VI A PIERRE VERON
de mon cher ami Gustave Bourdin, pour le Figaro hebdomadaire, quelques-unes des odes qui composent ce volume, et je me disais à part moi : « Je ne ferai pas un pas de plus ! » Cependant vous m'avez demandé et je n'oublierai jamais avec quelle grâte, de continuer pour vous les Odes Funambulesques^ à un âge, hélas ! où l'on a désappris le sourire. Vous me disiez avec raison que nos orateurs et nos dandies de 1867, habillés par Bonne et coiffés en coup de vent, ne le cèdent en rien, comme comique, à leurs aînés de 1849 : et moi, comment aurais-je refusé de donner à mes Croquis la consécration de ce Charivari étincelant de verve satirique et bouffonne, qui est leur patrie naturelle ?
S'il m'était permis de reprendre pour un jour le luth écarlate sur lequel fredonna si follement en rimes d'or ma première jeunesse, n'était-ce pas dans ce journal, où vous faites chaque jour et sans compter, vous et vos collaborateurs, une si prodigieuse dépense d'esprit, menant à bout, comme en vous jouant, une tâche effroyable, et où les Daumier, les Gavarni, les Grandville, les Cham, les Henri Monnier ont écrit page par page un commentaire indestructible de la Comédie Politique et de la Comédie Humaine?
Du moins j'aurais dû laisser dans le journal ces feuillets écrits à la hâte, et ne pas leur imposer la redoutable épreuve du livre. Mais voici maintenant mon cher éditeur Alphonse Lemerre qui en décide autrement, et qui dit avec raison que je lui appartiens,