Prologue pour La Vie de Bohème Au théâtre de l'Odcon
ly 4" efdames & mejffïeitrs, nous vous donnons La Vie
De Bohème, une pièce où le rire S' les pleurs Se mêlent, comme aux champs, oîi notre âme ejî ravie, Les larmes du matin brillent parmi les fleurs.
Pour dire ce refrain des amours éternelles, Deux amis., ô douleur ! féparés aujourd'hui, Naguères uniffaient leurs deux voix fraternelles . Puifque l'un d'eux s'ejî tu, ne parlons que de lui.
MuRGER,, efprit ailé, poète ivre d'aurore. Pour Mufe eut cette fœur divine du Printemps La Jeuneffe, pour qui les rofes vont éclore. Et pour devife il eut ces mots f acres : Vingt ans!
C'ejl pourquoi, tout heureux de fe regarder vivre, Toujours les jeunes cœurs de vingt ans aimeront Ces filles du matin qui pajfent dans f on livre Et meurent fans avoir de rides fur leur front.
Qui ne les adora, ces fleurs defon poème f Qui de nous, qui de nous, ô rêveuse Mimi Enamourée encor fous lefriffonfuprême, N'a dans im rêve ardent baifé ton front blêmi?
Et toi, Mufette, reine infoucieuse & folle, Qui n'a cherché tes yeux, qui n'a redit ton nom? Qui fur ta lèvre ouverte au vent, rofe corolle. Ne retrouve à la fois Juliette & Manon?
Oui, tant qu'un vin pourpré frémira dans nos verres, Ces jillettes vivront, couple frais & vermeil. Pourquoi? Cejl qu'elles ont l'âge des primevères Et l'aâualité du rayon defoleil.
Le livre unfoir devint une pièce applaudie Et même fit fureur autant qu'un opéra.
Le miracle nouveau de cette comédie Ce fut qu'en l'entendant l'on rit & l'on pleura.
On s'étonnait furtout quen des /cènes rapides Le/prit, verjant la joie & V éblouijfement Avec fan carillon de notes d'or fplendides, Put laijfer tant de place à V attendriffement .
Puis l'œuvre, que le temps jaloux n'a pas meurtrie. De théâtre en théâtre afuivifon de/îin, Mais elle trouve enfin fa réelle patrie En abordant ce foir au vieux pays latin!
O vous en quifourit l'avenirde la France ! O jeunes gens, Murger calme, vaillant & doux Nous ver/ait en pleurant le vin de l'efpérance : Oîi ferait-il compris fi ce n'efi parmi vous?
Il fut des vôtres, car il eut le fier délire
Du noble dévoûment & des belles chanfons,
Et je devine bien que vous alle^ lui dire:
Refie avec nous. Ceft bien. Nous te reconnaiffons.
Il fut de votre race, ô nation choifie!
Il fe donnait à vous, qui, malgré les moqueurs.
Ne défertere^ pas la fainte Poéfie,
Et dont la foif de l'or n'a pas féché les cœurs!
Comme fa comédie, où voilé de trijlejfe, Murmure fous les deux le rire aérien, Efïà vous, bataillon facré de la jeune ffe, Nous vous la rapportons. Reprenez votre bien!
Le poète penfif qui vous donne La Vie De Bohème, adora dans f es rêves d'ai^ur La gloire, cette amante ardemment pourfuivie, Et toujours fe garda pour elle honnête & pur.
Ses héros font parfois mal avec la fortune : Vous les voye^ foupant au milieu des hivers D'un fonnet romantique ou bien d'im clair de lune. Mais fidèles, mais vrais, mais indomptés, mais fiers!
Leurs châteaux éclatants, faits d'un rêve féerique,
N'ont encore été vus par nul hiflorien.
Et font bâtis dans une Efpagne chimérique,
Mais enferment l'honneur., fans lequel tout n'eft rien!
Vous recevrez che:^ vous ces hôtes en Ueffe, Comme des voyageurs qui parlent d'un ami. Oui, vous applaudirez & l'efprit de la pièce Et votre doux Murger, à préfent endormi !
l86 NOUVELLES ODES
Et VOS regrets amers pour ce jeune poète Emporté loin de nous par un vent meurtrier A fa lyre à préfent détendue & muette Ne refuferont pas quelques brins de laurier!
Car vous êtes de ceux dont la pitié profonde Garde les verts rameaux qui croiffent fous le ciel Pour les penfeurs trop vite exilés de ce monde Et pour ce que les morts nous laiffent d'immortel!
3o décembre i865.
Chez Bignon
Eglogue
Rosi:. Rosette, Palémon
rends ta flûte légère, ô mufe de Sicile!
On voyait là Finette, Hélo'ife, Lucile : Nous foupions au Jortir du bal. Quelques gandins, Portant des favoris découpés en jardins, Faif aient ajjaut d'ejprit avec des femmes rouffes. Deux dominos pourtant, dont les allures douces Nous ravirent, causaient poéfie à l'écart; Et rien qu'en tranfcrivant, à fept heures & quart, Leurs propos familiers d'hétaïres en vogue. Un poète eJJTaya cette ébauche d'églogue.
l88 NOUVELLES ODES
Rose.
Oui, tu dis bien, oui, Scholl ejî vraiment VAmadis De la littérature aimable^ — mais tandis Que perdant fa chaleur aux foleils d'or volée, Ce Cliquât rafraîchit dans la glace pilée Qu'à fes pieds le garçon naguère amoncelait, Rofette, mon cher cœur, parlons de Monjelet.
Rosette.
Monfelet eJî joli. Comme une vague aurore. Son vif âge efî vermeil & de fleurs fe décore. Je vois fa lèvre en feu dans le vin que je bois. Quand il était petit, les rofes dans le bois Cachaient, en le voyant, leur aiguillon farouche, Et les abeilles d'or voltigeaient fur fa bouche.
Rose.
Et quel efprit charmant! Comme il frappe d'ejîoc Et de taille! Et pour la gaîté, c'efi Paul de Kock.
Rosette.
Paul de Kock, en effet, mais avec plus de fîyle. On entre à fon caveau par un blanc périjlyle.
Rose.
Watteau, peintre du beau, que fon temps violait, Eût fait de lui fans doute un abbé' violet Épris de Colombine, & dans la nuit avare Eveillant doucement l'âme d'une guitare.
Rosette,
Les Grâces le font vivre & Vont accrédité. Dans fa profe on les voit, cachant leur nudité Et leurs bras blancs pareils à des anfes d'amphores, Sous des bouquets riants de fraîches métaphores !
Rose.
Rire, charmer, pleurer parfois, c'ejîfon dejîin.
Rosette.
Qii'il ejî ingénieux & fou dans unfejlin!
Rose.
Rofette, il faut le voir, quand faifant leur entrée, Les truffes ont couvert la volaille éventrée.
Rosette.
Et quand le Romanée a mis fur le mur blanc Son reflet écarlate & fa lueur de fang!
yO NOUVELLES ODES
Rose.
// n'ejî pas de printemps, mon cœur, fans violette; Sans les clairs diamants, il n'eJî pas de toilette, Comme fans Monfelet, chanteur aérien, Un dîner, même chaud, ne valut jamais rien.
Rosette.
Il a fait des romans que s'arrachaient les dames. Et fesplus longs récits étaient d'un charmeur d'âmes! Alors la châtelaine, errante au fond du val, L emportait fous f on châle, ainfi que Paul Féval.
Rose.
Mais à préfent il ejl cygne parmi les cygnes.
Rosette.
A préfent il fait faire un chef -d' œuvre en cent lignes.
Rose.
Qjiefen ai vu mourir, non pas mille, mais cent Mille, mais deux cent mille, avec Villemeffant, De ces ténors! Mais, feul, Monfelet a lut diè^e.
Rosette.
Quand il écrit^ l'Europe entière en ejî bien aije, Et, comme s'ils tombaient de l'outre de Sancho, Les vins les plus pompeux coulent che:^ Dinochau.
Rose.
Parfois le Figaro plane moins que Pindare Sur l'éther, mais on croit écouter la fanfare De l'alouette, unie au chant de doua Sol, Les jours où Monfelet s y rencontre avec Scholl!
Rosette.
Figaro, — trop fouvent écrit pour les dentifles. — EJI charmant quand il a ces deux inflrumentijles.
Rose.
Alors c'ejî un oifeau qui mêle fur f on flanc L émeraude & l'azur.
Rosette.
C'eft le rofe & le blanc Uniffant leurs fplendeurs pour une apothéofe.
Rose.
Scholl aime mieux le blanc.
Rosette.
Et Mojîfelet le roje.
Rose.
Qui fait parler fes vers comme toi, Monfelet!
Rosette.
Qui mieux que lui, mafœur, chante im petit couplet?
Rose.
Jamais, lorfquil le dit, un mot léger noffufque. Et j'aime éperdument Jon Espion Étrusque.
Rosette.
// le conte fi bien qu'on voit le champion S'e/crimer dans la nuit contre cet — efpion.
Rose.
J'aime Jon feuilleton. Comme il voit bien les pièces!
Rosette.
Les contes qu'il en fait enchantent mes deux nièces.
Rose.
Ses caprices railleurs valent ceux de Goya.
Rosette.
Même Bulo^ un jour grâce à lui s'égaya!
Rose.
Monsieur de Gupidon, roué qui nous défie, C'était là de la bonne autobiographie ; C'ejî l'auteur qui, jetant fa tunique de lin, Exécute ce rôle en habit pn^olin!
Rosette.
Lorfque l'Amour, perçant les cœurs par ribambelles, Bat les forêts de Cypre & fait la chaffe aux belles, C'ejî lui qui, fur fon cor, vient fonner l'hallali. Si Gaiffe ejî toujours beau, Monfelet eft joli.
Rose.
Monfelet ejî joli, cela je te l'accorde. Comme un Américain voltigeant fur la corde Tout vêtu de foleil & d'écaillés d'argent. Il jette à l'azur même un regard indulgent!
Rosette.
On peut aimer un pitre, un notaire, un Ofage. Tel s'éprend d'une femme au gracieux vijage Rencontrée au Bréfil ou dans Piccadilly : Avant tout, à mes yeux, Monfelet ejîjoli.
Palémon.
Enfants, vousparle^ bien; mais qui pourrait tout dire?
Laiffe là ton crayon, toi, rimeur en délire;
Buvons, & ne perds pas tous ces injîants fi courts
A fiénographier mot à mot les difcours
De ces buveufes d'or à la fauve crinière.
Elles caufaient de chofe & d'autre à la manière ^
Des bergers de Sicile ej/ayant leurs pipeaux,
Et n'avaient pas tenu ces frivoles propos
Littéraires, afin que tu les écriviffes. —
Mais voici le Champagne avec les écrevifj'es!
Mars 1 862 .
Marie Garcia
Q ES yeux charmants font clos datis un calme fommeil. Naguère, hélas! riant au gai ^éphyr^ qui touche Une trejjfe & frémit fur le bord de la couche, Ses dents de lys avaient comme un reflet vermeil.
Lorfque le vers ailé, gracieux & pareil A quelque chant d'oifeau, murmurait fur fa bouche.^ Sa lèvre rougiffait, délicate & farouche, Comme un beau fruit fanglant baifé par le foleil.
Oh! fort col héroïque à la ligne fi pur et Oh! comme fes fourcils fiers & fa chevelure Débordante allaient bien à fa chaude pâleur !
Elle brillait ainfi, folle, timide, heureufe,
Et dans fes yeux charmés par l'efpérance en fleur.
Comme en un lac dormant flottait l'ombre amoureufe.
Août 1864.
L'Apothéofe de Ronfard
Prince des Poctcs français
f~\ mon Ronjard, ô maître ^"^^ Viâorieux du mètre, O fublime échanfon De la chanfon! .
Divin porteur de lyre, Que voulurent élire Pour goûter leurs douceurs Les chajîes Sœurs!
Toi qui, nouveau Pindare, De l'art /avant & rare De Phœbus Cynthien Faifant le tien,
A l'ivreffe phyfique De la folle mufique Sagement as mêlé Le rhythme ailé!
Père! que ma louange Te célèbre & te venge, Et, comme vers mon Roi, Monte vers toi!
Mais que dis-je? l'Envie Qui déchira ta vie Ne mord plus de bon cœur Ton pied vainqueur,
Et, nette de fouillure.
Ta belle gloire pure Va d'un nouvel ejfor Aux ajlres d'or.
Ton nom deux fois illujïre A retrouvé f on lujîre, Comme il l'avait jadis Au temps des lys.
Et toi, dans l'aube rofe De ton apothéofe, Tu marches, l'œil en feu, Ainfi qu'un dieu.
Tenant ton luth d'ivoire, Près d'une douce Loire A la berceufe voix, Je te revois
Dans un jardin féerique.
Où. le troupeau lyrique Enchante de tes vers Les bofquets verts.
Là Du Bellay t'honore, Et je retrouve encore Près de cette belle eau Remy Belleau
Et Pontus & Jodelle Et Dorât, ton fidèle.
Et ce chanteur naif Le vieux Ba'if.
Avec eux, ces Déejfes, Les hautaines Princeffes Du fan g pur des Valois, Suivent tes lois
Et fervent ton Hélène A la fuave haleine^ De qui la lèvre leur Semble une fleur,
Et Caffandre, & Marie Qiii, rêveufe, marie La rofe dans fa main Au blanc jaf min.
Mais Vénus parmi l'herbe EJî auffi là, fuperbe; Les fleurs, pour la parer, Laiffent errer
Leurs ombres fur fa joue ; Quelques fois elle joue Avec l'arc triomphant De fon enfant.
Et les faintes pucelles, Qui mêlent d'étincelles Et de feux adorés Leurs crins dorés,
Levant leurs bras d'albâtre, Vous fuivent, chœur folâtre De votre voix épris.
Dans ces pourpris.
Mais voici que tu chantes!
Et tes Jlrophes touchantes Déroulent leurs accords Divins : alors,
Ronfard, tout fait filence :
La fleur qui fe balance.
Le ruiffeau clair, l'oifeau Et le rofeau;
Dans les deux qui te fêtent Les étoiles s'arrêtent Et fuf pendent les airs De leurs concerts;
On n'entend que ton Ode^ Qii après toi, aans le mode Ancien, le chœur ravi Chante à l'envi,
Et chacun s'en récrée, Hélène, Cythérée, Déejfes de la cour.
Enfant Amour,
AI uf es aux belles bouches; Et les afir es farouches Reftent filencieux Au front des deux.
Avril 1868.
A Claudius Popelin
Peintre & Pocte
/'^ui, Claudius, parmi nos foules Joucieufes,
Ta Muje, autrefois chère à des âges meilleurs, Évoque doublement le fouvenir des fleurs Qui chantent pour nos yeux, notes filencieuf es.
Car elle fait emplir d'âmes délicieufes Les rhythmes careffants, divins comme nos pleurs, Et, dans le riche émail, donner à fes couleurs Le refplendiffement des pierres précieufes.
Je l'aime, cette Nymphe à la charmante voix Qiii fème Vécarlate & l'azur fous fes doigts; Et, puifque tu le veux^ Ouvrier quelle adore,
Sur Jon front, dont l'éclat royal fait marier
Des lys de neige avec des flamboiements d'aurore.
J'attacherai moi-même un rameau de laurier.
Février 1869.
FUNAMBULESQUES 2o5
La SatyrefTe
A T.éopold Flameng
/"^ E n'ejl pas dans une mai/on
Qu'elle endort tes joyeuses fièvres^ Printemps charmeur, quand tu nous Jèvres Du lait amer de la Rai/on;
Mais par les prés en floraifon Elle a fa double flûte aux lèvres!
Indocile comme les chèvres, Elle s'affied dans le ga:^on,
Et jeune, folâtre, ingénue, Offrant fa belle gorge nue Au ^épJiyr de ces lieux déjerts,
La Satyreffe aux yeux fantafques Fait danfer, en jouant des airs, Une troupe de petits mafques.
Mars 186.9.
Promenade galante
A Edmond Morin
"T^ANS le parc au noble dejjin OU s'égarent les Cydalises Parmi les fontaines fur pr if es Dans le marbre du clair bafjîn,
Iris, que fuit un jeune effaim,
Phi lis, Églé, nymphes éprifes,
Avec leurs plumes indécifes,
En manteau court, montrant leurfein,
Lycajïe, Myrtil & Sylvandre Vont, parjni la verdure tendre, Vers les grands feuillages dormants.
Ils errent dans le matin blême, Tous vêtus de fatin, charmants Et trilles comme V Amour même.
Octobre 1868.
Au Pays latin
/^ terre aventiireufe
Où vit la fête heureufe Du beau rire argentin, Pays latin !
Dans Paris qui fe blafe, Seul, pays de l'extafe.
Tu gardes ta faveur Pour le rêveur.
Tu n'as pas, dans un antre.
Des bourfiers au gros ventre Courtifant des Lais Jaune mais;
Tu n'as pas, faifant halte Sur le bord de Vafphalte^ Des troupeaux de Phryjiés Enfarinés;
Tu n'as pas, comme A f nier es, Des lions fans crinières, Buvant à ciel ouvert Le poifon vert;
Mais tu vis, mais tu penfes!
Tufonges, tu dépenfes Tes jours dans un charmant Enchantement !
Tu dis qu'en tes demeures Le jour n'a pas trop d'heures Pour la penfée & pour L'immenfe amour.
La jeuneffe ejî ta grâce :
Tu chéris, comme Horace, La flamme du vin vieux Et des beaux yeux.
Toutes les belles chofes, Les poèmes, les rofes Charment ton peuple, épris Des grands efprits,
Et jamais il ne cejfe D'adorer la déejfe Liberté, dont l'œil fier Lance un éclair.
Aime, travaille, ô terre Jeune, fidèle, aufière :
L'avenir, ce témoin, N'efi pas fi loin !
Terre aux ardentes fèves.
Tu feras de tes rêves ^ Pour les défhérités^ Des vérités !
Mais jufque-là conferve Tes beaux efpoirs, ta verve Et ta foif d'infini, 0 coin béni!
Nul mieux que toi n'afpire Le radieux fourire Et le regard vermeil Du grand Joleil ;
Ton parc entouré d'ombre, C'ejî ce Luxembourg fombre Plein d'oifeaux querelleurs Et plein de fleurs ;
Tes poètes, divine Race, qui te devine Et qui lit dans ton cœur Tendre & moqueur^
C'eJî Hugo folit aire.
Dont la plainte fait taire Les fan g lot s arrogants Des ouragans ;
Cefl Leconte de Lifle, Qiii fe fouvient de l'île Ou fut nourri de miel Un roi du ciel;
C'efi Barbier, dont V ïambe En l'air éclate & flambe, CefiMuffet ifolé Et défolé ;
C'ejl Charles Baudelaire, Dédaigneux dufalaire, Qiie le /ombre Oiseleur Prit en fa fleur.
Mais dont enfin la Gloire, Ouvrant fa tombe noire.
Après un long affront Baife le front!
Tes femmes, douces fées De leurs cheveux coiffées, Sans joyaux ni fat in, Pays latin.
Et riant, chœur folâtre.
Du troupeau qui fe plâtre Et fe met du blanc gras Pour des ingrats.
Montrent, dans leur délire, Les blanches dents du rire Et les lys éclatants
De leurs vingt ans !
Ris dans la trijîe ville, Cher & fuprême afile Des fécondes leçons.
Nid de chanfons!
Toifeul, avril enfête^ Héraut, lutteur, poëte^ En ce temps envieux Tu n'es pas vieux !
En vain, des fots — qu' importe l Difent : « La France eft morte Pour le divin combat. »
Non, fon cœur bat !
Tandis que ces eunuques.
En leurs fureurs caduques.
Voudraient murer le beau Sous un tombeau,
Garde tes fainte s fièvres Au cœur, & fur tes lèvres Ces mots : Justice, jour, Progrès j amour!
Avril 1868.
A Albert Glatigny, comédien
auvre Comédien, pourvu que tu le veuilles, Autour de Rojalinde errant avec douceur. Un peuple enchanté, loin du pâle régijjeur, T' apparaît fous les verts abris oîi tu l'accueilles.
L'aube rofe a pleuré fur les fleurs que tu cueilles. Fou defatin vêtu, Cydalise efltafœur, Et, toujours fous la nue errant comme un chaffeur, Tu portes fur ton front doré l'ombre des feuilles.
Le riiijfeau, qui te parle en un beau rhythme ancien,
Lorfque tu paj/es, dit : C'ejî un muficien,
Et, comme au rojfignol, t'adrejfe des murmures.
Et, livrant au vent, près de lafource où tu bois,
Sa joue en fleur, que fouille encor le fan g des mûres,
La nymphe Thalia te parle dans les bois.
Mars i86g.
2l8 NOUVELLES ODES
L'Aube Romantique
A Charles Affelineau
A /[il huit cent trente! Aurore
Qui 7n éblouis encore, Promeffe du dejii?i, Riant matin!
Aube oîi le Joleil plonge!
Quelquefois un beau fonge Me rend l'éclat vermeil De ton réveil.
Jetant ta pourpre roje En notre ciel moroje, Tu parais, & la nuit Soudain s enfuit.
La nymphe Poéf.e Aux cheveux d'ambroijie Avec fort art fubtil Revient d'exil;
L'Ode chante, le Drame Ourdit Ja riche trame; L harmonieux Sonnet Déjà renaît.
Ici rugit Shakjpere, Là Pétrarque foupire ; Horace bon garçon Dit fa chanfon,
Et Ronfard fon poé'me, Et l'on retrouve même L'art farouche & nàif Du vieux Bàif.
Tout joyeux, du Cocyte Rabelais rejfufcite, Pour donner au roman Un talifman.
Et V amoureuje fièvre Qiii rougit notre lèvre Défend même au journal D'être banal l
La grande Architeâure, Prière fainte & pure De l'art matériel, Regarde au ciel;
La Sculpture modèle Des faints au cœur fidèle Pareils aux lys vêtus De leurs vertus,
Et la Mufique emporte Notre âme par la porte Des chants délicieux Au fond des deux.
O grand combat fublime Du Luth & de la Rime 1 Renouveau triomphal De l'Idéal!
Hugo, /ombre, dédie Sa morne tragédie Aux grands cœurs défolés, Aux exilés,
A lafouffrance, au rêve.
Il emhrajfe, il relève, Et Marion, hélas I Et toi Ruy-Blas.
Et déjà, comme exemple, David, qui le contemple.
Met fur f on front guerrier Le noir laurier.
George Sand ouvre l'âme Tremblante de la femme; Muffet, beau cygne errant, Chante en pleurant ;
Balzac, fuperbe, mène
La Comédie Humaine
Et nous fait voir à nu
L'homme ingénu;
Pour le luth Sainte-Beuve Trouve une corde neuve ; Barbier lance en grondant L ïambe ardent ;
La plainte de Valmore Pleure & s'exhale encore En fanglots plus amers Que ceux des mers,
Et, fur un montjauvage, L'art jaloux donne au fage Théophile Gautier Le monde entier
En ces beaux jours de jeune, Karr a plus d'amour jeune Qii'un vieux Rothfchild penjîf N'a d'or majfif.
De Ja voix attendrie Gérard dit la féerie Et le fonge riant De l'Orient ;
Les De/champs, voix jumelles, Chantent : l'un a des ailes.
L'autre parle à l'écho De Roméo.
Frederick ploie & mène En tyran Melpomène Et la grande Dorval L'a pour rival;
Berlio^, qui nous étonne.
Avec l'orage tonne.
Et parle dans /éclair A Meyerbeer;
Préault, d'un doigt fantaf que.
Fait trembler fur un ma/que L'immortelle pâleur De la Douleur,
Tandis qu'à chaque livre Johannot, d'amour ivre, Prête un rêve nouveau Defon cerveau.
Pour Boulanger qui laime, Facile, & venant même Baifer au front Nanteuil Dans f on fauteuil,
La Peinture en extafe Donne la chryjoprafe Et le rubis des rois A Delacroix.
Daumier trouve V étrange Crayon de Michel- Ange — Noble vol impuni! — Et Gavarni
Suit en amartt la trace De V aynoureufe Grâce Qu'à l'Efprit maria Dévéria !
Mais hélas ! oîi m'emporte Lejonge? Elle ejî bien morte L'époque oii nous voyions Tant de rayons!
FUN A.MBULESQUES 22 5
Où font-ils ? les poètes Qui nous /ai/aient des fêtes, Ces vaillants, ces grands cœurs, Tous ces vainqueurs^
Ces foldats, ces apôtres?
Les uns font morts. Les autres, Du repos envieux.
Sont déjà vieux.
Leur hijîoirefi grande N'ejî plus qu'une légende Qii autour du foyer noir On dit lefoir.
Et ce collier illufîre Qu'à préfent touche un ruflre, Sème f es grains épars De toutes parts.
Hamlet qu'on abandonne Ejîfeul & fans couronne Même dans Elfeneur :
Adieu l'honneur
De l'âge romantique, Mais de la chaîne antique Garde-nous chaque anneau^