa, dont la surface est réticulée (Pourthiea) au lieu d'être lisse ; d'autres sur la présence dans la chair du fruit de grains durs clair-semés (Aronia); d'autres sur la forme en cupule du disque épigyne {Torminaria)y d'autres sur la couleur rouge des anthères, la forme et la villosité des pétales, les cotylédons incombants et non accombants, la direction horizontale et non oblique des ovules, etc., etc. J'en passe et des meilleurs. M. Decaisne a manifesté entre temps une grande horreur du Jordanisme. Eh bien ! son travail est, suivant l'expression très-juste d'un auteur français fort compétent, du Jordanisme moins les expériences. On dit cependant que M. Decaisne et son entourage trouvent les Pomacées parfaites. C'est bien heureux, car s'il s'avisait de les retoucher pour les améliorer, il est vraisemblable qu'il arriverait peu à peu à faire autant de genres que le groupe renferme d'espèces et autant d'espèces qu'il y a d'échantillons dans les herbiers, comme cela lui est arrivé pour certains genres dont je m'occuperai une autre fois. Et puis,

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quel défaut d'éducation philosophique que de revenir toujours pour justifier des morcellements indéfinis, sur cette idée que le vulgaire sait bien distinguer une poire d'une pomme, une cerise d'une prune ou d'un abricot, et autres arguments analogues et que, par conséquent, la science doit se soumettre à ces jugements irrévocables du sens commun. Comme si la science pouvait consulter celui-ci sur d'autres questions que celles qui sont à sa portée ! Pourquoi donc M. Decaisne n'a-t-il pas morcelé les genres Viola, Primulaj Narcissus, Brassica, etc., puisque le vulgaire sait toujours distinguer une Pensée d'une Violette, une Auricule d'une Primevère, une Jonquille d'un Narcisse, une Moutarde noire d'un Chou, etc.? Que ne lui a-t-ilpas été donné de voir l'indicible sourire d'un des excellents botanistes de Kew, un jour que je lui demandais son opinion sur les genres sans raison et sans nombre que renferme le livre des Pomacées. On peut bien dire qu'il est le digne pendant du Jardin fruitier du Muséum, cet autre avortement solennel, qui a coûté aussi de fortes sommes au budget et dont le moindre inconvénient est de ne pouvoir être utile (4).

C'est dans le Mémoire sur les Pomacées que j'ai eu l'honneur d'être assez souvent et à peu près seul attaqué. Une première chose que M. Decaisne semble ne pouvoir avaler, c'est le fruit drupacé des Pommiers, qu'il appelle un Piridion, croyant peut-être que c'est là une expression bien plus savante. Il ne s'est pas aperçu, je pense, que ses traits quelque peu émoussés allaient, au-dessus de ma tête, tomber sur les botanistes de

(1) n faut en excepter certaines parties qui, ayant été traitées par des praticiens de grande capacité, ne peuvent que difficilement être mises à Tactif du signataire de l'ouvrage. Un homme dont M. Decaisne ne récusera certes pas la compétence, M. Carrière, vient de dire à ce sujet : « Le Jardin fruitier du Muséum "vsl cesser de paraître... » Cette publication a-t-elle eu sa raison d'être? A-t-elle comblé une lacune dans la pomologie? Les résultats obtenus sont-ils en rapport avec les dépenses considérables qu'elle a occasionnées? Ce sont là des questions qui ne manquent pas d'intérêt... En attendant, nous pouvons dire que l'auteur a eu pour raison de prendre pour épigraphe : « Materiœ tanta abundat copia, labori faber ut desit, non fabro labor,., > En effet, la publication est terminée, et la question, loin d'être épuisée, ne nous semble pas avoir fait un grand pas. » On sait que M. Carrière ne pouvait dire toute sa pensée.

Kew qui, jusqu'ici, les ont d'ailleurs dédaignés, et visaient assez présomptueusenient les opinions de M. J. Hooker, sur lesquelles les miennes sont généralement calquées. M. Hooker est connu pour un savant de premier ordre. Ses tmvaux sont marqués au coin de l'exactitude, de la précision et de la recherche assidue du vrai. Comme botaniste, il est au-dessus de tout éloge. Gomme chef d'un grand établissement horticole, il a fait preuve de capacités supérieures et il suffit de jeter un coup d'œil' sur les splendides cultures de Kew, l'analogue, hélas ! de notre Jardin des plantes, pour être convaincu de ce que j'avance. M. Hooker a su s'adjoindre comme jardinier en chef un homme de grand mérite et de grande distinction. On ne l'a jamais vu jalouser un débutant ou un savant d'avenir et de bonne volonté. S'il s'agit d'une place à donner dans l'établissement qu'il dirige avec tant d'éclat, il choisit toujours parmi ses compatriotes le plus savant et le plus compétent. La conséquence de sa façon de procéder est un progrès constant dans toutes les parties du service. Voilà pourquoi je place M. Hooker à une distance incalculable au-dessus de M. Decaisne, pourquoi j'adopte ses doctrines avec confiance et pourquoi, chacun le sait et je ne m'en cache pas, j'ai profité avec empressement de ses travaux, notamment quand il s'est agi des Rosacées.

Or, M. Hooker est un de ceux qui, suivant l'opinion de M. Decaisne, pour ne s'être pas suffisamment affranchis des idées erronées professées par Linné sur les limites du genre Pyrus, se refusent à le morceler en petits groupes génériques. Guidé par la logique la plus stricte, il a même réuni aux Pyrus les Sorbus, Mespilus^ Cydonia et C/uenomeles (1). Si bien que

(1) C'est donc aussi à M. Hooker que s'adresse cette phrase : c Réunir aujourd'hui en un seul type générique le Pommier, le Poirier, le Cognassier, le Sorbier, le Cormier, etc., ainsi que le faisait Linné, c'est, à mon sens, complètement méconnaître les lois sur lesquelles s'appuie la méthode naturelle. > M. Decaisne méconnaissait donc ces lois en 1855, dans sa Flore où il décrit (p. 427) les Pommiers comme congénères des Poiriers. Les botanistes anglais pourront renvoyer à M. Decaisne la réponse que fit aux découpeurs de genres {Bot. Reg., 1836) Lindley, qui était certes très-supérieur à M, Decaisne.

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j'ai été moins loin que lui, puisque j'ai laissé à part les Chœnomeles et les Cydonia (1). M. Decaisne n'ose pas cependant s'attaquer àM. Hooker, qui nie donne parfaitement raison en considérant les fruits des Pyrm comme drupacés, car il dit (2) de ce genre : « Fructus carnosus. . . loculorum endocarpio i8> cartilagineo rarissime crustaceo v. osseo sœpe 2-valvi D sarcocarpio adhaerente. :f> M. Decaisne ignore-t-il donc qu'un fruit pourvu d'un endocarpe plus résistant qu'un sarcocarpe plus extérieur est ce qu'on appelle une drupe? Que veut-il donc dire avec ses Piridion ? Me suis-je jamais servi de pareil terme? J'ai seulement pris soin de noter que dans ces fruits drupacés, l'endocarpe, dont la consistance diffère de celle du mésocarpe, est plus ou moins dur, plus ou moins épais, etc. Il n'est pas besoin d'être professeur au Muséum, ni observateur profond, pour remarquer que les loges d'une pomme sont intérieurement tapissées d'une couche parcheminée ou scarieuse qui s'insinue quelquefois désagréablement entre les dents. C'est là un endocarpe qui ne se retrouve pas avec ces caractères, dans les baies. Peu importe, d'ailleurs, que sa dureté et son épaisseur soient variables. Il en est de cette couche comme des erreurs de M. Decaisne : les unes sont minces et les autres épaisses, mais ce sont toujours des erreurs. C'est aussi M. Hooker qui a placé les Eriohothrya et les Pholinia dans un même genre, et si je l'ai imité, c'est, je le répète, qu'en tout son opinion me paraît infiniment préférable à celles de M. Decaisne. C'est encore à M. Hooker que M. Decaisne reproche indirectement ce « défaut d'attention » qui consiste à avoir placé un Raphiolepis aux îles Sandwich. M. Hooker n'a pas mentionné le fait avec une entière certitude, mais je devais le rappeler, et M. Decaisne ne nous a pas encore prouvé qu'il ne peut y avoir de Raphiolepis aux Sandwich. Il annonce gravement que le fait «a de l'importance au point de vue de la géographie botanique. » Je ne lui en vois aucune, les Sandwich étant dans le même hémisphère et à

(1) Histoire des plantes, I, 403, 406, 475.

(2) Gen. plant., I, 626, n. 63.

la même latitude que les régions chinoise et japonaise où croissent les Raphiolepis. Ce qui serait plus grave, si l'on veut tenir compte des notions géographiques, c'est de faire manger aux Malgaches les baies du Myrrhinium atropurpureum (1) qui croît dans l'Amérique du Sud. Comme ce fruit est médiocre, il faudrait supposer que les habitants de Montevideo l'expédient à Madagascar, à peu près comme M. Decaisne expédie aux recueils étrangers ses attaques contre les savants de notre pays.

M. Decaisne m'accuse encore d'avoir confondu les Eriobothrya avec les Heteromeles qui sont californiens. Cette invention lui fera le plus grand honneur ; je n'ai jamais parlé des Heteromeles en quelque endroit que ce soit. S'il veut dire par là que l'on a tort de mettre dans un même genre des Photinia chinois et californiens, c'est encore M. Hooker qu'il attaque, et c'est vraiment là de l'ingratitude, car enfin c'est M. Hooker, après tout, qui a rectifié les plus monstrueuses erreurs que contenait le livre de M. Decaisne, dans l'édition anglaise qu'avait préparée avec tant de soin M™* Hooker.

M. Hooker a réuni les Photinia aux Eriobothrya sans se laisser arrêter par cette considération que ceux-ci ont le fruit plus gros. M. Decaisne, au contraire, toujours préoccupé de l'importance des dimensions et des formes pour distinguer les genres nouveaux, me reproche d'avoir assimilé les graines des Bibassiers à celles des Cratœgus (2), parce que, dit-il, ce les gros embryons charnus et globuleux du Bibassier ressemblent à des pois et non à de petits pépins. y> Ceci prouve que M. Decaisne n'a pas plus mangé attentivement de bibasses que de pommes. L'embryon de YEriohothrya varie de forme comme la graine qui le renferme et dont il constitue la majeure partie, par suite de compressions, d'accroissements inégaux. En cela,

(1) Traité général de botanique^ 292.

(2) J'ai dit des Cratœgus en général : < Semina Gratœgi, > et non pas spécialement € de l'Aubépine, > comme l'écrit M. Decaisne, probablement parce que celle-ci a les graines petites et que pour lui la taille est, paraît-il, un caractère de valeur générique.

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les petits décrotteurs italiens sont meilleurs observateurs que M. Decaisne; car, tout en mangeant les bibasses, au mois de mai, ils s'amusent à ranger sur la dalle les graines par ordre de formes successives. Les unes sont presque sphériques, d'autres ovoïdes ou oblongues, d'autres encore en forme de quartiers prismatiques. Certaines d'entre elles sont donc , strictement semblables à celles de plusieurs Cratœgus^ avec la même organisation, les mêmes rapports des parties, etc. C'est pour cela que j'ai dit pour abréger, à propos des graines des Eriobothrya : « semina Cralœgi. i> Les unes donnent une idée parfaitement exacte de la structure des autres. Sans doute, celles des Craiœgus sont plus ou moins petites ; mais il n'y a plus que M. Decaisne pour accorder, dans un genre, quelque valeur à la taille des semences. Il en est de cela comme des. hommes, des intelligences, des esprits ; il y en a de grands et de petits, mais il s'agit toujours de l'humanité.

Je pourrais multiplier ces observations critiques et les étendre aux autres genres de Pomacées publiés dans les Archives du Muséum; mais je les conserve pour le travail spécial que je me proposais depuis longtemps de faire sur les Pomacées de M. Decaisne. J'insisterai alors sur des points bien autrement graves ; mais je m'en abstiens actuellement pour revenir aux Oliniées.

M. Decaisne, qui tout à l'heure nourrissait les Malgaches des fruits du Myrrhinium, range l'arbre qui les produit parmi les Oliniées. Comme je fais remarquer qu'il a à cet égard simplement copié, sans les citer, Arnott et Endlicher, au lieu de répondre à la question qui le gêne visiblement, il se dérobe et fait observer que la découverte des affinités des Myrrhinium et des Fenzlia ne m'appartient pas, mais bien à M. Naudin, et il essaie même d'insinuer que je voudrais m'en approprier la propriété en tronquant une citation. Il sait bien cependant que ne parlant que des Olinia dans le passage auquel il fait allusion, j'arrête la citation là où elle cesse de s'appliquer à ces plantes et que je me garde bien de pousser jusqu'aux Fenzlia et Myrrhinium^ parce que ces deux genres sont tout à

fait étrangers pour moi au groupe qui renferme les Olinia. Quand un fait est acquis à la science depuis près de trente ans, il faudrait être bien simple pour essayer de se l'attribuer. J'ai eu t04t cependant de croire que tous les botanistes devaient être au courant de l'opinion de M. Naudin, et j'avoue que j'aurais bien fait de la reproduire pour M. Decaisne qui, écrivant vingt ans plus tard son Traité général^ n'en souffle mot et « maintient . énergiquement î) une erreur qu'il savait avoir été détruite en 1849. En somme, M. Decaisne me reproche de n'avoir pas complètement cité M. Naudin, et lui ne l'a pas cité du tout, comme c'est du reste son habitude, dans son Traité général.

Les caractères de la préfloraison n'ont pas, dans les Olinia plus qu'ailleurs, l'importance absolue que leur attribue M. Decaisne ; car, dans les familles dont il rapproche les Oliniées, la préfloraison est fort variable, ce qu'il semble ignorer complètement (1) . Ces caractères ne sont pas, toutefois, à négliger entièrement, et nous avons à les examiner dans les appendices floraux que nous appelons les sépales et dans ceux que nous considérons comme des pétales.

Je ne puis, sans rougir pour la science française, m'arrêter à ce qui concerne l'estivation des sépales. Je les crois fortement imbriqués et le plus ordinairement en quinconce. M. Decaisne, éprouvant le besoin de faire croire que je les considère comme valvaires (2), commence par falsifiera cet égard la citation qu'il

(1) Ainsi, pour les Myrlacées, il commence la caractéristique de la famille {Traité y p. 292) par ces mots ; t Calyce à préfloraison valvaire, » puis il répète (p. 294) : « Calyce supère ou demi-supère ; limbe 4-5-multi-fide, ou 4-5-multipartit, persistant ou tombant, à prétloraison volvaire » » Puis, il redit que la famille c tient aux Granatées par la préfloraison valvaire du calyce, etc., » et le seul diagramme qu'il figure (p. 293) est celui du Myrte, dont la préfloraison est aussi imbriquée que possible. La persistance avec laquelle M. Decaisne revient sur le mot valvaire, prouve cependant qu'il ne s*agit pas là d'une erreur de reproduction. Chose singulière, ici c'est le texte qui est erroné, tandis que, dans tout le reste de l'ouvrage, ce sont les diagrammes qui sont le plus souvent faux, comme je le démontrerai amplement dans une autre circonstance.

(2) H savait très-bien que le mot de valvata, qui se trouve dans la diagnose générique de VHistoire des plantes, est une erreur de reproduction, comme on eu trouve dans tous les ouvrages, même dans les siens. Mais rien ne lui donnait le droit d'adultérer sciemment une citation française ; il le savait bien aussi.

SUR LES OLINIA. 47

fait de ma note sur VOlinia^ telle qu'elle est à la page 90 du Bulletin de la Société Linnéenne^ ce dont on se convaincra si l'on met en regard mon texte et la reproduction qu'il en donne entre guillemets, à la page 7 de son factum :

Mon texte tel qu'il a été

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