ODE TREIZIÈME
CÉSAR f empereur magniiaime y Le monde , k (e plaûre un^tmme , A tes fêtes doU concourir !
Eternel liéritier d'Auguste ,
ii4 LE CHANT DU CIRQUE.
Salut , prince immortel et juste !
César ! sois salué par ceux qui vont mourir !
Seul entre tous les rois , César aux dieux de Rome Peut en libations offrir le sang de Pliomme. ^ A nos solennités nous invitons la Mort.
De monstres pour nos jeux nous dépeuplons le monde; Nous mêlons dans le cirque, où fume un sang immonde^ Les tigres de Nubie aux barbares du Nord.
Des colosses d'airain y des vases de porphyre , Des ancres , des drapeaux , que gonfle le zéphyre, Parent du champ fatal les murs éblouissans; Cent parfums chargent l'air d'un odorant nuage , Car le peuple romain aime que le carnage Exhale ses vapeurs panni*des flots d'encens.
ODE XIII. ii5
Des portes tout à coup les gonds d'acier gémissent : La foule entre en froissant les grilles qui frémissent 5 Les panthères dans l'ombre ont tressailli d'effroi ^ Et poussant mille cris qu'un long bruit accompagne, Gomme un fleure épandu de montagne en montagne, De degrés en degrés roule le peuple-roi.
Les deux chaises d'ivoire ont reçu les Ëdîles. L'hippopotame informe et les noirs crocodiles Nagent autour du cirque en un large canal) Dans leurs cages de fer lés cinq cents lions grondent 5 LesYestales en choeur, dont les clianls se répondent. Apportent l'autel chaste et le feu virginal.
L'œil ardent , le sein nu , l'impure courtisane Près du foyer sacré pose un trépied profane.
ii6 LE CHANT DU CIRQUE.
On Yolle de oyprea T Autel des suppliang.
A tx&vets leur cortège et de rois et d'esclaves ,
Les Sénateurs , vêtus d'augustes laticlaves ,
Dans la foule , de loin y comptent tous leurs cliens.
Chaque vierge est assise auprès d'une matrone. A la vois, des tribuns , on voit autour du trône Les soldats du Prétoire en cercle se ranger j Les prêtres , de Gybèle entonnent la louange^ Et 9 sur de vils tréteaux , les histrions du Gange Chantent , en attendant ceux qui vont s'égorger.
Les voilà !..• — Tout le peuple applaudit et menace Ces captifs , que César d'un bras puissant ramasse Des temples de Manès aux antres d'Irmensul.
Ils entrent tour à tour, et le licteur les nomme ;
ODE.XIil. 117
Yilytroupeau, que laMort garde aux plaisirs de Rome , Et que d'un fer brûlant a marqué le G>qsu1 !
On découvre en leurs rangs , à leur léte penchée , Des Juifs y traînant partout une iMMite cachée ; Plus loin , d'altiers Gaulois que nul péril n*abat ^ Et d'infîinies Chrétiens , qui , dépouillés d'armures y « Refusant aux bourreaux leurs chants ou leurs murmures y Vont souffrir sans orgueil et mourir sans combat.
Bientôt y quand rugiront les bétes échappées , Les murs , tout hérissés de piques et d'épées , Livreront cette proie entière à leur fureur. — Du trône de César la pourpre orne le faite , Aiîn qu'un jour plus doux , durant l'ardente fête , Flatte les yeux divins du clément Empereur.