ODE QUINZIÈME
« Toi qu'en cesmurs , pareille aux réyeuses Sylphides, « Ce Titrage éclairé montre à mes yeux avides , « Jeune fille , ouvre-moi ! yoici la nuit , j'ai peur , « La nuit , qui , peuplant l'air de figures livides , < Donne aux âmes des morts des robes de vapeur !
* Vierge , je «le suis point de ces pèlerins sages ^ Qui font de longs récits après de longs voyages ;
i32 LE SYLPHE.
<( Ni de ces paladins , qu'aime et craint la beauté , «c Dont le çor, éveillant les yarlets et les pages/ « porte un &pp de -gu^rfe à rhospilalité.
« Je n'ai ni lourd bâton , ni lance redoutée , (cPoint de longs cheveux noîrs,poînt de barbe argentée^ « Ni d'humble chapelet , ni de glaive vainqueur. « Mon souffle , dont une herbe est à peine agitée , « N'arrache au cor des preux qu'un murmure moqueur.
(cJfesuisl'enfantder^^unsylphe, moins qu'un réye, « Fils An printems qui n^uit , du matm qui se lève , « L'héte du clair iofev , durant les nmts d'hh«^ y « L'esprit y (pie la lumière à la rosée enlève , a Dlaf^hâive faàbit«nt de rinvisiMte élher.
« Ce ôoîrîan couple heureux , d*uiie voix scdeimelle , « Parlait tout bas d'amour et de flamme ëtemeUe ,
ÔDË XV. i33
« J*6iâLt6ndtiis tout y près d'ieux je m'étais anrété : « Ils ont dans uti baise f prîsle bout de mon ^tle ,
« £t ia nuît*est tenue atant ma liberté.
a Hélas ! il est trop tard pour rentrer dans ma rose ! a Châtelaine , ourre-moi , car ma demeure est close. « Recueille un €is du jour , égai^ d^ps la nuit^ a Permets, jnsqu^à demain, qu'en ton lit je Repose ^ « Je tiendrai peu de place et ferai peu de bruit.
« Mes frères opt suivi la lumière éclipsée , <c Ou les larmes du soir dont Therbe est arrosée ^ « Les lys leur ont ouvert leurs calices de miel^ « Où fuir?... Je ne vois plus de gouttes de rosée, « Plus de fleurs dans les champs ! plus de rayons au ciel I
« Bachelette, entends-moi, de peurguela Nuit sombre , « Comme en ungrandfilet , ne me prenneen son ombre ,
i34 LE SYLPHE.
a Panni les spectres blancs et les fantômes noirs , « Les démons , dont Fenfer même Ignore le nomLre, « Les hiboux du sépulcre et Fautour dbs manoirs!
« Yolcirheure où les morts dansent d'un pied débile. « La lune au pâle front Ijesi regarde Immobile; « Et le hideu?: vampire, ô comble de frayeur! « Soulevant d^un bras fort une pierre inutile , « Trainie en sa tombe ouverte un tremblant fossoyeur.
« Bientôt, nains monstrueux, noirs de poudre et decendii « Dans leur goiiffre sans fondles Gnomes vont descendre. « Le foUet fantastique erre sur les roseaux.
« Au frais Ondin s'unit Tardente Salamandre , <c Et de bleuâtres feux se croisent sur les eaux.
« Oh!., si pour amuser son ennui taciturne,
« Un mort, parpil ses os, m'enfermait dans son urne
ODE XV. i35
« Si quelque nëcroman , riant de mon ef&oi ;
« Dans la tour, d'où minuit lève sa Toix nocturne ,
« Liait mon toI paisible au sinistre beffroi !
•I « Que ta fenêtre s'ouvre ! . .Ah ! si tu me repousses ,
« Il me faudra clierch)er quelques vieux nids de mousses ,
« Â ien lëzards troublés livrer de grands combats.. .
« Ouvre ! . . mes yeuxsontpurs, mes paroles sont douces
« Gomme ce qu'à sa belle un aiûant dit tout bas.
« Et je suis si joli ! Si tu voyais mes ailes « Trembler auxfeux du jour, transparenteset frêles! . . « J^ai la blancheur des lys où , le soir , nous fuyons , « Et les roses , nos sœurs , se disputent entr'elles « Mon souffle de parfums et mon corps de rayons.
et Je veux qu'un rêve heureux te révèle ma gloire. « Près de moi , (m» Sylphide en gardfPla mémoire)
i36 LE SYLPHfi.
« Les pflpi^o^s sont lourds , les cçiSMas&ai laicb y « Quand y roi n^tu d^a%«r , et de nacre et de moire , <c Je vais de fleufs eu âeurs visiter mesi palab.
a J'aifroid ; Faïubre me glac^y et vainemeat jepleuie.
« Si je pouTais Va£&ir > pour m'oumr ta demeure ,
« Ma gout^ de rosëe ou wm ooroUes d'or !
« Maisi «ou,:;^ ^'ai fhfi. rie^> il fau^fara que je oneim. « Cbg^e aoleQ lÀe daune et me pre«d mou trésor.
« Queveux-tn qi^'endormaBije t'apporte eu échange? « Xi'éçl^arpe d'une fée , ou le ygile d'ua auge?. . . , « J'ea^Uirai \^ uuit d^s prestiges du jour! a Toiisommeilpassera, saus quetonbouheurchange , « Des beaux souges du ciel aux doux rêves d'amour.
« Maia mou li^iiip en vaiu ternit la TÎtre Humide ! « O vierge , créls-tu donc que y dans la nuit per&de ,
« La voix du Sylphe errant cache un amant trompeur? <i Ne me crains pas , c'est moi qui suis faible et timide , <t Et si j'ayais une ombre , hélas ! j'en aurais peur.»
Il pleurait. — Tout4i-coup devant la tour antique , S'éleva, murmurant conmie un appel mystique , Uùe VOIX... ce n'était sans doute qu'un esprit! Bientôt parut la dame à son balcon gothique : — On ne sait si ce fut au Sylphe qu'elle ouvrit.
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La mort, c^estun sommeil...
Dvcis. ffamkt.
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