Epilogue
Pour bien faire le Triolet
Il faut trop d'efprit. Je m arrête.
Je ne vois plus que Briollet
Pour tien faire le Triolet.
Oh! mener ce cabriolet.
Sur le mont à la double crête!...
Pour bien faire le Triolet
Il faut trop d'efprit. Je m'arrête.
Juillet 1868.
FUNAMBULESQUES l33
La Mitraillcurc
T A Mitrailleuse, un nom charmant! J'y yeux fonder .
Elle ejî d'une bonne fyntaxe ; J'aime fa tabatière & fan affût léger,
Ses canons tournant fur un axe,
— Jolis petits canons, étroitement unis, - Sa batterie en féronnière
Et fon récipient à cartouches, munis
Chacun d'un couvercle à charnière!
La chofe ejî dans fa boite, &, pour charmer nos yeux, Se manœuvre^ (on me le révèle,)
O Barbarie, ainfi que ton orgue joyeux. En tournant une manivelle;
Grâce à quoi dragons verts, cuirajfiers, fufiliers, Déchus de leur beauté phyfique.
Tous, par dou:^aines, par centaines, par milliers Seront Joudroyés en mujique.
Un enfant y suffit; alors, dans un éclair, Notre chair fous le plomb féroce
Volera par lambeaux enfanglantés, fur l'air Allez-vous-en gens de la noce !
O mères! qui, Yiant au baifer de vos fils,
■ Oublie^ l amère fouffrance Et porte^ç fuspendus à votre fein de lys
Ces beaux enfants, fleurs de la France;
FUNAMBULESQUES l3;
Ne vous objline^ pas, ô mères que le jour
Baigne de Ja clarté fubtile, A les nourrir ainfi du lait de votre amour ;
Cejfe:^ une lutte inutile.
Tandis que votre lait abreuve un feul enfant, La Mitrailleuse, moufquetade
Énorme, a vite mis un millier triomphant D'hommes faits — en capilotade.
Vous ne réfijîe^ pas à la comparaijon !
Coujeujes, rien ne peut abjoudre Le fil d'or de nos jours; vous nlaure^ pas rai/on
De cette machine à découdre !
Le fojfoycur n'a plus à creufer de tombeaux.
Les oijeaux noirs pendent en grappe Sur nous; voici venir la fête des corbeaux :
C'efi pour eux que l'on met la nappe!
l36 NOUVELLES ODES
Car, ô Progrès, génie augufie & f adieux \ Songeur qui, déployant tes ailes,
Sous les noirs Océans & dans l'horreur des deux Va chercher des routes nouvelles!
Un ménechme hideux, ton finge & ton bouffon, Contemplant ton œuvre hardie^
Pour réjouir la Nuit & pour charmer Typhon En fait l'ignoble parodie;
Et quand, viâorieux des vieux fpeâres rampants.
Recréant la beauté première.
Démon de lafcience & du jour, tu répands
La poéfie & la lumière;
Qii.mi tu pétris, cyclope, avec ton dur marteau, La Machine — bête defomme
Qui traîne en fe jouant le char & le bateau, Détruit l'efpace, affranchit l'homme,
La Machine, qui va pour nous recommencer Les Titans aux labeurs fuperbes,
— Qiii fait creufer le noir fillon, enfemencer, Faucher le blé, lier les gerbes;
Alors le faux Progrès, ton fin ge, acclimaté Dans les batailles volcaniques,
Pour nous hacher menu comme chair à pâté Forge des bourreaux mécaniques!
Septembre 1868
Périphrafes
np 01 qui, fur le frêle navire
Où nous voguons^ as mis du lejl Dans la crainte qu'il ne chavire, Infpire-moi, fublime Ernest 1
Tu communiques! Communique- Moi tes fentiments fanfarons.
Un vocable te femble inique?
Ilfuffît. Avec lui je romps!
Dut le flyle en devenir, terne, J'écrirai fur un ton gaillard, Au lieu du mot qui rime en terne :
Interrompu par le brouillard^
Ou bien quelque autre fynonyme. — Je commence, dut à mes yeux Expirer de chagrin la Rime, Car le plus tôt fera le mieux.
Au boulevard, les candélabres — J'en faute, comme Eugène Pa'^ ! — Portent au haut de leurs fûts glabres Des Inexpressibles — à ga:^.
Diogène, âme peu commune.
S'il vient chercher f on homme ici, A fa main ne tiendra plus qu'une Si j'ose m'exprimer ainsi.
Par cette chaleur accablante,- Si Thérèfe.^ dans f on château.
Nous offre une fête galante Empruntée au charmant Watteaii,
Les charmilles patriciennes Empliront de flamme avec des Je ne sais quoi — vénitiennes Leurs feuillages qui font un dais!
Si quelqu'un, fe mettant à l'aife, Veut conter - on prend ce qu'on a L'hijîoire du gars de Falaife Qu'on trouve dans tous les ana :
Pour terminer, s'il veut qu'en fomme Ernest ne le tourmente point, Il devra dire : Le pauvre homme N'avait donc omis qu'un feul point.
C'ejl d'allumer fa — Trois-Étoiles Ainfi, comme la mer à Brejî, GonJîe:{-vous, doux & légers voiles, Pour plaire à la pudeur rf' Ernest!
Owï, déformais, l'amant qui raille Dans le drame de Bouchardy, L'homme au manteau couleur-muraille, Le Mélingue fier & hardi
Aura {ce n'efl point une bourde Émife par quelque gafcon,) Une Passez-moi le mot — four de.
Pour efcalader le balcon.
FUNAMBULESQUES i^l
Nous dirons, exempts d'arguties, — Ou chacun s en repentirait, — N'allé^ pas prendre les vejjies Pour des. . . — Points suspensifs, tiret !
Et l'on va fous une funèbre Feuille de vigne — du moins tout Me le dit, — cacher la célèbre Comment dirai-je? — de Saint-Cloud .
Septembre 1868.
Trop de cigarettes
'C'h! oui, monfieur de Girardin,
Elles ont rai/on vos /orties!
Si la France, riant jardin, Ne produit plus que des orties,
Si l'éclat de fon fier foleil S'efface aujourd'hui Jous la brume Qui voile cet aftre vermeil, — Ceft parce que ï Empereur fume .
Si notre fiècle, Phaéton Déchevelé, parfois s'égare Et fuit une route enfefion, Oui, c'efi la faute du cigare.
Pourtant, fans parti pris banal.
Prenons en main notre lanterne, Roi de La Liberté^ (journal,) Et regardons Paris moderne.
Je vois, dans cet âge irrité.
Les penfeurs, les ardents apôtres Du Droit & de la Vérité S'armer les uns contre les autres,
Et je vois deux frères, jaloux D' épouvanter les voûtes bleues.
S'entre-manger, comme ces loups Dont il n'ejî refîé que les queues.
J'entends monfieur de Champagny, Qiii, pofant fa w.ain fur fa cuiffe Comme on fait au bain Deligny, Défend que déformais on puifjé
Apprendre à lire à tout enfant Qui, pendant fa jeuneffe errante, N'aura pas, banquier triomphant.
Gagné cent mille écus de rente!
Un autre, agitant le tifon De la Guerre abfurde &Jîérile, Au lieu de nous parler rai/ou Embouche le clairon d'Achille.
Sur nous tous levant un impôt Confeillé par notre délire, L'outil de Mon fieur Chajfepot Remplace la Plume & la Lyre ;
Et je vois, ô dieux indulgents l Orphée, en ces injlants rifibles, Apprivoijer bêtes & gens A coups de balles explofibles.
Au théâtre, un fou furieux.
Ayant toujours exécré celle Dont Je réjouiraient les deux.
Dit : « O Mufique! » à fa crécelle.
J'entends, en leurs jeux triomphaux Dont la folie ejî fingulière.
Les aâeurs faire des vers faux Et vouloir fouligner Molière.
Or, voyant que l'on a tout fait Pour noircir la blancheur du cygne, Et que tout s'arrange en effet Pour quAlceJîe pleure & s'indigne,
Je penfe alors, fous mon tilleul Songeant à nos peines fecrètes, Que l'Empereur n'ejî pas lefeul Qui fume trop de cigarettes!
Septembre 1868.
Chez Guignol
ERSONNAGES
Polichinelle
Le Commissaire
Le Chat personnage muet
Polichinelle
V^rès de la Seine ou près du Tibre,
Tous les efclavages font laids!
Cher Commijfaire, fuis-je libre? Réponds-moi franchement .
Le Commissaire
Tu l'es.
Polichinelle
^ Plus d'abus! Je dois les projcrire.
Pour éclairer quelque jour nos Chers concitoyens, puisje écrire Ce que je veux dans les journaux?
Le Commissaire
Oui, tu le peux, — c'ejl ton affaire, A Paris comme à Montbrifon, En ri/quant feulement défaire Sept ou huit mille ans de pr if on.
Polichinelle
Fort bien. — Mais de l'Art idolâtre, Puis-je, à cette heure où je déchois, Repréf enter fur mon théâtre Les anciens drames de mon choix?
Le Commissaire
Tu le peux, & que cette fête Enchante le ciel indigo.
(Pourvu que le nom du poète Ne fe termine pas en goJ
Polichinelle
Pour leur confier, joie ou larmes^ Tout ce qu'en moi le ciel a 7nis, Puis je, en Vabfence des gendarmes, Me réunir à mes amis?
Le Commissaire
Oui. — Mais comme, ici-bas, Von n'aime. En ce lieu de perdition.
Aucun autre ami que foi-même, C'efi à cette condition
Qu'imitant Vénus dans fa conque, — Aux champs, à l'ombre d'un tilleul.
Ou dans une chambre quelconque Tu te réuniras — tout feu If
Polichinelle
Bon. — Puis-je, lorfque tu me livres Cet avenir doux & pompeux , Avoir, pour colporter mes livres, Ton eftampille?
Le Commissaire Tu le peux.
Colporte-les juj qu'aux murs d'Arles!
Et colporte-les encore à Rome, pourvu que tu n'y parles Que de Nichette & de Coraf
Polichinelle
A iOifiveté, qui diffère.
Apportant un remède fain, Mon héritier peut-il fe faire Agriculteur ou médecin?
Le Commissaire
// le peut. Je détruis, j'efface Tout ce qui jadis le bridait, Mais à condition qu'il faffe L'exercice, — comme Bridet!
Polichinelle
Puis-je, allant faire une vifite A mon jeune ami Briollet, Quand l'ouragan fait qu'on héfite, Y courir en cabriolet?
IJO NOUVELLES ODES
Le Commissaire
Oui, — pourvu que dans les citernes
Ton cabriolet n'aille pas,
S'il ejl nuit, mirer des — lanternes!
Polichinelle Il fuffit. Libre de mes pas,
Je puis donc vivre fans entrave.
J'ai craint qu'on ne m'en empêchât., Mais point! Si quelqu'un ejl efclave.
Ce n'ejî pas moi.
Le Commissaire
Non^ c'ejî le chat.
Septembre 1868.
Un Chant national, s'il vous plait
f^ 'est la Chanfon, La Marseillaise,
Ivre d'efpérance & de jour, Qui s'élançait de la fournaije, Vierge, avec Jon grand cri d'amour !
C'ejï elle, âme de la Patrie,
Qii avec leurs grands cœurs ingénus
Suivaient, en leur idolâtrie.
Les jeunes foldats aux pieds nus!
Jeune, dédaigneufe, immortelle, Effrayant les ajïres jaloux, Elle vous touchait de/on aile.
Soleils épouvantés, & vous.
Batailles aux profondeurs noires, Et tenait dans fa forte tnain Le groupe effaré des Victoires, Qiielle emportait dans fon chemin!
Elle marchait, lançant la foudre Sur les rois d'orgueil enivrés, Et de nos drapeaux, noirs de poudre.
Elle agitait les plis f acres.
La grande Chanfon, qui s'élance Dans les airs pour vaincre ê punir, A préfent garde le filence, Les yeux fixés fur l'avenir.
Lorf quelle relève fa tête.
On croit entendre, au fond des deux Et dans l'horreur de la tempête, Mugir les clairons furieux.
Et, fous les chênes centenaires.
Va grondant le bruit fouverain Des lourds canons, & les tonnerres Que font les chariots d'airain.
A/es pieds, docile & farouche Et caché dans l'ombre à demi, Trejfaille, ouvrant parfois la bouche, Son courroux, lion endormi,
Et, tranquille, tenant fon glaive Qui reflète un rayon de feu.
Cette Penfée augujle rêve, Calme & terrible comme un dieu.
Alors, tandis que fes yeux lifent Au fond de Va!^ur infini, Des paffants viennent & lui difent :
« Guerrière, ton règne efîfini.
Oui, nous avons, — c'ejl une affaire, Des rimes pauvres à placer.
Tu n'es plus rien. Nous allons faire Une Ode pour te remplacer. »
La Déeffe, dont la main joue Avec le glaive aux reflets clairs, Lève fes beaux yeux & fecoue Son front environné d'éclairs.
Admirant leur pas qui trébuche, Elle voit le long peloton Des muficiens en baudruche Et des poètes de carton,
Puis Jocrijfe, embraj/ant la lyre D'un air tendre & virgilien.
Et leur dit avec un fourire :
« Faites la Chanjon. Je veux bien.
Octobre 1868.
FUNAMBULESQUES l55
Madame Polichinelle
GiLLE
T^ A grandeur me remplit d'effroi,
Polichinelle! — Réponds-moi.
Il parait que tu bats ta femme.
Polichinelle
Ehl oui, d'une manière infâme!
Oui, je la roffe, je la bats.
Et même, on m'entend de là-bas,
Qiiand, féroce comme un cofaque.
Je lui tombe fur la cafaque,
Et de cent coups je lui fais don.
Gille Mais, lui demandes-tu pardon^
Polichinelle Il ferait beau que je le fijfe!
Gille
Alors, dis, par quel artifice Es-tu cependant adoré ?
Polichinelle C'eft que mon habit efi doré.
Gille
Madame, dit-on, Je révolte Parfois.
Polichinelle
Eh! oui. Par l'archivolte De mon palais! tu dis fort bien.
Parfois elle rompt f on lien.
Gille
Ces jours derniers émancipée, La dame s'était échappée Par un élan bien réuffi !
Polichinelle Vrai Dieu! qu'elle était beiie ainfi.
FUNAMBULESQUES l5'/
Mon Efpagnole, ma Chimène !
Elle tranchait de l'inhumaine!
Elle portait, d'un air mignon, La rofe rouge à/on chignon, Et, fière, elle frémiff ait toute Dans l'air libre, ayant une goutte De fan g de taureau dans le cœur !
GiLLE
Cependant, te voilà vainqueur.
Parle-moi, grand enjôleur d'âmes.
Quel charme en toi dompte les dames ?
Car ta boffe ejî pleine de vent Par derrière, aujjî par devant ; Et, comme tu fus un ivrogne, On voit fleurir ta rouge trogne.
Pour le refle, nous t'égalons !
Polichinelle C'ejî parce que f ai des galons.
GiLLE
Parlons franc. Tout le jour tu vides Les pots, de tes lèvres avides ;
Et, trouvant que la Joif te nuit, Tu les vides encor la nuit.
Ta conduite ejï fort excentrique :
Au retour, tu prends une trique, Et, délibérément, tu bats Le manteau, la robe & les bas De Madame Polichinelle.
Qui donc fait que la péronnelle Confent à ces jeux effrénés?
Polichinelle
La pourpre, — que j'ai fur mon «ej /
GlLLE
Bref, ayant mis àfec une outre.
Tu vides l'autre, & paffes outre ; Tu nous montres, étant fort laid, Des cheveux plus blancs que du lait.
Et, de plus, tu deviens obèfe.
D'où vient que ta femme te baife Ainfi qu'un héros de roman?
Apprends-moi donc quel talifman
FUNAMBULESQUES 1 Sq
Fait qu'une dame Ji jolie Supporte la trijle folie De ton caractère immorale
Polichinelle
Cejl mon chapeau de général !
Octobre 1868.
lOO NOUVELLES ODES
Delirium tremens
/^N demande pourquoi tu ris ?
Je le Jais, moi, Ji tu l'ignores^ Pauvre Mufe qui fur Paris Agites ces grelots fonores !
Ah! devant ce qu'on nous fait voir
(Le/prit a fa délicatejje !)
Il faut rire de défefpoir
Et chaffer la noble Trifleffe.
Le temps ejî venu, — cen ejl fait, Votre règne che^ nous commence, Dieux que Von adore en effet, O froid Délire, & toi. Démence!
Dans cet âge, plus ambigu
l2.ue l'Ambigu de Monfieur Faille,
OU. lebonfens ejl exigu,
Je crains déformais qu'il ne faille,
En euffent-ils la crampe aux reins Et mille fourmis dans le torfe, Mettre à tous nos contemporains Une camifole de force.
Car le fens du bien & du mal Difparait, &, comme il s'efface, Labfurde efl notre état normal Pile efl fynonyme de : Face !
Que dit à préfent le goût ? — Vce VicTis ! — Et Pleffy, comme Febvre, Montre un bijou, dont Legouvé Malheureufement fut l'orfèvre.
Voici que d'un air folichon Clignant fes petits yeux de braife, L'antique Mère Godichon Veut évincer La Marseillaise ;
Ib2 NOUVELLES ODES
Une cocotte de gcila Dont les attraits déjà trépajfent Dit en lorgnant : « Ces femmes-là î « A propos des dames qui pajfent ;
Macaire célèbre S ion
Sur lefijîre & fur la viole :
Ailleurs, la Profîitution
Crie aux paffants qu'on la viole!
Bobèche, fur qui refplendit L'or des badauds qu'il afu traire, Prend Orphée à part, & lui dit :
« Tu n'es pas ajfe^ littéraire l »
Je vois, flambant comme un tifon.
L'article d'un fer patriote Ennemi de la trahifon.
Signé... Judas Ifcariote!
Polichinelle aime Vénus, Et, comme fils de Caraboffe, Donne au divin Antinous Le confeil de rentrer fa boffe ;
Le voleur, tenant des tromblons, Dit au volé: « Rends-moi ma fomme ! » Et le nègre a des cheveux blonds.
J'en pleure & tout ceci m'ajfomme.
Comme le blanc Je prétend noir, Et de nos pauvres yeux Je joue, — Vérité, brijeton miroir! — J'ai peur, quant à moi, je l'avoue^
Qu'arrêtant le célejîe ejjïeu, Torquemada, monjlre effroyable, Ne veuille damner le bon Dieu Et ne canonife le diable ;
Que Rothfchild ne meure de faim, Que le tigre ne fonde en larmes, Et que Lacenaire à la fin Nefaffe arrêter les gendarmes!
Octobre i868.
Donec gratus...
Et voilà comme de Banville On copie, en fe flagellant, Le vers de campagne & de ville, Blanc, flamboyant & rutilant.
Jules Janin, Journal des Débats.
Lui
Quand tu m aimais, quand nul Jouvin N' entourait de Jes bras ton col fouple & divin,
Dame Critique, en ton commerce J'ai vécu radieux comme le fchah de Perfe.
Elel
Du temps que pour moi tufonnais La trompe, fans fonger à faire des fonnets,
Non, Diane de Maufrigneufe Ne fut pas plus que moi fuperbe & dédaigneuje.
Lui
La Nymphe qui pince du luth A préjcnt me fubjugue & pourmoi donne /'ut!
C'est ma maîtresse, ma lionne :
Qii on ajoute mes jours auxjiens,je les lui donne !
Elle
J'en dis autant pour Saint-Victor !
Il ejî pour moi Roland, Amadis, Galaor:
Je voudrais — ce déjir me prejjel — Donner ma part de jours au Watteau de La Presse
Lui
Mais quoi ! pu if que la foule a ri, Si je laiffais enfin les vers à Soularjy ?
Si je te refaifais des phrafes Ou la topaze brille entre les chryfoprafes ?
Ibb NOUVELLES ODES
Elle
Ah ! quoique Paul de Saint- Victor Soit brillant comme Gaiffe à la crinière d'or,
Et toi plus léger que des bulles Defavon,je vivrais, je mourrais pour toi, — Jules
Mai i855,
FUNAMBULES'^UES I b 7
Études & Croquis
Le Musicien
'était un grand vieillard à chevelure blanche.
Il portait haut Jon front, neigeux comme lesfeurs D'avril; &, plus profonds que ceux des oifeleurs, Ses yeux penfifs étaient du bleu de la pervenche.
Sur un violon jaune oit fa tête fe penche,
Il improvifait, fer, défiant fes douleurs,
Beau de l'émotion qui ruijfelait en pleurs
De fon archet tremblant comme l'eau d'une branche.
l68 NOUVELLES ODES
Tel par ce rude hiver, pâle & de froid tranfi,
Sur la corde fonore oii frémijjait ainfi
Tout ce qu'en gémijfant notre ejpérance nomme,
Difant les vains efforts, la foi/ du beau, l'amour, Et toute la bataille effroyable de l'homme, Il chantait. — Le portier l'a chaffé de la cour.